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Espagne : la réforme de trop ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Des centaines de milliers de manifestants ont défilé dimanche 19 février en Espagne contre la nouvelle réforme du travail du gouvernement Rajoy qui est une attaque frontale contre la classe ouvrière. Elle favorise les licenciements et la précarité. La riposte syndicale se doit d’être à la hauteur.
La réforme du travail adoptée par le gouvernement et qui doit passer sous forme de décret-loi est à la hauteur des déclarations de Rajoy, prédisant qu’elle risquait de lui coûter une grève générale, et de celles de son ministre de l’Économie, qui l’a estimée extrêmement agressive. La grève générale n’est pas encore une réalité mais pour l’agressivité on est servis.
Cette réforme aggrave la dégradation des conditions de travail et la précarisation d’une grande majorité de la population.
Les mesures sont les suivantes :
- l’indemnisation de licenciement pour les contrats CDI est réduite de 45 à 33 jours par année de présence dans l’entreprise. Cette indemnité est plafonnée à 24 mois. Pour les « entreprises en difficulté », l’indemnisation en cas de licenciement ne sera que de de 20 jours par année de présence. Les conditions permettant à un patron de se déclarer en difficulté sont élargies, il suffit qu’il déclare trois trimestres consécutifs de « diminution persistante de son niveau de ventes ou de revenus ».
- Les agences d’intérim sont maintenant autorisées à jouer le rôle d’agences pour l’emploi. Un pas en avant de plus vers la privatisation d’un service public.
- Les chômeurs percevant une indemnisation devront réaliser un « travail social » s’ils veulent la conserver. Le contrôle des chômeurs par les inspecteurs du travail est renforcé, accentuant la culpabilisation des travailleurs au lieu de réprimer la fraude et l’évasion fiscale des capitalistes.
- Un nouveau contrat de travail est créé pour les PME avec une période d’essai d’un an. Au cours de cette période, le patron et le salarié peuvent résilier unilatéralement le contrat sans préavis et sans en donner la raison. Le salarié ne reçoit aucune indemnité à la suite de cette résiliation.
- Un contrat à temps partiel est annoncé, présenté comme pouvant rendre compatible un travail avec les études ou une vie de famille et personnelle. Dans la pratique, ce contrat permettra de masquer les chiffres du chômage, de faciliter l’embauche sur des postes précaires aux revenus insuffisants à une vie décente. Avec ces contrats, le nombre de personnes obligées d’occuper au moins deux emplois partiels pour survivre va augmenter.
- Les accord d’entreprise seront prioritaires sur les accords de branche. Des facilités sont données aux entreprises en difficulté pour déroger aux accords et aux règles limitant la surexploitation. Tout cela conduit à une dévaluation de la négociation collective et à la promotion de négociations des relations de travail de plus en plus individualisées.
- La flexibilité interne dans les entreprises est favorisée grâce à la mobilité fonctionnelle et la modification substantielle des conditions de travail. Cela impose une adaptation immédiate des travailleurs à tous les besoins de l’entreprise sous peine de licenciement.
Ces mesures encouragent les licenciements et non l’emploi, tout en facilitant l’imposition de conditions de travail qui rappellent celles d’un autre temps. De plus, le grand patronat espagnol obtient satisfaction à beaucoup de ses demandes à un rythme sans précédent. Auparavant il devait négocier, maintenant il n’en a plus besoin car il a au gouvernement des amis encore meilleurs qu’avant. Il peut aussi jouer sur l’énorme réserve de main-d’œuvre au chômage (le chômage des jeunes dépasse 48 %) dont une majorité est prête à accepter des conditions d’esclavage pour subvenir à ses besoins élémentaires.
Pourquoi donc appeler réforme ce qui n’est que des restrictions des droits historiquement acquis par le monde du travail ? Et pourquoi les deux principales centrales syndicales continuent-elles leur politique de concertation et de recherche du « moindre mal » plutôt que de s’unir aux syndicats alternatifs, aux mouvements sociaux et au 15M (les « IndignéEs ») dans la lutte et la défense à tout prix des droits du travail ?
Nous devons aller à la grève générale !
Jesús Gellida, traduction : Jacques Radcliff




