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    Alexis Tsipras essaie d’amadouer l’Eurogroupe

    Grèce tsipras

    Brève publiée le 9 mai 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    (La Tribune) La Vouli, le parlement grec, a adopté des mesures d'un montant de 5,4 milliards d'euros dimanche soir. Alexis Tsipras tente ainsi d'imposer "ses" réformes à l'Eurogroupe.

    Alexis Tsipras peut se vanter d'avoir réaffirmé l'unité de sa majorité. Les 153 députés de son parti, Syriza, et de son allié de droite Grecs Indépendants (Anel), ont approuvé l'ensemble des mesures qui leur avait été soumis dimanche 8 mai au soir au parlement grec, la Vouli. Ce vote a été obtenu après deux jours de grève générale, les 6 et 7 mai, et alors que, dimanche, 26.000 personnes ont manifesté à Athènes et Thessalonique contre ce projet.

    Les mesures votées

    Le paquet de mesures adopté par la Vouli s'élève à 5,4 milliards d'euros, soit 3 % du PIB grec. Il s'agit d'atteindre les objectifs d'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) pour 2016 et 2017. Les mesures incluent une ambitieuse réforme des retraites et une réforme fiscale. La première sera particulièrement douloureuse pour les retraités futurs, car les pensions actuelles sont préservées. Les cotisations patronales et salariales seront néanmoins mises à contribution. Sur le plan fiscal, le gouvernement a choisi de faire porter l'essentiel du fardeau de l'augmentation de l'impôt sur le revenu sur ceux de plus de 43.000 euros par an, autrement dit sur la tranche la plus élevée. Néanmoins, il a abaissé le montant des revenus exemptés d'impôt. Seuls les contribuables ayant trois enfants à charge resteront exemptés d'impôts jusqu'à 9.550 euros, comme c'était le cas auparavant, pour les autres, ce montant sera baissé à 9.100 euros pour deux enfants, 8.863 euros pour un enfant et enfin 8.636 euros pour les contribuables sans enfants. La loi prévoit également une augmentation du taux d'imposition sur les bénéfices des petites entreprises de 26 à 29 % et une hausse de la taxation sur les dividendes.

    Stratégie du fait accompli

    L'objectif d'Alexis Tsipras est clairement d'imposer ses positions à l'Eurogroupe, alors que les ministres des Finances de la zone euro se retrouvent ce lundi 9 mai. Plusieurs points étaient en effet encore en discussions avec les créanciers, particulièrement sur la réforme fiscale où les prêteurs souhaitaient clairement un abaissement plus notable des revenus exemptés d'impôts. En faisant voter cette loi, Alexis Tsipras tente d'imposer une sorte de fait accompli aux ministres des Finances. En théorie, aucun accord formel n'a été trouvé avec les créanciers et le processus d'évaluation est encore en cours. Or, le mémorandum interdit formellement toute mesure unilatérale de la part de la Grèce. C'est donc un vrai coup de force de la part d'Alexis Tsipras, même si de nombreux éléments ne faisaient plus l'objet de discussion. Même le gouvernement grec pourra aussi insister sur sa détermination puisqu'il a fait voter des mesures impopulaires malgré la grève générale et les manifestations. Athènes peut donc espérer amadouer l'Eurogroupe.

    La balle dans le camp de l'Eurogroupe

    Reste à savoir comment ce dernier réagira. Certes, la Commission européenne, par la voix de Jean-Claude Juncker et de Pierre Moscovici, a appelé à la modération. Le président de la Commission a reconnu que les Grecs avaient rempli l'essentiel des réformes demandées et l'ancien ministre français a appelé à avancer. Mais la Commission n'est pas un élément moteur dans cette affaire. C'est l'Eurogroupe qui donne le feu vert à la libération de la prochaine tranche de l'aide. Or, l'Eurogroupe est dominé par Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, et Jeroen Dijsselbloem, son président. Et ils sont beaucoup moins conciliants. Il n'est donc pas certain qu'ils avalisent ce « coup de force » d'Athènes. D'autant que leur priorité est ailleurs : il s'agit de convaincre le FMI de rejoindre le troisième mémorandum sans accepter sa demande de réduction du stock de dettes.

