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Mayotte - Un accord qui n’éteint pas les braises
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Lundi, les représentants de l’Intersyndicale CGT, FO, CFDT, Solidaires, FSU et FAEN, de retour de Paris, ont mis plusieurs heures à convaincre la base de lever les barrages sur les principaux carrefours routiers qui paralysaient une bonne partie de l’activité de l’île, en grève depuis deux semaines. Les grévistes y sont allés à reculons, car tout ce qui est garanti dans « l’accord » négocié, c’est l’amélioration de la situation des fonctionnaires avant l’élection présidentielle, pour le reste tout est reporté après l’élection présidentielle, particulièrement l’application du Code du Travail.
Léo Serge et Corinne Rozenn
Après 16 heures de voyage retour — il n’existe toujours pas de ligne aérienne directe Paris-Mamoudzou, la capitale de l’île – les représentants des syndicats ont été accueillis très fraîchement. Les AG qui se sont tenus ont été houleuses, la majorité des grévistes n’étaient pas d’accord avec l’Intersyndicale. On comprend pourquoi : dans cette espèce de protocole de fin de conflit, il y a quelques avancées pour les fonctionnaires mais rien de concret pour la grande majorité de la population, surtout la plus pauvre et les jeunes, sinon des promesses.
Concernant le droit aux soins, le texte rédigé en commun par le gouvernement et les syndicats prévoit une « analyse, dans le cadre prévu par la Loi de santé, de l’impact de la mise en œuvre de la CMU-c à Mayotte avant la fin de 2016 ». Cela ne signifie donc pas l’extension automatique à cette date de la CMU à Mayotte. Au niveau des conditions de travail, l’accord prévoit que le Code du Travail de droit commun soit appliqué sur l’île intégralement… à partir du 1er janvier 2018. Une façon, pour les socialistes, de prendre les électeurs de ce Département d’Outre-Mer à la gorge. Pour ce qui est des conventions collectives, le gouvernement s’engage à ce qu’elles s’appliquent automatiquement et intégralement à Mayotte, et que ce soit inscrit dans la loi. Une façon de reconnaître que dans cette « République », il y a toujours des citoyens de seconde zone. Soixante-dix ans après l’abolition de l’Indigénat dans les colonies par la Loi Houphoët-Boigny du 11 avril 1946, c’est tout un symbole. La seule « avancée », donc, concerne la « reconstitution des carrières » des agents travaillant dans la fonction publique avant la départementalisation, en 2009.
De fait, tous les analystes s’accordent sur la possibilité que la situation dégénère. « Si le gouvernement ne fait pas un geste, on va vers la guerre civile », selon un responsable local de la FSU. « Si le mouvement continue, il devient incontrôlable. Ils risquent de mettre le feu à l’île ». « Ils », c’est l’aile marchante de la grève, la jeunesse mahoraise, jeunes précaires, mal-employés ou sous-employés, sans avenir outre que quitter leur pays ou espérer être embauchés dans la « fonction publique ». C’est bien pour cela, d’ailleurs, que les troupes coloniales, envoyées en renfort pour mater la grève, n’ont pas abandonné leurs positions. Les « médiateurs » et les responsables associatifs ont mis un certain temps à convaincre les grévistes de lever les barrages et l’appel à une « île morte » qui avait été lancé pour aujourd’hui, mardi.
Mais les braises couvent encore et l’incendie pourrait repartir de plus bel. Dans un autre département (colonial) de l’Océan Indien, La Réunion, le mécontentement gronde, également, et les débrayages font tâche d’huile.




