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"Moi, Daniel Blake" de Ken Loach : du rire à la rage
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le dernier film du réalisateur britannique, palme d'Or à Cannes, dénonce la dérive obscène du système d'aides sociales outre-Manche. A découvrir en salles mercredi 26 octobre.
Loach, le retour. Non pas qu’il se soit éloigné, même s’il avait annoncé voilà deux ans que "Jimmy’s Hall" serait son dernier film. Mais ses œuvres récentes témoignaient d’une forme de lassitude, avec des sujets moins brûlants, moins portés en apparence par la colère et l’urgence. Avec "Moi, Daniel Blake", c’est le vrai Loach qui déboule, bille en tête, et que le jury cannois a choisi de distinguer. Deuxième palme d’or pour le cinéaste (la première, en 2006, était pour "Le vent se lève"), qui prend pour cible la dérive du système britannique dans ce qu’elle a de plus obscène. Ou comment le principe des aides sociales se trouve désormais mis en cause par l’Etat, qui en a confié la gestion à des sociétés privées.
Loach et Paul Laverty, son scénariste depuis plus de vingt ans, s’attachent aux pas d’un menuisier de 59 ans, qu’une attaque cardiaque place dans l’obligation, pour la première fois de sa vie, de s’en remettre aux services d’aide sociale. Il lui faut faire la preuve continuellement qu’il cherche un travail, que ses médecins lui interdiraient d’accepter, puisqu’à leurs yeux Daniel Blake n’est pas en état de travailler. Absurde ? Oui. Et de l’absurde naît le rire, qui vire bientôt à la rage.
Deux interprètes extraordinaires
Daniel Blake a de l’humour, du courage et de la générosité, dont il use pour aider Katie, jeune Londonienne mère de deux enfants contrainte de s’installer à Newcastle. Lorsque Daniel accompagne Katie et ses enfants dans une banque alimentaire, Loach filme longuement la visite, d’un rayonnage à un autre, des légumes aux produits d’hygiène, puis aux boîtes de conserve, et là, soudain, Katie se jette sur une boîte de sauce tomate, l’ouvre et verse une partie du contenu dans sa main, qu’elle lèche désespérément, puis s’effondre, en larmes.
Voilà, dans une grande ville de l’Angleterre d’aujourd’hui, une jeune femme peut mourir de faim. Et un homme de 59 ans se voir refuser les aides auxquelles il a droit au motif qu’il n’entend rien à l’informatique et à internet. Autour d’eux, de l’indifférence, de la sottise, mais aussi beaucoup de solidarité. Qui ne suffira pas. Car Ken Loach a choisi de ne faire aucune concession. Et une fois encore, il a inventé deux interprètes extraordinaires, Dave Johns et Hayley Squires.
Alors, oui, les habituels détracteurs du cinéaste, qui comme par hasard ne se situent pas vraiment à l’extrême gauche, vont dire que Loach parle toujours des mêmes gens. C’est vrai, sans doute. Mais qui d’autre que lui les représente à l’écran ?
Pascal Mérigeau
♥♥♥ "Moi, Daniel Blake", par Ken Loach. Drame britannique, avec Dave Johns, Hayley Squires (1h37).




