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"La cause des femmes est un combat permanent"

féminisme

Brève publiée le 10 juin 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://larotative.info/anniversaire-du-planning-familial-1665.html

Ce sont des bombages noirs à la sortie de la gare de Blois qui attirent l’oeil, on y voit 3 visages et on y reconnaît notamment Simone de Beauvoir. Sur un autre, un slogan Simone for ever ; sur le dernier, un logo bien connu avec une signature : le Planning Familial. Interview des salariées du Mouvement Pour le Planning Familial réalisée le 9 juin en vue de l’anniversaire conjoint des 60 ans du Planning au niveau national et des 50 ans au niveau départemental.

Présentation du Planning Familial 41

Quelle est l’histoire du Planning Familial dans le département ?

On fête les 60 ans du Planning Familial mais aussi les 50 ans du Planning Familial départemental qui aurait dû avoir lieu l’année dernière. On rassemble les deux évènements en même temps samedi 11 juin [voir la 3ème partie de l’interview]. Le Planning s’est constitué de militantes qui revendiquaient le droit à la contraception, à l’IVG, etc. alors que maintenant on va lutter beaucoup contre le sexisme, faire changer les mentalités, etc. Aujourd’hui on est sur un travail de plus long terme.

Le Planning familial a une histoire très militante, est-ce que le type de militant-es a évolué avec par exemple l’arrivée de la gauche socialiste en 1981 ?

Le Planning reste toujours un mouvement militant, de toute façon, la cause des femmes est un combat permanent pour l’égalité des droits, quelque soit le gouvernement. Les droits s’acquièrent en luttant, on a jamais obtenu de droits sans mener les luttes. On voit encore aujourd’hui par exemple avec la présidence d’Hollande, il y avait en début de mandat, en 2012, un ministère du droit des femmes dirigé par Najat Vallaud-Belkacem qui a disparu en 2014, on n’a plus qu’un secrétariat d’Etat aux droits des femmes sous la tutelle du Ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Pire, en 2016, dans, le deuxième gouvernement Manuel Valls, il n’existe plus de structure spécifique, et les fonctions sont intégrées au ministère de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes dirigé par Laurence Rossignol.

Quelles sont les grandes luttes du Planning de ces dernières années à Blois ?

Lutter contre le sexisme, changer les mentalités et mobiliser la jeunesse pour prendre la relève. Quand on entend les jeunes dire les femmes peuvent voter, avoir un compte en banque, travailler, etc. or nos droits sont menacés. Quand on voit les Espagnoles redescendre il y a deux ans dans la rue pour défendre le droit à l’avortement, on sait que nous aussi en France, on est menacé sur le droit à l’IVG [1]. D’ailleurs à la suite des mobilisations contre le mariage pour tous, les groupes anti IVG réapparaissent [comme à Paris avec les Survivants qui jouaient au chat et à la souris avec les militant-es féministes et antifascistes samedi dernier]. Il faut donc toujours, toujours lutter pour que les jeunes prennent conscience de la situation. Il faut que nous soyons toujours très vigilantes.

Tours a été le théâtre d’intervention des anti IVG avec SOS tout petits et Xavier Dor dans les années 90 et un peu dans les années 2000. Qu’en est-il à Blois, qui est une ville plus petite, dans un département plus rural ?

Blois c’est peut être moins voyant en effet mais il y a eu un autocollant sur notre boite aux lettres pendant les manifestations contre le mariage pour tous sans parler du dernier rassemblement de la manif pour tous [qui a tenté de récupérer le symbole de l’abolition de l’esclavage pour marquer son opposition à la PMA]. Il y a eu aussi des actions pendant par exemple les rendez vous de l’Histoire ou encore une interview il y a deux ans d’un journaliste blésois qui s’est présenté comme indépendant, en fait il s’agissait de Jean Robin [du site web d’extrême droite, proche des Identitaires, Enquête & Débat. C’est aussi le responsable des Editions Tatamis]. Il y a aussi le FN par la voix de Marion Maréchal Le Pen qui menaçait de supprimer les subventions en PACA lors de la campagne des dernières régionales mais c’est aussi une réalité dans certaines villes [comme à Tours ou à Orléans] où la majorité de droite conservatrice au conseil municipal baisse les subventions du Planning Familial.

Le Printemps Français, frange radicalisée de la Manif pour tous

C’est dans le Loir-et-Cher que la présence du Front National est la plus forte au niveau régional. Cela a-t-il un impact sur le Planning Familial ?

