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Brexit : la tentation de la « non demande en divorce »
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
David Cameron n'a pas déclenché cette semaine la négociation qui doit matérialiser le « Brexit ». Jusqu'à nouvel ordre, le Royaume-Uni reste de jure membre plein et entier de l'Union. Et certains s'interrogent : et si, finalement, ils restaient?
Tout cela n'aurait-il été qu'un mauvais rêve, la crise de la quarantaine d'une grande nation déboussolée ? Après des mois de débats fébriles qui se sont conclus par le vote de 17 millions de Britanniques en faveur du Brexit, l'hypothèse du maintien du Royaume-Uni dans l'Union semble totalement saugrenue. Et pourtant elle a bel et bien commencé à circuler à Bruxelles.
« Nous travaillons sur l'hypothèse que le Royaume-Uni veut quitter l'Union européenne », expliquait deux jours après le vote un haut fonctionnaire du Conseil européen. Sans blague ? Il en existerait donc une autre ? De l'autre côté de la rue de la loi, on ne se donnait pas la peine de manier l'antiphrase. « Il n'y aura pas de Brexit », prédisait avant le sommet du 27 juin une source haut placée à la Commission européenne. Pourquoi ces doutes, alors que le résultat du vote est sans appel ? S'agit-il de déni après la gifle du « Leave » britannique ? De « wishfull thinking » motivé par la peur de la contagion ou la crainte de devoir négocier en ordre dispersé un nouveau statut pour le Royaume-Uni ? Ou bien est-ce une anticipation rationnelle ? Probablement un peu des trois.
Il ne dépend que du Royaume-Uni de s'abstenir
D'abord il y a la « non demande en divorce ». Le Premier ministre démissionnaire n'a pas actionné le fameux article 50 qui aurait donné le top départ des négociations de sortie. Cette « réserve » souligne un point de droit important: il ne dépend que du Royaume-Uni de s'abstenir. Partout en Europe, sauf en France, on ne cesse de rappeler que le mariage n'est pas rompu. La chancelière Merkel évite de mettre trop de pression sur Londres. Le chef du parti conservateur au pouvoir en Pologne Jaroslaw Kaczynski suggère carrément de tenir un second référendum pour sauver l'unité du... Royaume-Uni, lui-même.
Attendre le Congrès conservateur
Mais peut-on ne pas tenir compte du vote de 33 millions de Britanniques chauffés à blanc par des semaines de campagne ? Non, mais... répond-on à Bruxelles et ailleurs en tablant sur une situation politique intérieure de plus en plus dégradée. Cameron a cherché à gagner du temps en invoquant son propre manque de légitimité et en annonçant qu'il faudrait attendre le Congrès conservateur d'octobre pour qu'une autorité puisse être investie du pouvoir de négocier. Finalement, sous pression, il a annoncé la nomination d'un nouveau premier ministre au plus tard le 2 septembre... et la création d'un département Brexit au sein de son administration. Mais cela ne veut pas dire que la crise politique ne va pas s'aggraver, les marchés désespérer, les demandes de passeport irlandais atteindre des sommets, les partis travailliste et conservateur poursuivre leur délitement au point de rendre la négociation ingérable. Qui sait ce qui peut se passer d'ici septembre ?
Enfin, il y a la difficulté presque insurmontable de la situation créée par ce vote. Transformer un rejet en projet n'a jamais été facile.
« Le Royaume-Uni est pris en sandwich entre ses intérêts économiques qui voudraient qu'il participe à l'avenir comme pays tiers de la façon la plus poussée possible au marché unique et l'acceptabilité politique d'une telle option », note une source diplomatique.
En effet, si Londres obtenait - ce qui n'est pas acquis - un statut à la norvégienne, ses entreprises financières pourraient certes conserver leur passeport européen mais le gouvernement serait privé de toute influence sur l'adoption d'une législation qu'il serait tenu de faire respecter... tout en continuant à contribuer au budget européen. « Cela serait difficile à avaler pour ceux qui ont prétendu le contraire et assuré que le Brexit permettrait aux Britanniques de recouvrer leur souveraineté », ajoute cette source.
Si le « non divorce » devient pensable et même indispensable, au moins comme possibilité, c'est en fait que le Royaume-Uni dont le système politique et même l'unité territoriale sont désormais menacés réalise tout simplement que son appartenance à l'Union européenne, toute imparfaite qu'elle fut, fait partie de son identité. En la quittant, il pensait se retrouver lui-même, alors qu'il court le risque de se perdre




