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Fidel Castro est mort

Cuba histoire

Brève publiée le 26 novembre 2016

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Le Monde) Le père de la Révolution cubaine Fidel Castro est décédé vendredi soir à La Havane à l’âge de 90 ans, a annoncé son frère Raul, qui lui a succédé au pouvoir en 2006.

« Le commandant en chef de la Révolution cubaine est décédé à 22 h 29 ce soir », a annoncé Raul Castro en lisant une déclaration sur l’antenne de la télévision nationale.

« L’organisation de l’hommage funèbre qui lui sera donné sera précisée » ultérieurement, a-t-il ajouté dans cette brève allocution conclue par un tonitruant: « Jusqu’à la victoire, toujours! » (« Hasta la victoria, siempre »), l’antienne bien connue du Comandante. Il a ensuite précisé que Fidel Castro serait incinéré samedi aux première heures de la matinée.

Le « Lider Maximo », qui a tenu son île d’une main de fer depuis la révolution de 1959 et défié la superpuissance américaine pendant plus d’un demi-siècle, avait cédé le pouvoir à son frère Raul à partir de 2006 après une hémorragie intestinale.

Etat de santé faible

Il avait abandonné en avril 2011 ses dernières responsabilités officielles, en cédant son poste de premier secrétaire du Parti communiste de Cuba (PCC) à Raul, numéro deux du parti depuis sa fondation en 1965.

L’ex-président cubain avait totalement disparu des écrans cubains entre février 2014 et avril 2015, ce qui avait alimenté de nombreuses rumeurs sur son état de santé.

Mais depuis un an et demi, même si ses déplacement restaient limités, il avait recommencé à publier des « réflexions » et s’était remis à recevoir chez lui personnalités et dignitaires étrangers.

Son décès, qui survient à peine deux ans après l’annonce historique du rapprochement entre Cuba et les États-Unis, vient définitivement tourner la page de la guerre froide, qui a mené le monde au bord du conflit nucléaire lors de la crise des missiles d’octobre 1962.

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http://www.lemonde.fr/international/article/2016/11/26/fidel-castro-cinquante-ans-d-intransigeance_5038436_3210.html

Entré au « Monde » en 1952, Marcel Niedergang (1922-2001) a été grand reporter en Amérique latine. Ce texte, écrit peu avant sa mort et mis à jour, raconte un Fidel Castro déterminé, habité par l’anti-impérialisme. Le père de la révolution cubaine est décédé vendredi 25 novembre, à La Havane.

Cuba, Fidel Castro a été, pendant presque cinq décennies de pouvoir absolu – le plus long règne de l’histoire contemporaine –, la « parole qui oriente ». Comment juger sereinement un oracle qui s’ingénia tant à brouiller les pistes ? Il a toujours été attentif à protéger ses vraies motivations, personnelles et politiques, tout en étalant complaisamment en public, devant ses intimes ou les hôtes étrangers, ses passions, ses curiosités innombrables, voire ses petites manies : la lecture, le sport, les recettes de cuisine ou les méthodes d’élevage, il était l’éclectisme poussé au paroxysme. Il avait un avis définitif sur presque tout et aimait tenter de l’imposer aux autres.

Etre le premier, le meilleur, le plus ferme. « Fidel a toujours raison », disait Celia Sanchez, la compagne très affectionnée dans le maquis de la sierra Maestra, gouvernante efficace, puis secrétaire du gouvernement qui, plus qu’aucun autre de l’entourage du monarque Fidel, a tenté d’ordonner l’emploi du temps débridé du Lider Maximo. « Chef suprême » : ce titre résumait la totalité des pouvoirs politiques et militaires qu’ il a exercés sans partage et si longtemps.

On sait tout de ce qui importait le moins. De ses performances à la pêche sous-marine, sport préféré qu’il pratiquait à Cayo Piedra, un îlot préservé dans la baie de Guantanamo, où il recevait parfois ses hôtes de marque. Du record de coupe de la canne à sucre établi en un seul jour par Fidel, à la fin des années 1960, lorsqu’il s’agissait d’inciter les macheteros à se surpasser : anecdotes largement reproduites par la presse cubaine à la dévotion du numéro un, depuis son arrivée à La Havane, en janvier 1959, jusqu’à la fin.

Médias « aux ordres »

De façon peu convaincante, Fidel n’a cessé de critiquer ces médias « aux ordres », de réclamer formellement une presse plus audacieuse… En vain, bien sûr. A moins que ce décalage étonnant entre les injonctions du commandant en chef et des médias immuablement monocordes n’ait illustré ce goût profond pour l’ambiguïté de Fidel.

