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Turquie : une économie très dépendante de l’extérieur

économie Turquie

Brève publiée le 19 juillet 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.latribune.fr/economie/international/turquie-une-economie-tres-dependante-de-l-exterieur-587147.html

L'économie turque est très dépendante du financement externe et les suites du putsch manqué pourraient l'affaiblir encore. La réponse du gouvernement et de la banque centrale seront-elles à la hauteur de l’enjeu ?

Le coup d'Etat manqué en Turquie est une mauvaise nouvelle pour l'économie turque. La réaction des marchés n'a pas manqué de le souligner. L'indice Borsa 100 de la Bourse d'Istanbul a perdu plus de 7 % lundi 18 juillet. Il était de 5,2 % vers 11 heures, heure de Paris. La livre turque, elle, a rebondi lundi à 2,96 livres pour un dollar. Mais ce rebond n'efface pas la forte chute de vendredi, lorsque le putsch a été connu et que la livre est ainsi passée de 2,8782 livres pour un dollar jeudi à 3,0157 vendredi. La livre reste à son plus haut depuis le 25 mai. Par ailleurs, la confiance dans l'Etat turc a été fortement mise à mal comme le montre le taux à 10 ans qui est passé de 8,89 % à 9,53 %, effaçant en une séance près d'un mois de baisse.

Les moteurs de la résistance turque

Les investisseurs sont donc inquiets. Certes, la croissance du pays demeure solide. Sur un an, le PIB a progressé de 4,8 % au premier trimestre de 2016. Mais ce chiffre cache une réalité complexe. Le FMI prévoit une progression du PIB sur l'année de 3,8 %, ce qui est autant qu'en 2015 et plus qu'en 2014 (2,9 %). L'OCDE table sur 3,9 %. La Turquie a montré globalement dans l'univers des pays émergents une vraie capacité de résistance, notamment grâce à deux moteurs : la vigueur continuelle et jamais démentie de la consommation des ménages (+ 4,5 % en 2015), elle-même alimentée par une progression continue des salaires (le coût unitaire salarial a augmenté de 26 % entre 2012 et 2015, selon l'OCDE), mais aussi la dépense publique qui a progressé de 6,7 % en 2015 et qui devrait encore accélérer selon l'OCDE en 2016 avec une hausse attendue de 8 %. Outre plusieurs grands projets, la gestion des 2,5 millions de réfugiés syriens a alimenté cette dépense.

Affaiblissement de la croissance

Malgré tout, la croissance turque est inférieure à son potentiel qui, du reste, recule, selon l'OCDE qui a estimé la croissance potentielle du pays à 4,2 % en 2015, 4 % en 2016 et 3,8 % en 2016. Le pays est touché par une certaine faiblesse de ses marchés exportateurs (Union européenne, Russie, Moyen-Orient), mais aussi par une forte dépendance de l'étranger pour le financement de sa croissance. Très liée à la consommation des ménages, la croissance turque génère un déficit commercial important que la hausse des exportations ne parvient pas à compenser compte tenu de la faible valeur ajoutée d'une grande partie de ses ventes à l'étranger. A cela s'ajoute la faiblesse du financement intérieur de l'économie turque qui dépend donc largement du financement externe et des investissements directs étrangers.

Fort déficit courant

Ce besoin se reflète dans un fort déficit courant qui s'est réduit en 2015 en raison de la baisse du prix de l'énergie, mais qui dépasse encore 4 % du PIB. Or, ce déficit alimente à son tour une inflation qui demeurait en mai 2016 à 6,6 %, malgré les pressions déflationnistes mondiales. La hausse des prix et des salaires pèse sur les investissements des entreprises qui restent largement insuffisants : leur croissance devrait ralentir, selon l'OCDE, de 3,6 % en 2015 à 1,8 % en 2016. Sans dynamique d'investissement, la productivité ne peut progresser, ce qui pèse sur les marges et, en retour, sur l'investissement. Cette situation conduit à une lente, mais certaine, érosion de la croissance potentielle turque qui est inquiétante pour un pays dont le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat est encore inférieur, selon Eurostat, de 47 % à la moyenne de l'Union européenne.

