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    Allemagne: les Eurosceptiques d’AfD se déchirent et reculent dans les sondages

    Allemagne

    Brève publiée le 14 juillet 2016

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    Alternative für Deutschland est en proie à un combat des chefs qui le fait chuter dans les sondages à son plus bas depuis le début de l'année. Cette nouvelle donne changera-t-elle la politique allemande en Europe ? C'est peu probable.

    Le cauchemar d'Angela Merkel serait-il sur le point de s'évaporer ? Depuis quelques semaines, le parti eurosceptique et anti-migrants Alternative für Deutschland (AfD) a entamé un net recul dans les sondages. Certes, les instituts ne sont pas réellement d'accord sur le niveau des intentions de vote pour ce parti, mais ils s'entendent sur un point : son affaiblissement.

    Nette décrue

    Ce mercredi 13 juillet, l'institut Forsa a ainsi attribué à AfD 8 % d'intentions de vote, son plus faible niveau depuis le 6 janvier dernier dans les enquêtes de cet institut qui, voici un mois attribuaient encore 11 % des suffrages à AfD. On remarquera cependant que Forsa a toujours donné un niveau de votes plus faibles que ses concurrents à AfD. A l'inverse de l'institut Insa, toujours très optimiste pour ce parti. Mais dans son enquête du 11 juillet, cet institut a attribué 12,5 % des intentions de vote à AfD, soit 2 points de moins que la semaine précédente et son plus faible niveau depuis avril 2016. Parmi les autres instituts, Emnid le 9 juillet a donné 10 % des intentions de vote au parti eurosceptique, un plus bas depuis janvier également, et Infratest attribue 12 % à AfD, au plus bas depuis février.

    La décrue est donc nette. Deux raisons sont invoquées pour expliquer ce phénomène. La première est une réaction au Brexit. Devant l'incertitude, beaucoup d'électeurs soutiennent les autorités en place. On voit donc, parallèlement à l'effritement d'AfD celui des autres partis d'opposition, notamment Les Verts et Die Linke, et la remontée de la SPD sociale-démocrate et de la CDU/CSU d'Angela Merkel, les deux partis de la coalition gouvernementale. La SPD est ainsi donné à 23 %, du jamais vu depuis le 9 mars, la CDU/CSU est à 36 %, son niveau du 30 mars.

    Un parti affaibli par ses querelles internes

    La chute d'AfD selon Forsa et Insa est cependant plus rapide que celle des Verts depuis le 22 juin : la chute atteint trois points contre un seul pour les Verts. Outre l'élément de rejet du Brexit et de ses conséquences qui se reporte naturellement sur les Eurosceptiques, les électeurs allemands semblent déconcertés par une énième querelle interne au parti qui a débouché dans le Land de Bade-Wurtemberg sur une scission du parti. A l'origine de cette scission, il y a un député régional d'AfD, Wolfgang Gedeon, dont on a « découvert » des propos et des ouvrages antisémites et islamophobes. Le chef régional d'AfD, Jörg Meuthen, a tenté d'exclure Wolfgang Gedeon du groupe parlementaire. Mais il n'est pas parvenu à obtenir la nécessaire majorité des deux tiers des 23 députés. Il a donc, le 6 juillet, pris la décision de faire sécession et a créé son propre groupe « Alternative für Baden-Württemberg », rejoints par 13 députés. Selon le président de Forsa, l'annonce de cette scission a fait perdre deux points d'intention de vote à AfD.

    Virage à droite

    Derrière cette scission et le cas Gedeon se place une lutte entre deux factions pour le contrôle d'AfD et son orientation. Le Congrès de juillet 2015 avait consacré le tournant à droite du parti, fondé en avril 2013 comme un parti libéral incarnant la volonté d'un retour à un ordolibéralisme pur et délivré des « dérives européennes » vers la « socialisation des dettes » et la « création monétaire à outrance ». Le fondateur du parti, l'économiste hambourgeois Bernd Lucke, avait progressivement perdu le contrôle de la formation au profit d'une droite voulant insister sur le rejet de l'immigration. En juillet 2015, il avait quitté AfD, laissée aux mains d'une co-direction fédérale menée par Jörg Meuthen et Frauke Petry.