Castro était un disciple et admirateur de José Marti, héros des guerres d’indépendance, qui recommandait de dissimuler le plus longtemps possible le coup que l’on voulait porter. Un « conspirateur dans l’âme », selon Tad Szulc, journaliste du New York Times, reçu plusieurs mois à Cuba et autorisé exceptionnellement àconsulter les archives du gouvernement pour rédiger une biographie du Lider Maximo. « Un maître dans l’art de se dissimuler aux yeux des autres », ajoutait-il. Entre Machiavel et Marx.

En politique, comme dans l’action, dans la lutte armée à Cuba comme à l’extérieur – en Angola, en Ethiopie, en Amérique latine –, Fidel s’est efforcé de dissimuler ses intentions et ses objectifs. Il est souvent parvenu à transformer un échec militaire en victoire politique. Quel meilleur exemple, dès le début, que l’assaut manqué lamentablement contre la caserne Moncada, le 26juillet 1953 ? Ou que le débarquement raté du Granma – « un naufrage », disait Ernesto Che Guevara – sur la côte orientale de Cuba, en décembre1956 ?

Castro s’est avancé masqué pendant la guérilla et dès son entrée en héros à La Havane, triomphant de la dictature de Fulgencio Batista. « La révolution cubaine est une démocratie humaniste », disait-il lors de son voyage de vainqueur aux Etats- Unis, en avril 1959. Il a attendu deux ans pour se proclamer marxiste-léniniste et plus encore pour créer, du jour au lendemain, un « nouveau » Parti communiste cubain, dont le comité central de cent membres – tous anciens compagnons de guérilla dans la sierra Maestra, le massif montagneux du sud de l’île – a été composé par ses soins.

Puis, il a lâché des semi-confidences, des allusions qui embrouillaient plus qu’elles n’explicitaient. « J’étais presque communiste » avant de prendre le pouvoir, a-t-il ensuite assuré. Szulc a affirmé que Castro avait, dès son arrivée au pouvoir, mis en place un gouvernement « parallèle » secret, qu’il avait signé un pacte, également secret, avec les vieux communistes du Parti socialiste populaire et rencontré, dès l’automne 1959, un émissaire soviétique. Le même auteur, pourtant, a conclu que Castro avait « mis le grappin » sur les communistes cubains, et non l’inverse.

Rares tentatives de rébellion écrasées

Castro les a rapidement noyés dans le flot des fidélistes, a écrasé les rares tentatives de rébellion des communistes orthodoxes prosoviétiques. Il a combattu durement les partis communistes d’Amérique latine rétifs à ses instructions ; il a contrôlé et dirigé les autres, jouant des rivalités, accueillant à Cuba des bataillons de militants latino-américains pour les entraîner à la guérilla et les endoctriner.

Pendant un quart de siècle, un débat a opposé les partisans de la thèse d’un Castro poussé dans les bras de l’Union soviétique par les erreurs et l’agressivité des Etats-Unis et les avocats d’un Castro décidé, dès le début, à instaurer un régime socialiste à Cuba. Aucune réponse définitive n’a été apportée à cette question fondamentale. Par nécessité ou stratégie, Castro a en tout cas troqué une dépendance aux Etats-Unis pour une autre sujétion, sourcilleuse mais encore plus rigoureuse, à l’URSS.

Fidel Castro et Nikita Khrouchtchev, à Moscou, le 1er mai 1963.

Fidel Castro et Nikita Khrouchtchev, à Moscou, le 1er mai 1963. AP

Avec Moscou, Castro a noué une alliance indispensable à la survie de sa révolution. Alliance inégale, bien qu’il ait sans cesse réaffirmé sa « souveraineté ». Il a reçu des Soviétiques, dès 1960, une aide économique et militaire très importante, progressivement jugée trop lourde par Moscou. Elle a fini par être réduite à la fin des années 1980, lorsque l’URSS de Mikhaïl Gorbatchev dut, elle-même, affronter une crise économique dévastatrice. Cette aide a néanmoins permis à Cuba de devenir une puissance militaire, d’obtenir des résultats positifs dans les domaines de la santé et de l’éducation et de maintenir un temps à flot une économie nationale en crise permanente.