Nos subventions venant de l’Etat baissent chaque année (-6% en un an) mais la ville de Blois les maintient. C’est réellement une mairie qui soutient nos actions.

Comment être/rester militant quand on est subventionné ?

Une baisse de subventions, c’est très difficile, ça veut dire moins d’actions sur le terrain car moins de salarié-es qui sont pivot dans les actions car il n’y a pas assez de bénévoles. On espère que la fête des 60 ans va déclencher l’envie de nous rejoindre et de militer avec nous. Sinon je n’ai pas l’impression que les subventions modifient notre manière de communiquer, c’est plus une question de forme, une question administrative (dossier de subventions) mais on est en effet dépendant... Notre militantisme reste le même, dans l’équipe salariée, on est toutes militantes avant d’être salariées. A partir du moment où on a en tête qu’on ne fera pas du consensus pour avoir de l’argent, on reste libre, sinon ce n’est plus le Planning, c’est une ONG. On est une association qui aborde des sujets politiques. On aborde les choses clairement même dans les dossiers de subventions : on pose clairement qu’on est une association militante, féministe etc. D’ailleurs quelques fois on nous fait intervenir précisément parce qu’on est différent des autres associations.

Les activités du Planning Familial 41

En dehors de la soirée exceptionnelle de samedi, quelles sont les actions que vous menez, notamment en direction de la jeunesse ?

On va dans les collèges, les lycées, dans les FJT, les quartiers populaires, les Points Information Jeunesse, les piscines, les festivals etc. On agit sous deux formes : les interventions qui durent une heure et demie deux heure avec une classe ou un groupe sur une thématique ou alors on a des permanences en général une fois par mois où on est là une heure, une heure et demie et les jeunes savent qu’on est là : on discute, ils peuvent nous poser des questions. Lors des événements festifs, c’est plus des stands de prévention.

Dans tous les cas, c’est interactif, on est une association d’éducation populaire et on travaille avec les outils de l’éducation populaire. C’est interactif, on part d’eux pour avancer avec eux. Par ailleurs il y a un autre volet : les formations « jeunes relais », c’est toujours partir d’eux pour qu’elles et ils relaient l’information, travaillent ce que c’est que s’engager dans les associations, s’engager pour que les autres jeunes comprennent ce qu’est ce système de domination structurel contre les femmes mais aussi les homosexuels, les trans car il y a peu d’associations qui travaillent sur ces thématiques en dehors des associations LGBTI.

Quels sont les principaux thèmes abordés lors de ces interventions et rencontres ?

Tous les sujets sont abordés : orientation sexuelle, sexisme et rapport de genre (même si ce n’est pas dit avec ces mots là), protection contre les IST, IVG et grossesse, plaisirs et sexualité, pratiques sexuelles, pornographie, etc.. On a une approche globale de la sexualité, c’est transversal : quand on aborde la contraception, on va aborder aussi l’IVG, les IST, la question du genre, les violences etc. C’est complètement ouvert. Cette approche, c’est notre spécificité au Planning : comme on est extérieur aux établissements scolaires et aux autres lieux d’intervention, ça permet aussi de faire (re)sortir des situations de la vie de tous les jours [notamment liées aux nouvelles technologies : revenge porn, réseaux sociaux, etc.]

Y-a-t-il des liens avec des organisations de jeunesse, des organisations syndicales et politiques ?

On a essayé de travailler avec la LMDE, il n’y a pas vraiment d’organisations de jeunesse sur Blois pour relayer nos infos. Et comme pour les autres organisations, qu’elles soient politiques ou syndicales, chacun se retrouve un peu seul dans son coin. Par contre il y a d’autres choses qui apparaissent comme des collectifs (de graffeurs etc.) ou des associations (comme Rosette, asso organisant des concerts de rock), il y a aussi des gens qui rejoignent spontanément le Planning.

A propos des graffeurs, cette interview a notamment pour origine les bombages à la sortie de la gare de Blois qui ont au tournant avril/mai pas mal interrogé les voyageurs. Est-ce une pratique ancienne ou le fait des nouvelles et nouveaux militant-es qui rejoignent le Planning ? A la rentrée 2013 il y avait eu un gros travail de communication visuelle effectué à la craie (voir le facebook du Planning Familial 41 dont est extraite la photo ci-dessous).