    Scission à Stuttgart

    Avec la crise migratoire et plusieurs succès importants aux élections régionales au printemps 2016, la ligne de Frauke Petry, une entrepreneuse saxonne, s'est imposée comme la figure dominante du parti, portant sa nouvelle ligne xénophobe. Ceci a naturellement déplu à Jörg Meuthen qui a fondé un courant anti-Petry en s'appuyant notamment sur Alexander Gauland, un ancien de la CDU, très influent dans le parti. L'affaire Gedeon était l'occasion de crever l'abcès. Jörg Meuthen y a vu un casus belli en tentant de tracer dans l'antisémitisme une limite à ne pas franchir. Il devenait alors le champion d'un parti refusant de dériver vers l'extrême-droite. Frauke Petry a certes demandé et obtenu la démission de Wolfgang Gedeon dont elle a aussi dénoncé les propos, mais trop tard et elle a cherché à couvrir la polémique. De son côté, Jörg Meuthen a refusé de continuer à siéger avec les neuf députés qui ne voulaient pas exclure le député et qui, désormais, forment le groupe AfD au sein du parlement régional de Stuttgart.

    « Guerre des chefs »

    L'affaire est grave puisque, malgré sa scission à Stuttgart, Jörg Meuthen reste co-président et membre d'AfD. Nul ne sait comment cette « guerre des chefs » va se terminer, mais la scission semble inévitable et, dans tous les cas, l'effet sur l'électorat sera négatif. La force d'AfD, jusqu'ici, était de ne pas être perçue comme un parti « néo-nazi » par une partie de l'électorat, à la différence de la NPD ou de la DVU. En cas de victoire de Frauke Petry et de scission de Jörg Meuthen qui fustigera l'orientation de cette dernière, cet avantage risque de disparaître. La question est donc désormais de savoir si cette querelle va ruiner les chances d'AfD de disposer d'élus au Bundestag en septembre 2017 en le renvoyant sous les 5 %. Les élections régionales à Berlin, en Basse-Saxe et en Mecklembourg en septembre, ainsi qu'en Rhénanie du Nord Westphalie, en Sarre et au Schleswig Holstein en mars seront des tests pour ce parti. On sait qu'une partie de l'électorat allemand est très volatil depuis 2005 : il avait fait bondir dans les différents scrutins les Libéraux de la FDP, le Parti pirate ou encore les Verts. A chaque fois, ces fortes poussées avaient été suivies de décrues violentes. En sera-t-il de même d'AfD ? C'est possible dans la mesure où le parti a profité d'une crise migratoire qui semble s'apaiser. Mais les succès régionaux d'AfD en mars dernier dénotent néanmoins une implantation locale qui semble plus solide.

    Quelles conséquences pour la politique européenne de l'Allemagne ?

    Quelles pourraient être les conséquences de cet affaiblissement d'AfD sur la politique d'Angela Merkel ? Elles ne doivent pas être surestimées. La chancelière va demeurer prudente pour conserver et ramener les électeurs conservateurs tentés par AfD. Elle va donc tout faire pour éviter une reprise du flux migratoire et éviter toute socialisation du risque au niveau européen. Une fois la crise réglée, AfD ou un parti fondé par Jörg Meuthen et Alexander Gauland pourraient demeurer des dangers potentiels. Surtout, en entrant au Bundestag, AfD viendrait compliquer singulièrement l'arithmétique parlementaire allemande, laissant Angela Merkel face à aucune autre possibilité que la poursuite d'une grande coalition dont ni la SPD, ni la CDU ne veulent.

    Pour Angela Merkel, il sera donc utile de tenter de gagner des voix au centre et à droite pour être en position de force. Face à une SPD qui a engagé un timide tournant à gauche avec notamment une volonté d'approfondir l'intégration de la zone euro, la CDU pourrait donc se présenter comme un « bouclier » contre ces demandes. L'Europe est un moyen de faire renaître la fracture gauche-droite outre-Rhin, ce qui est un des buts partagés par les deux partis de la "grande coalition". La position adoptée jusqu'ici d'un rejet d'une plus grande intégration économique de la zone euro au-delà de la surveillance budgétaire devrait donc demeurer la position officielle de Berlin.