Autre certitude : après 1968 et son discours justifiant l’intervention militaire du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, La Havane a épousé toutes les orientations de la politique étrangère soviétique. Et pourtant la personnalité de Fidel était d’une telle complexité que certains n’ont jamais exclu l’hypothèse d’un nouveau changement de cap, si ce revirement pouvait « tourner à l’avantage de Cuba, de la révolution ou à son propre avantage ». Et ce, bien qu’il ait – avec une obstination tournant, sur la fin, à la répétition stérile – dénoncé l’« impérialisme américain » et l’embargo décrété par Washington en 1960 comme la seule cause de toutes les faiblesses du régime.

Coléreux, brouillon, désordonné

Une volonté de fer, une exceptionnelle capacité de travail, une mémoire prodigieuse, un talent oratoire de premier ordre, sans oublier l’intelligence et le courage physique : on a répété à satiété ses qualités. L’homme était aussi très coléreux, brouillon, désordonné, roublard et retors. Mais presque tous ceux qui l’ont approché ont été séduits par ce colosse barbu, dont le fils, Fidelito, occupa des fonctions importantes à la Commission nationale de l’énergie atomique, et qui a eu par ailleurs plusieurs enfants naturels.

Comment dissocier Castro de la révolution cubaine ? Un modèle plutôt décevant. Les tentatives d’industrialisation ont tourné court ; le « Tout pour le sucre » de la récolte de 1970 a désarticulé l’appareil de production. L’austérité, toujours plus d’austérité. Année après année, la libreta (« carnet de rationnement ») à perpétuité, le marché noir, l’absence de libertés, la surveillance tatillonne des comités de défense de la révolution (CDR), des milliers de détenus politiques, des morts en prison.

Le ras-le-bol d’une population privée de liberté s’est spectaculairement exprimé en avril 1980 : 125 000Cubains choisissent alors l’exode, soudain autorisé, vers les Etats-Unis. C’est l’atteinte la plus grave portée au prestige de Fidel depuis 1959. Autre coup dur, l’intervention américaine à la Grenade, en 1983, la reddition et la capture de centaines de travailleurs cubains : des « volontaires » pour la construction d’un aéroport, mais armés.

Adulé ou haï

Le prestige du castrisme a pu s’effondrer, sauf dans les milieux de la gauche latino-américaine, incapables, pour la plupart, d’analyser les causes et les conséquences de l’effondrement des régimes communistes en Europe de l’Est. La cote de Fidel est longtemps demeurée inchangée. Il a été adulé ou haï. Pendant un demi-siècle, il est resté une personnalité de poids sur la scène internationale, en dépit d’une situation interne qu’il qualifiait lui-même, dès 1986, d’« anarchique » et d’une politique étrangère interventionniste.

La taille alourdie, malgré un régime rigoureux, suivi après la suppression radicale de ses fameux cigares en 1985, la barbe blanchie, il a trouvé un interlocuteur privilégié en Hugo Chavez, président du Venezuela depuis 1999. Castro a donné à Cuba une importance hors de proportion avec sa taille et sa population. Il s’est inséré avec un aplomb phénoménal dans les querelles entre superpuissances, jouant de leurs rivalités. Il a connu ou affronté onze présidents américains, fréquenté presque autant de premiers secrétaires du Parti communiste de l’URSS. Mais il était plus à l’aise dans la tempête que dans la détente, plus fort pendant la guerre froide qu’à l’heure de la perestroïka.

Doyen des chefs d’Etat d’Amérique latine, il s’était fait, comme d’autres dirigeants de moindre envergure, le chantre de l’unification du sous-continent. « L’unité, l’unité, disait Bolivar, ou l’anarchie vous dévorera. » Un cri repris par Castro, qui développa sa réflexion sur le thème de la dette extérieure du tiers-monde. Le Cubain devint, pour un temps, « une conscience planétaire », note Jean-Pierre Clerc dans son Fidel de Cuba (Ramsay, 1988). Vers la fin, il ne réclamait plus la mort violente du pécheur capitaliste. Fidel faisait même profession, parfois, de vouloir sauver le capitalisme d’une « explosion sociale révolutionnaire », tout en réaffirmant qu’« un jour tous les pays du monde seront socialistes ».

« L’Histoire m’absoudra », affirmait Castro après l’affaire de la Moncada. L’Histoire jugera l’homme Fidel et sa révolution entachée de terribles violations des droits de l’homme, éclaboussée par les révélations sur les trafics en tout genre – à commencer par la drogue – décidés par Fidel lui-même pour regarnir les caisses vides de son régime. L’un des miracles de cette existence jamais en repos est qu’il ait si souvent échappé à la mort. Peu de dirigeants sur la planète ont pris autant de risques, se sont engagés sans réserve dans des aventures militaires scabreuses, ont été la cible de commandos au service d’opposants ou de la puissante CIA.

