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Un cadre peut espérer vivre six ans de plus qu’un ouvrier
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Faites des études, vous vivrez plus longtemps ! Voilà le conseil que des parents pourraient donner à leurs enfants à la lecture de l’étude publiée jeudi 18 février par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). L’espérance de vie progresse de façon quasiment constante en France, notamment sous l’effet des progrès de la médecine : en moyenne, un homme de 35 ans aujourd’hui peut espérer vivre 5 ans de plus, et une femme 5,5 ans de plus qu’à la fin des années 1970.
Cette hausse profite à tous, mais les inégalités selon le niveau social perdurent. Ainsi, un cadre continue à vivre six ans de plus qu’un ouvrier, et une femme cadre trois ans de plus qu’une ouvrière. Ces écarts n’ont pas bougé depuis trente ans.
Pour la première fois, l’Insee pousse plus loin l’analyse, en mesurant l’espérance de vie par niveau de diplôme. Le résultat est saisissant : chez les hommes, plus le diplôme est élevé, plus la vie est longue. Un homme diplômé du supérieur peut espérer vivre un an de plus qu’un bachelier, 3,5 ans de plus qu’un titulaire d’un BEP ou d’un CAP, 4,6 ans de plus qu’un titulaire du brevet ou du certificat d’études et 7,5 ans de plus qu’un homme sans aucun diplôme.
Chez les femmes, les écarts sont moins grands. « Une femme diplômée du supérieur vit en moyenne presque aussi longtemps qu’une bachelière (0,4 an d’écart), relève l’étude. Les écarts restent contenus avec une femme ayant un CAP ou un BEP (1 an), ou bien le brevet ou le certificat d’études (1,7 an). Elle vit en revanche nettement plus longtemps qu’une femme sans diplôme. »
Davantage recours aux soins
« Les causes des écarts entre les niveaux de diplômes sont les mêmes que pour les écarts entre catégories socioprofessionnelles, explique Isabelle Robert-Bobée, chef de la division enquêtes et études démographiques de l’Insee. Une multiplicité de facteurs entre en jeu. » Les cadres sont moins soumis aux risques professionnels que les ouvriers (accidents, maladies, expositions à des produits toxiques). En matière de santé, ils ont davantage recours aux soins, et consultent plus de médecins spécialistes. La consommation de tabac, d’alcool, et l’obésité sont plus fréquentes au bas de l’échelle sociale. Ces différences de comportement se perpétuent : chacun a tendance à reproduire les habitudes de ses parents.
L’Insee rappelle une autre grande inégalité en matière d’espérance de vie : quels que soient leurs diplômes, les femmes sont avantagées. Ainsi, l’espérance de vie des femmes sans diplôme est quasiment égale à celle des hommes ayant un diplôme supérieur au baccalauréat. Comment l’expliquer, alors qu’elles ont des revenus faibles et que leurs conditions de travail sont plus difficiles ? Là encore, par des facteurs multiples. Elles consomment moins d’alcool que les hommes, leur durée de travail (hebdomadaire ou tout au long de la vie) est plus faible, ce qui diminue les risques liés à l’environnement professionnel. Elles bénéficient par ailleurs d’un meilleur accès aux soins, car elles sont en contact avec le monde médical au moment des grossesses. « Certaines études scientifiques mentionnent que les femmes disposeraient d’avantages biologiques expliquant leur espérance de vie plus longue », ajoute Mme Robert-Bobée.
L’Insee se borne à effectuer un constat chiffré, sans s’aventurer sur le terrain des préconisations. Ces résultats posent cependant la question de l’efficacité des politiques de prévention en matière de santé et de réduction des risques professionnels pour les catégories sociales les plus exposées.




