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Assigné à résidence injustement
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Pour la première fois depuis la mise en place de l’état d’urgence, le 14 novembre, le Conseil d’Etat a suspendu, vendredi 22 janvier, un arrêté d’assignation à résidence. Il visait Halim Abdelmalek, assigné depuis le 15 novembre 2015 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), soupçonné par le ministère de l’intérieur d’avoir fait des repérages autour du domicile d’un membre de l’équipe de Charlie Hebdo, d’appartenir « à la mouvance islamiste radicale », et d’avoir été « mis en cause » dans une affaire de trafic de véhicules. Trois motifs pour lesquels le Conseil d’Etat a considéré que le ministère de l’intérieur n’a pas pu prouver les faits reprochés.
Moi, Halim Abdelmalek, j’ai été assigné à résidence pendant deux mois, accusé à tort d’avoir fait des repérages autour du domicile d’un journaliste de Charlie Hebdo le 13 mai 2015, d’appartenir à la « mouvance islamiste radicale » et d’avoir été mis en cause dans une affaire de trafic de véhicules. Vendredi 22 janvier, le Conseil d’Etat a suspendu cette assignation : une première depuis la mise en place de l’état d’urgence. Je suis fier de l’incarner, elle m’oblige à m’exprimer.
Lorsque l’on m’a injustement privé de ma liberté de me déplacer et regardé comme un danger pour mon pays, j’ai éprouvé un sentiment mêlé d’amertume et d’impuissance que je veux aujourd’hui chasser.
D’amertume, parce que j’ai toujours adhéré aux valeurs de mon pays, la France, que mes enfants y sont nés et que j’y exerce ma profession de gérant de société avec fierté. Je n’ai jamais cherché à encourager autre chose que des valeurs humanistes, en réservant ma pratique de la religion à ce qu’elle doit être : intime et tolérante. Je fais simplement partie de cette majorité de musulmans, en paix avec sa religion et avec son pays. Me voir reprocher d’appartenir à la « mouvance islamiste radicale » m’a été plus insupportable encore que de perdre ma liberté de mouvement.
J’ai eu le tort, le 13 mai, d’attendre mon épouse sur mon scooter et de l’appeler pour savoir où elle se trouvait. J’ignorais que je me trouvais à proximité du domicile d’un des responsables de Charlie Hebdo, dont j’ai partagé, comme tous les Français, je me sens obligé de le dire, la douloureuse peine.
Français au même titre que les autres mais accusé injustement d’être une menace, j’ai dû faire face aux pires soupçons. Jamais je ne pourrai oublier certains regards suspicieux. Moi aussi je condamne le terrorisme, bien sûr, mais je rêve du jour où les Français musulmans seront dispensés de le faire.
Des échanges violents
Devant le Conseil d’Etat, les deux audiences se sont déroulées de façon surréaliste. Ma liberté dépendait exclusivement de « notes blanches » produites par les services de renseignement – c’est-à-dire anonymes et non sourcées –, sans aucun autre élément, si ce n’est des photographies sur lesquelles j’apparaissais en train d’attendre mon épouse à deux pas de l’appartement de ma mère. Les échanges ont été violents. Nous devions, avec mes avocats, renverser le soupçon qui faisait de moi une « menace à l’ordre public », contre une représentante du ministère de l’intérieur qui campait sur ses positions en se réfugiant derrière les « notes blanches ».
D’impuissance ensuite, parce que l’assignation à résidence est une décision qui tombe de très haut, sans prévenir. Il faut trouver l’énergie de la contester, en ayant le sentiment de s’attaquer à Goliath, à l’Etat. C’est aussi préparer sa défense en ne pouvant pas quitter son domicile, en devant pointer au commissariat trois fois par jour, parmi les délinquants et les criminels, en expliquant à ses enfants pourquoi papa est maintenant « tout le temps-là », c’est passer plusieurs nuits en garde à vue parce que vous êtes arrivé en retard de quinze minutes après avoirpourtant prévenu le commissariat.
J’ai supporté en silence, en pensant à ma famille et en tirant ma force de mes valeurs. J’ai fait confiance à mes avocats, William Bourdon et Vincent Brengarth, auxquels je tiens à rendre hommage.
Sans que je me l’explique, la suspension de mon assignation m’a réconcilié avec moi-même. Mon attachement aux valeurs de la France est encore plus fort qu’avant. Je n’en veux à personne, mais j’ai peur. Peur car cette décision aurait pu remettre en cause mes convictions, car le ressentiment aurait pu l’emporter, car de telles sentences peuvent nous monter les uns contre les autres. Tout le monde n’a pas la force de résister. J’ai peur pour ces milliers de jeunes que de telles décisions ont pour effet de stigmatiser. J’ai peur pour les autres assignés à résidence. L’Etat doit veiller à ne pas se faire des ennemis dans son propre camp, à faire de l’immigré, du musulman, un bouc émissaire.
Je ne cherche pas à revendiquer le fait d’être musulman, mais il m’est difficile de croire que cette assignation est sans lien avec ma religion. Une démocratie telle que la France ne peut discriminer de façon arbitraire au prétexte qu’elle lutte contre le terrorisme, et que les terroristes prétendent agir au nom du Coran. De telles décisions favorisent l’amalgame entre musulmans et terroristes. Les millions de musulmans français condamnent le terrorisme. Ils ne devraient pas avoir à le faire. Les terroristes ne sont les représentants que d’eux-mêmes.
Des décisions arbitraires
C’est pour ces raisons que j’écris aujourd’hui : non seulement parce que j’en ai besoin, mais aussi parce que je veux à tout prix que de telles injustices cessent.
Demain, je retournerai à ma vie d’avant en espérant avoir, à ma modeste échelle, contribué à l’échange pour permettre le vivre-ensemble. Je ne demande pas plus. Aujourd’hui, je lance un cri citoyen. Que mon cas nous alerte sur les conséquences de décisions arbitraires, qu’il nous rappelle ce que nous voulons être et ceux contre lesquels nous devons vraiment nous battre. Montrons au reste du monde que nous sommes toujours debout et plus que jamais unis.
J’ai toujours cru que la France était le pays des libertés, et que la diversité en faisait la force. Pensons aux blessures que de telles décisions infligent, pensons à l’après-état d’urgence et à tout ce que nous devrons reconstruire. Lutter contre le terrorisme n’est pas tout, évitons de nousdéshumaniser. Le terrorisme ne doit pas nous diviser, sauf à lui accorder la plus belle des victoires.
Halim Abdelmalek, ex-assigné à résidence