    Bisbilles entre la zone euro et le FMI

    L'Eurogroupe avait évoqué des « mesures contingentes », autrement dit des mesures qui devaient être mises en place pour atteindre l'objectif de 3,5 % du PIB d'excédent budgétaire primaire en 2018. Cette demande avait été rejetée par la Grèce, mais la Commission l'avait soutenue voici deux semaines. Ceci visait à « rassurer » le FMI sur la trajectoire de la dette grecque et la soutenabilité de cette dernière. Or, depuis jeudi 5 mai, Christine Lagarde, la présidente du FMI, a remis en cause cet objectif même des 3,5 %... L'ennui, c'est que, sans cet objectif, toute la construction théorique du troisième mémorandum s'effondre. Il faut en passer alors soit par un allongement immense des remboursements, soit par une coupe radicale dans le stock de dettes. Et il n'est pas certain que Wolfgang Schäuble et Jeroen Dijsselbloem soient prêts à accepter ces conséquences.

    L'Eurogroupe pourrait se donner du temps

    L'Eurogroupe pourrait donc encore se donner du temps pour trouver un point d'entente avec le FMI. Il est peu probable que les ministres des Finances de la zone euro acceptent le « fait accompli » d'Alexis Tsipras. Ce serait pour eux, sanctionner une initiative à un gouvernement grec dont ils tentent depuis des mots de réduire à tous prix la marge de manœuvre, et l'idée des « mesures contingentes » vient encore le prouver. Autrement dit : ce serait faire une confiance jusqu'ici inédite au gouvernement grec. Ce serait aussi renoncer à « garantir » l'objectif d'un excédent primaire de 3,5 % du PIB en 2018 et donc placer sur un terrain différent les discussions avec le FMI. Sans compter que le temps joue plutôt en faveur de l'Eurogroupe. En juillet, la Grèce doit faire face à des échéances de 2,7 milliards d'euros de remboursement pour la BCE (2,3 milliards d'euros) et le FMI (400 millions d'euros). Et déjà, l'Etat grec doit puiser dans ses réserves pour faire face à ses obligations. En jouant la montre, l'Eurogroupe a plus de chance d'imposer ses vues à Alexis Tsipras qui, de son côté, n'a désormais plus guère de nouveau moyen de pression. Bref, il est peu probable que l'Eurogroupe valide la libération de la prochaine tranche de l'aide.

    Afficher sa résistance

    Reste que ce vote avait aussi une fonction interne à la Grèce pour Alexis Tsipras. Il s'agit de montrer que son gouvernement est à la fois un gouvernement réformateur, mais aussi soucieux de justice sociale. L'établissement d'un minimum vieillesse, l'effort fiscal imposé sur les hauts revenus, la modulation de l'exemption fiscale, tout ceci vise à confirmer le positionnement « de gauche » du gouvernement grec dans l'application du mémorandum. De même, ce « coup de force » vise également à prouver que le gouvernement grec n'est pas « passif » dans cette application : il n'hésite pas à défier l'Eurogroupe. C'est une méthode qui avait déjà été utilisée lors de la discussion sur la restructuration des banques. Même s'il faut finalement « ajuster » la loi à la demande des créanciers, l'acte de résistance aura été réalisé, et c'est un élément clé en Grèce.

    Stratégie risquée

    Avec ce vote, le premier ministre grec tente donc à la fois d'impressionner les électeurs grecs et l'Eurogroupe, tout en leur donnant des gages et des sujets de satisfaction. C'est une stratégie qui est certes risquée, car les marges de manœuvre du gouvernement sont faibles et les sujets de mécontentement de part et d'autres immenses. Mais c'est en réalité la seule qui lui reste, car sa volonté de trouver un accord « politique » au niveau européen par un sommet de chefs d'Etats et de gouvernements a, pour le moment, échoué. Le vrai problème pour l'hôte de Maximou, le Matignon grec, est que, le sort de la Grèce ne se joue pas à Athènes, mais plutôt dans des discussions entre l'Eurogroupe et le FMI.