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Madrid à la croisée des chemins avec son passé franquiste
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Libération) La nouvelle municipalité bataille pour débaptiser les rues rappelant la dictature du général Franco (1939-1975).
Imaginait-on que des rues de la capitale espagnole allaient cesser de porter les noms de Salvador Dalí (le peintre catalan), Santiago Bernabéu (ancien président du Real Madrid), Juan Antonio Samaranch (pendant deux décennies président du Comité international olympique) ou Manolete (un torero légendaire) ? Sans oublier une litanie de généraux, hauts fonctionnaires, maires, diplomates, journalistes, romanciers, dramaturges, sculpteurs… La liste complète inclut 256 noms de rues se référant à des personnalités diverses ayant eu un lien, organique ou indirect, avec le franquisme, régime dictatorial qui a eu cours en l’Espagne entre 1939 et 1975. Et fait aujourd’hui scandale, aussi bien sur les réseaux sociaux et dans les médias que sur l’échiquier politique.
Au centre de cette bataille symbolique, il y a la volonté de la nouvelle équipe municipale de Madrid, élue en mai 2015, de faire table rase des références franquistes attachées à des rues, des avenues ou des places de la capitale. Une loi promulguée en 2007 par le socialiste José Luis Zapatero invite toutes les municipalités du pays à effacer ces traces de la dictature, entreprise en grande partie achevée aujourd’hui, à quelques notables exceptions près.
«Passé honni»
En arrivant à la mairie de Madrid, l’ex-magistrate pro-Podemos Manuela Carmena a rapidement manifesté son souhait d’en finir avec «tous ces noms qui rappellent un passé sinistre et honni». Confié à un groupe d’experts et d’historiens de l’université Complutense, ce travail de recherche a abouti à la liste noire de 256 noms ; il s’agit en réalité d’une pré-sélection, enrichie par des élus de la gauche radicale (qui a fait coalition avec Manuela Carmena), mais dont le détail a fait sursauter plus d’un.
Le caractère explosif de cette liste est précisément son caractère hétéroclite. Aux côtés de généraux qui ont activement participé à l’insurrection franquiste (Aranda, Cabanillas, Fanjul, Dávila…) figurent des personnalités, des créateurs, qui ont certes fricoté avec le régime – à la façon des intellectuels et artistes dans le Paris sous domination nazie – mais de façon indirecte, par conviction idéologique, par commodité ou pour éviter d’être ostracisés, voire expulsés du pays. «La grande erreur de cette initiative municipale a consisté à tout mélanger, éditorialise le journal en ligne Elconfidencial.com. Cela a desservi la cause.»
Ponts coupés
La maire Manuela Carmena n’a pas tardé à s’en rendre compte et, depuis jeudi, ses élus et le groupe d’experts en question se livrent à une bataille croisée d’accusations. Les seconds reprochent aux premiers de ne pas avoir «respecté les temps», et de n’avoir pas attendu la liste définitive, plus sélective ; les premiers, eux, blâment les seconds pour avoir tenté une «entreprise exhaustive».
Au final, le projet de débaptiser risque fort de rester lettre morte, les deux parties ayant coupé les ponts. Un échec patent qui risque de reporter aux calendes grecques l’effacement dans la capitale des noms liés au franquisme, régime dont le legs architectural demeure par ailleurs imposant: il suffit de contempler l’Arc de la Victoire situé place de la Moncloa ou les gigantesques édifices du quartier Nuevos Ministerios.