Ce travail à la craie, c’est l’année où on a eu de grosses baisses de subventions, les militant-es avec les personnes qui avaient été formées comme personnes ressources avaient participé à ces messages à la craie devant la Préfecture. Mais ça partait du Planning même si c’est le fait des jeunes générations : ce sont des visuels un peu différents pour interpeller les gens.

En reprenant les dernières campagnes visuelles du Planning, il y a un renouvellement dans la forme pour s’adapter à l’évolution de la société.

Complètement, il faut se bouger, on voit que toucher les jeunes c’est aussi s’adapter à leur mode de vie, de communication. On a réactivé la page Facebook pour passer les messages et toucher un autre public, plus jeune mais pas que. Et puis les pochoirs, les bombages, ça permet de toucher un public qu’on a pas dans nos interventions. C’est une manière de rendre visible des visuels Planning dans la rue, il faut occuper l’espace public. Au Planning, on est pas assez visible, c’est important d’occuper la rue comme pour tout mouvement d’éducation populaire.

Justement quels sont les liens avec les mouvements d’éducation populaire ?

Par exemple avec l’Engrenage. On a travaillé avec eux en novembre dernier, sur uneconférence gesticule intitulée « Marche ou (c)rêve : l’échappée belle ou la longue traversée des violences conjugales » (le 26 novembre à Blois) ; on a fait venir plusieurs conférences gesticulées de notre propre initiative, c’est un travail qui nous correspond même si on est peu à se mobiliser dessus.

Quelles sont vos prochaines actions d’ici la fin de l’année.

La fête de la musique et la guinguette ; le 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes ; le 1er décembre journée de lutte contre le SIDA.

Samedi 11 juin : double anniversaire

Et concernant le 11 juin ? Qu’est-ce qui vous a poussé à organiser une journée aussi ambitieuse ?

On avait enfin de se faire plaisir, organiser un événement festif, ce n’est pas dans nos habitudes. C’est une façon de dire qu’on existe, qu’on est militantes et actives, de monter de nouveaux partenariats, on a des nouvelles idées pour les futures actions. Et puis les 60 ans du Planning avec le slogan Simone for ever c’est un mouvement national, c’était donc le moment de le faire. C’est un moment très fort, symbolique, il y a eu le congrès de Grenoble, ville où la première association a été ouverte, on a fêté là bas les 60 ans du Planning, il fallait le faire ailleurs, marquer l’événement.

On a voulu faire quelque chose de fort, de grand, quand on a pris la mesure de ce que ça pouvait être, quand on a vu les retours positifs des artistes, des commerçants, on s’est dit s’est fou, on a des gens autour de nous en dehors des [subventionneurs] (la mairie de Blois a tout de suite été partante) : les associations comme la Caverne, Roxettes, les artistes qui ont été contactés jouent gratuitement. Il y a une centaine de bénévoles, c’est un truc de fou, on s’est laissé emmener, on est complètement épuisé mais ça nous fait énormément de bien de voir qu’on est soutenu politiquement, que les gens répondent présents. On souhaite que les gens se souviennent de cette journée.

Et le programme ?

A partir de 11h, batucada Saravah sur le marché Place Louis XII, déambulation et à nouveau à partir de 15h une déambulation en musique dans les quartiers nord pour arriver à pied à l’espace Georges Semprun pour l’ouverture des portes à 17h, heure à partir de laquelle se tiennent plusieurs ateliers (graph, customisation d’objets genrés (jouets, ustensiles de ménage, etc.), mur de paroles, personnalisation/création de badges [féministes/antisexistes]) avant le concert.

Qu’attendent les salariées et les militant-es du Planning attendent de cette journée ?

Essayer de montrer que le Mouvement Français pour le Planning Familial est un mouvement politique, qu’il y a encore beaucoup de luttes à mener (les violences faites aux femmes notamment), qu’il faut renforcer le Planning. Que nous sommes militantes mais que nous savons aussi faire la fête.

Comment soutenir le Planning aujourd’hui d’un point de vue financier et militant ?

Que les gens s’engagent mais aussi par les dons et adhésions (16€/an ou plus ; 8€ pour les précarisé-es) sont les bienvenus (chèque à l’ordre du Planning Familial 41, 28, rue des Écoles 41000 Blois (02 54 74 33 41 et mfpf.41@wanadoo.fr)).

P.-S.

(Re)lire Rencontre avec le Planning familial d’Indre-et-Loire (08 mars 2014)


Notes

[1] Voir Propagande anti-IVG : des associations de lutte pour les droits des femmes réagissent