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Hongrie: le Parlement rejette la révision constitutionnelle
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le premier ministre ultraconservateur a échoué mardi à faire inscrire sa politique hostile aux demandeurs d’asile dans la Constitution.
Pour Viktor Orban, la défaite politique est lourde. Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, jamais le premier ministre souverainiste hongrois n’avait échoué à obtenir le soutien du Parlement dans ses réformes les plus controversées. Mardi 8 novembre, le parti Fidesz qu’il a créé a manqué de deux petites voix la majorité des deux tiers nécessaire pour faire passer un amendement rendant inconstitutionnelle la relocalisation par l’Union européenne de demandeurs d’asile en Hongrie, un pays de moins de 10 millions d’habitants, membre de l’UE depuis 2004. Il n’a obtenu le soutien ni des députés de la gauche ni de ceux de l’extrême droite, qui n’ont pas pris part au vote.
Même si la majorité s’attendait à un tel résultat et s’y préparait depuis plusieurs jours, ce coup d’épée dans l’eau traduit un manque d’habileté politique déroutant de la part du chef de gouvernement, qui se devait d’obtenir le soutien du parti nationaliste Jobbik (24 parlementaires), ou de débaucher deux autres élus pourmener à bien son projet. D’autant qu’il intervient un mois après l’échec de son référendum sur la même question.
Marchandage
Si l’extrême droite hongroise partage l’hostilité de Viktor Orban vis-à-vis des migrants, elle n’aura pas voulu le laisser apparaître comme le leader incontesté du pays dans la perspective des législatives de 2018. Actuellement, elle est placée en seconde position, derrière le Fidesz dans les sondages et souhaite ramener le combat politique sur la scène nationale, alors que l’homme fort du pays voit dans son affrontement perpétuel avec Bruxelles sur la question des demandeurs d’asile venus d’Afrique, du Maghreb et du Moyen-Orient, un moyen habile de réduire à néant toute contradiction sur son échiquier domestique.
Le dirigeant du Jobbik, Gabor Vona, est jugé infréquentable par les autres partis d’extrême droite en Europe. A Strasbourg, son parti ne siège pas dans le groupe constitué autour du Front national. Il exige que le gouvernement cesse d’accorder des permis de résidence à des investisseurs extra-européens richissimes, comme il le fait depuis quelques années. Il réclame surtout que le voile soit levé sur l’identité de ces milliers d’hommes d’affaires russes, arabes, iraniens ou chinois, qu’il soupçonne de s’adonner à un business mafieux. Il accuse également certains d’entre eux d’être un danger potentiel pour la sécurité de l’Etat.
Viktor Orban a été pris au dépourvu par ce marchandage. Dans un premier temps, il a affirmé qu’il se devait « d’envisager » la suggestion, avant de déclarer qu’il ne voulait pas « céder au chantage ». Depuis, son gouvernement accuse le Jobbik de sacrifier l’intérêt national à des contingences politiciennes. Dans l’hémicycle, les élus Jobbik ont rétorqué en brandissant une banderole portant l’inscription : « Le traître, c’est celui qui laisse entrer les terroristes contre de l’argent ».
Viktor Orban aura essayé, en vain, de convaincre deux députés du parti LMP (écologistes) de joindre leur voix à celles de la majorité. Leur ralliement aurait suffi à faire passer le texte. Il devrait désormais tenter de présenter le projet à nouveau en décembre, après avoir supprimé les désormais fameux « visas en or ».
Incident de parcours
Mais dans ce combat qu’il avait lui même initié, ce dirigeant qui se voit comme le représentant incontournable d’une « nouvelle droite » européenne perd quand même quelques plumes. Car il avait organisé ce vote au Parlement dans la foulée d’un référendum qui avait déjà, le 2 octobre, été invalidé, faute de participants. Moins de 40 % des Hongrois s’étaient alors déplacés pour exprimer leur rejet du plan de solidarité, mis en place en 2015, contre l’avis de la Hongrie, par une majorité qualifiée des Etats membres pour répartir équitablement dans toute l’Union européenne 160 000 demandeurs d’asile syriens et irakiens, arrivés dans le sud du continent. Budapest devait accueillir 2 300 personnes.
M. Orban avait voulu voir en cette consultation un plébiscite de sa politique antimigrants, très contestée en dehors des frontières en raison de la rhétorique xénophobe qui l’accompagne, car le non aux réinstallations de réfugiés potentiels avait accueilli 98,3 % des suffrages exprimés. Le poids de 3,3 millions d’électeurs sur 8,2 millions d’inscrits lui permettait, pensait-il, de revendiquer une position de leader incontesté, au-dessus des partis.
Or, « cette défaite est une nouvelle démonstration de sa difficulté à réaliser les choses telles qu’il les a prévues, estime le politologue Bulcsu Hunyadi, de l’institut Political Capital. D’un autre côté, le Fidesz pourra continuer à se présenter comme le seul véritable défenseur de la patrie. Ce résultat lui permettra également demaintenir le sujet des migrants au cœur de l’agenda politique. Et il ne faut pasoublier qu’il contrôle désormais la majorité des médias, dans lesquels la position du Jobbik n’est pas bien relayée ». Cet incident de parcours brouille un peu l’image de Viktor Orban mais il ne va pas jusqu’à menacer son leadership.