Dépendance au niveau de la devise

La Turquie dépend donc hautement de son taux de change. En cas d'effondrement de la livre, les investissements directs étrangers, qui déjà n'ont plus de dynamisme (ils sont attendus en hausse de 1,4 % par le FMI en 2016), risquent de se réduire et l'inflation pourrait repartir à la hausse et peser soit sur les salaires, soit sur les marges des entreprises. L'effet devise risque aussi de peser sur les dettes des entreprises, qui empruntent beaucoup en devises. Selon l'OCDE, si le niveau d'endettement du secteur privé est faible en proportion du PIB (88,7 %), la Turquie est le seul pays de l'OCDE avec l'Italie à avoir une dette des entreprises supérieure à leurs fonds propres. Quant à l'effet de compétitivité de la baisse de la livre, il n'est pas nul, mais son effet sur la réduction du déficit courant sera réduit en raison de l'importance des déséquilibres de l'économie turque.

Inquiétant pour les investisseurs

La Turquie est donc très dépendante de l'humeur des investisseurs internationaux, lesquels sont très sensibles à la situation politique intérieure du pays. La crise politique de l'an passé, où il avait fallu deux élections, en juin et en novembre, pour redonner au parti du président Recep Tayyip Erdoğan, l'AKP, sa majorité absolue avait amélioré l'opinion sur le pays qui avait connu une éclaircie conjoncturelle. Avec la tentative de putsch de vendredi, l'incertitude renaît. La réaction violente du pouvoir n'est pas forcément de nature à rassurer les investisseurs. Non que ces derniers soient sensibles, pour leurs choix d'investissement, au respect des droits de l'homme. Leur obsession est la stabilité. Or, par cette violente réaction qui dépasse les cercles putschistes, le pouvoir turc pourrait encore renforcer la polarisation d'un pays déjà livré à une guerre civile larvée dans les régions kurdes et à un risque terroriste élevé. D'autant qu'une mainmise forte de l'AKP pourrait réduire l'indépendance de la justice, y compris en matière commerciale et financière, ce qui n'est pas rassurant pour les investisseurs.

Impact sur le tourisme

De plus, cette réaction s'accompagne de tensions internationales, notamment avec les Etats-Unis, accusés à demi-mots par Ankara de protéger Fethullah Gülen, ce prédicateur qui est la bête noire de Recep Tayyip Erdoğan et est vu comme l'orchestrateur du putsch par le pouvoir turc. Les investisseurs ne goûtent guère ce genre de tensions qui pourraient aussi durcir les relations entre l'Union européenne et la Turquie. Enfin, et surtout, le putsch va encore réduire l'attractivité touristique de la Turquie, déjà fortement ébranlée par l'attentat de l'aéroport d'Istanbul de fin juin et par le contexte géopolitique. Selon les statistiques turques, les revenus du tourisme ont déjà reculé au premier trimestre 2016 de 16,5 %. Or, moins de touristes, c'est moins de devises et moins de recettes pour l'économie intérieure. C'est donc un déficit courant encore sous pression.

Le dilemme de la banque centrale

La Banque centrale de la République de Turquie (TCMB) doit annoncer une décision sur ses taux demain. Doit-elle réduire son taux de refinancement actuellement à 9 % pour contrebalancer l'effet sur la confiance des consommateurs et des entreprises de l'instabilité au risque de peser sur la livre et de creuser encore les déséquilibres ? Le choix est délicat. HSBC attend un maintien des taux, malgré un risque sur la croissance, mais JP Morgan attend une réduction de 50 points de base. Déjà, la TCMB a accepté samedi de fournir des liquidités illimitées aux banques et de lever ses restrictions concernant les collatéraux en devises. Elle se prépare ainsi à disposer de réserves pour intervenir éventuellement sur les marchés, tout en soutenant le secteur financier et la demande intérieure.

Les réformes nécessaires

Mais la vraie réponse serait évidemment un rééquilibrage de l'économie qui ne peut passer que par une politique économique ambitieuse du gouvernement. L'enjeu est de dépendre moins de la consommation sans forcément réduire cette dernière. Pour cela, il faut augmenter les revenus afin de favoriser à la fois l'amélioration du niveau de vie et du taux d'épargne intérieur. La Turquie souffre, malgré la quasi-disparition de la pauvreté absolue, de fortes inégalités qui sont aussi à la source de son déséquilibre. L'OCDE donne quelques pistes : améliorer le taux d'emploi des femmes pour augmenter les revenus des ménages, mieux s'intégrer dans les chaînes de valeur mondiales pour renforcer les marges, investir « massivement » dans le capital humain et intellectuel... Une politique que l'AKP n'a pas réellement mené jusqu'ici, malgré de la bonne volonté. Et il n'est pas certain que le pouvoir renforcé de Recep Tayyip Erdoğan favorise ce type de politique.