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Espagne : le péril Podemos inquiète les marchés
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http://www.lerevenu.com/placements/economie/espagne-le-peril-podemos-inquiete-les-marches
À douze jours des élections législatives, le parti est en pleine ascension dans les sondages. Son programme, peu compatible avec les réformes et la rigueur budgétaire exigés par Bruxelles, fait craindre une nouvelle crise politique en Europe.
Depuis décembre dernier, l’Espagne est dans l’impasse politique : faute de majorité parlementaire, le gouvernement reste cantonné aux affaires courantes. Le 26 juin prochain, de nouvelles élections législatives se tiendront, d’où une coalition gouvernementale devra émerger.
Les sondages prédisent une poussée de Podemos, crédité de plus de 25% des voix (contre 20,7% en décembre). Né en 2014, ce parti espère arracher le leadership de la gauche à l’historique Parti Socialiste Ouvrier Espagnol… crédité de seulement 21%. Renforcé ces derniers mois, en tissant des alliances avec de petits partis d’extrême-gauche, Podemos inquiète toujours les marchés financiers.
Une inquiétude ressentie dans le ralentissement brusque de l’investissement des entreprises au premier trimestre et la dégradation de la dynamique du crédit, en avril. Les économistes de Deutsche Bank évoquent un programme économique «irréaliste et susceptible de remettre en cause la reprise économique du pays».
Un redressement économique spectaculaire en 2014-2015
Il y a certes beaucoup à perdre car, après une dure récession entre 2009 et 2013, l’Espagne a depuis redressé la barre. La déflation, provoquée par l’envolée du chômage (donc la modération salariale), la crise immobilière et la hausse des impôts, a permis un redressement douloureux mais mécanique de la compétitivité des entreprises, notamment à l’export. En outre, les réformes du marché du travail, menées entre 2010 et 2012, ont soutenu l’emploi, «en apportant plus de flexibilité salariale et internes aux entreprises», estiment les économistes de Crédit Agricole.
La reprise s’est matérialisée à partir de 2014, soutenue par le recul du chômage, la baisse de l’euro et la chute des prix de l’énergie, mais aussi grâce à la politique monétaire de la BCE, qui a réduit le coût de la dette pour l’État comme pour les entreprises. Enfin, en desserrant l’étreinte fiscale, après une longue période d’austérité, le gouvernement a donné un coup de pouce à la consommation. Après un pic en 2015 à 3,2%, la croissance devrait s’atténuer, avec la fin des effets favorables conjoncturels (euro, pétrole, effets fiscaux). Mais elle devrait rester solide, à +2,7% et +2,3% en 2016 et 2017, selon la Banque d’Espagne.
Dans le viseur de la Commission européenne
Reste une déception : un déficit public, encore trop lourd aux yeux de la Commission européenne. Celui-ci devait être ramené à 4,2% du PIB l’an passé, conformément au Programme de stabilité et de croissance (PSC)… il est ressorti à 5,1%. La faute aux cadeaux fiscaux «lâchés» en cette année électorale (prime pour les fonctionnaires, baisse d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales) mais aussi au déficit des collectivités locales et territoriales, auxquelles le gouvernement peine à imposer sa rigueur. L’Espagne devrait échapper cette année aux sanctions de la Commission, mais la pression va rester forte. «De nouvelles réformes structurelles seront exigées», prédit-on chez Crédit Agricole.
Devant cette réalité, une coalition emmenée par Podemos apparait comme explosive. «Leur programme prévoit un retour en arrière sur les réformes et un creusement du déficit public. Il placerait le pays dans une posture d’affrontement direct avec la Commission européenne», estime-t-on chez Deutsche Bank.
Un scénario qui se confondrait avec l’interminable bras de fer qui opposa en 2015 le parti grec Syriza et les dirigeants européens. Il avait étouffé la timide reprise de la Grèce. Il mettrait alors en scène une économie, l’Espagne, six fois plus importante que la Grèce.




