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Catalogne: les positions se durcissent

Espagne international

Lien publiée le 4 novembre 2015

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/catalogne-les-positions-se-durcissent-519231.html

Alors que se forme en Espagne comme en Catalogne une véritable union sacrée anti-indépendantiste, les partis sécessionnistes sont déterminés à aller de l'avant. L'heure n'est plus aux demi-mesures.

Face à la déclaration commune des deux partis indépendantistes de Catalogne, qui proposent de rompre avec l'ordre constitutionnel espagnol, l'union sacrée contre l'indépendance de la Catalogne est proclamée en Espagne. Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, qui tient des consultations depuis plusieurs jours avec les principaux partis du pays, a tenté de former une telle union baptisé « pacte d'Etat. » Avec un certain succès, puisqu'il semble que les trois formations actuellement en tête des sondages : le Parti populaire (PP) du chef du gouvernement, le parti des Citoyens (Ciudadanos ou C's) d'Albert Rivera et les Socialistes du PSOE ont proclamé leur détermination à combattre la sécession de la Catalogne.

La montée de Ciudadanos, signe de l'importance de l'unité

Il est vrai que la défense de l'unité espagnole est en passe de devenir un point central de la campagne des élections générales du 20 décembre prochain et que la poussée de Ciudadanos, parti d'origine catalane et fervent défenseur de l'unité espagnole, met les deux partis traditionnels sous pression. Beaucoup pensent en effet que c'est l'unionisme de ce parti qui le fait monter dans les sondages. Or, les derniers sondages publiés lundi 2 novembre sont inquiétants pour les grands partis. Certes, pour TNS Demoscopia, le PP est largement en tête avec 26,7 % des intentions de vote, mais C's dépasse désormais le PSOE avec 19,8 % contre 19,3 %. Quant à celui de Metroscopia, réalisé tous les mois pour El Pais, il donne les trois partis dans un mouchoir, avec le PP en tête à 23,5 % et C's devant le PSOE, là aussi avec respectivement 22,5 % et 21 % d'intentions de vote.

L'impasse de la position du PSOE

Du coup, le leader socialiste, Pedro Sanchez se devait de rallier l'union sacré anti-indépendantiste, ce qu'il a fait lundi en insistant sur son accord avec le PP « et d'autres formations » pour « résister à l'indépendantisme. » Le candidat du PSOE à la Moncloa, le palais du président du gouvernement espagnol, a admis qu'il « partage la défense de l'intégrité territoriale, de l'unité de l'Espagne et des principes constitutionnels. » Mariano Rajoy ne pouvait rien espérer de mieux car, désormais, il peut se dire à la tête de la défense de ladite union sacrée, en tant qu'actuel président du gouvernement. Pedro Sanchez a tenté d'éviter ce piège en critiquant la politique du PP sur la Catalogne « qui est responsable de l'augmentation du sécessionnisme. » Mais face à la rébellion catalane, le temps n'est plus aux subtilités.

Certes, Pedro Sanchez refuse l'usage de l'article 155 qui peut suspendre l'autonomie de la Catalogne, mais sa situation n'est pas tenable et il va forcément devoir choisir si la situation se développe. Si, en effet, le Tribunal Constitutionnel (TC) sanctionne les décisions du parlement catalan et que Barcelone refuse de se soumettre à cette décision comme le prévoit la déclaration des deux partis indépendantistes, alors il n'y a aura que deux possibilités : accepter la rébellion catalane et donc un référendum d'autodétermination que Pedro Sanchez refuse et engager la discussion ou avoir recours à l'article 155. Cette dernière position est la position de Mariano Rajoy et Albert Rivera. On voit mal comment Pedro Sanchez pourrait alors la refuser. Il l'a du reste reconnu : les indépendantistes devront faire face à un « mur. »

Provocations unionistes

La droite unioniste représentée par le PP et C's ont donc tout intérêt à jeter de l'huile sur le feu pour rendre la position « modérée » du PSOE inopérante, mais aussi pour couper le PSOE de sa gauche, car ni Podemos, ni Izquierda Unida (IU, « Gauche Unie », coalition des Verts et du parti communiste, entre autres), n'acceptent cette union sacrée. Alberto Garzon, le leader d'IU, a hier rejeté le pacte proposé par Mariano Rajoy et a demandé un référendum en Catalogne, tout en rappelant qu'il était opposé à l'indépendance.

Logiquement donc, C's et le PP ne jouent guère l'apaisement. Lundi 2 novembre, le ministre des affaires étrangères PP José Manuel García-Margallo a appelé sur la chaîne Antenna 3 à « suffoquer le soulèvement » indépendantiste en Catalogne. De son côté, Albert Rivera, le président de Ciudadanos, a déclaré mardi 3 novembre, devant les entrepreneurs madrilènes que « l'estrellada », le drapeau indépendantiste catalan, était un « morceau de chiffon » et que les indépendantistes étaient « une bande organisée » qui cherche la déconnexion avec l'Espagne pour « couvrir leurs délits. » Albert Rivera faisait ainsi allusion à la famille de Jordi Pujol, ancien chef du gouvernement catalan de 1980 à 2003, qui n'était pas alors indépendantiste, et qui a organisé une vaste évasion fiscale de ses revenus et de ceux de sa famille. Avec de tels propos incendiaires, la possibilité d'un compromis semble bien loin.

Union sacrée anti-indépendantiste en Catalogne

Un premier exemple en acte de l'union sacrée a eu lieu au parlement catalan. Les trois formations unionistes, PP, C's et PSOE, ont uni leurs forces pour tenter de bloquer l'adoption par l'assemblée régionale de la déclaration commune des deux partis indépendantistes, Junts pel Sí et la CUP. Ce mardi 3 novembre au matin, la présidente indépendantiste du parlement, Carme Forcadell, a convoqué l'assemblée des porte-paroles des groupes parlementaires, alors que le PP n'avait pas encore formé son groupe parlementaire. Cette convocation est en effet un préliminaire à la convocation de la première séance plénière au cours de laquelle la déclaration engageant la « déconnexion » avec l'Espagne sera votée. Or, le PP a joué l'obstruction en rechignant à former son groupe. Le but du PP était de repousser le plus possible le vote du texte indépendantiste, mais aussi assuré l'unité des unionistes.

Refus de reconnaître le parlement catalan

Car Carme Forcadell a passé outre cette obstruction et a convoqué l'assemblée des porte-paroles qui a été, en retour boycotté par les trois partis unionistes. Lesquels entendent désormais boycotter la première séance plénière, espérant ainsi disqualifier la majorité parlementaire indépendantiste et faire du parlement catalan le seul parlement des indépendantistes.

Les trois partis unionistes ont annoncé qu'ils déposeraient un recours devant le Tribunal Constitutionnel (TC) espagnol contre le débat sur la déclaration indépendantiste au parlement catalan. D'ores et déjà, tout se passe comme si les trois partis unionistes avaient décidé d'appliquer, avant l'heure, l'article 155 en ne reconnaissant pas le parlement catalan comme fonctionnel.

Le leader du PP catalan, Xavier Albiol, a même menacé les députés catalans du parlement : « celui qui permettrait que se tienne une manifestation illégale [la séance plénière du parlement catalan, Ndlr] en assumera la responsabilité.» A l'appel des indépendantistes de sortir de l'ordre constitutionnel espagnol, les unionistes ont répondu par le refus de reconnaître la légitimité du parlement catalan. Plus que jamais, le fossé se creuse. Et, côté unioniste, le PSC, branche catalane du PSOE, ne montre aucun signe de résistance ou de distance à l'offensive commune du PP et de C's.

Durcissement des positions

Des deux côtés, les positions se durcissent donc. Les indépendantistes peuvent se prévaloir de leur majorité parlementaire pour appliquer leur programme. Carme Forcadell a lancé la procédure pour organiser une séance plénière et faire adopter la déclaration indépendantiste. L'usage de l'article 155 serait pour eux l'occasion de montrer, comme en 2010 lorsque le TC a censuré une grande partie du statut catalan de 2006, que tout dialogue est impossible avec Madrid et que l'indépendance est la seule voie possible. Ce serait alors le moyen de rallier à leurs positions une partie de la gauche et des chrétiens-démocrates catalans qui se situent encore dans une position intermédiaire entre indépendantisme et statu quo.

En face, les unionistes peuvent se prévaloir de la légalité constitutionnelle et espérer que les indépendantistes se comportent comme des « rebelles » pour pouvoir, dans le reste de l'Espagne, se présenter comme les défenseurs de l'unité nationale, et en Catalogne, comme les défenseurs de l'ordre et de la stabilité. Bref, la situation est plus tendue que jamais entre Barcelone et Madrid.