La baraka

La baraka. La chance l’a toujours accompagné, comme elle a accompagné un autre Galicien, le dictateur espagnol Francisco Franco, qui a toujours considéré avec une sympathie agissante ce fils d’émigrés gallegos, malgré l’éloignement de leurs idéologies. Fidel, né le 13 août 1926 à Biran, dans l’est de Cuba, a toujours revendiqué avec hauteur son ascendance espagnole. Au point de prétendre avoir le droit de vote aux premières élections démocratiques de juillet1977 en Espagne.

La désastreuse opération commando contre la Moncada ? « C’était une folie, une erreur tactique que je ne commettrais pas aujourd’hui », nous a déclaré Castro, bien plus tard. La chance, déjà. En fuite, Fidel est épargné par un lieutenant de l’armée qui pourchasse les insurgés survivants, un colosse noir nommé Sarria, qui a confié à Robert Merle : « On ne tue pas les idées. » Une chance insolente qui ne l’abandonna jamais, alors qu’il fut la cible de plusieurs dizaines de tentatives d’assassinat organisées par les services secrets américains. Aucun dirigeant, il est vrai, n’a été pendant si longtemps plus clandestin que Fidel. Pas de domicile fixe ou presque pendant plus de cinquante ans : autre record.

Amnistié, exilé au Mexique en 1955, il trouve des subsides aux Etats-Unis, rencontre Ernesto Che Guevara et se lie d’amitié avec lui. Après son débarquement près de la sierra Maestra, en 1957, on le croit mort ; il prépare son entrée en apothéose à La Havane, salué par l’opinion américaine. Le charme est rompu quelques jours plus tard par les exécutions de policiers de Batista, jugés en direct à la télévision. La période héroïque s’achève. Débute celle des crises, intérieures et extérieures.

Dès 1960, Washington commence à manifester son hostilité. John F. Kennedy donne son feu vert en avril 1961 à un débarquement d’anticastristes dans la baie des Cochons. L’opération tourne au désastre complet. Castro se proclame marxiste-léniniste. La dramatique « crise des fusées » de l’automne 1962 est une suite logique de cette mésaventure américaine. Elle a mis le monde au bord de la guerre nucléaire. On sait avec certitude aujourd’hui, d’après les Mémoires de Nikita Khrouchtchev, que Castro n’avait pas hésité à envisager froidement la troisième guerre mondiale, si c’était le prix à payer pour tenir tête aux Etats-Unis. Cet aveuglement avait stupéfié et irrité le dirigeant soviétique lui-même. « Nous avons le droit de penser par nous-mêmes » : cette formule des débuts, Castro la reprendra en 1988, pour justifier son refus de s’aligner sur la perestroïka lancée en URSS par Gorbatchev.

« Le parti est immortel »

Et après lui ? « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, a-t-il affirmé en 1985. Après Fidel, il y aura des quantités de gens qui vaudront davantage que Fidel. Les hommes meurent. Le parti est immortel. » Pourtant, la débâcle des régimes communistes a frappé Cuba de plein fouet. La question insistante qui se posait dans toutes les chancelleries, à partir de 1986, était : combien de temps Castro pourra-t-il tenir, seul contre tous sur la scène extérieure et entouré d’adulateurs à l’intérieur ?

Certes, il n’a jamais eu de statues sur les places de l’île. Mais le Castro vieillissant a exercé un pouvoir absolu, un contrôle de tous les rouages. La mégalomanie était inévitable. « Je suis la révolution », disait Fidel en 1991. Et de continuer à proclamer ce slogan nihiliste : « Le socialisme ou la mort ! » A quoi les opposants irrévérencieux ajoutaient sur les murs de La Havane : « Quelle différence ? » Fidel a assumé avec donquichottisme ce rôle déplaisant du cancre obstiné de la perestroïka. Il s’est conduit comme le pire des dirigeants staliniens dans l’affaire Ochoa, ce général couvert de lauriers en Angola, accusé par le gouvernement de « trafic de drogue », condamné à mort et fusillé le 13 juillet 1989. La comédie sinistre des procès de Moscou, transplantée aux Caraïbes.

En août 1991, Fidel crut, l’espace de deux jours, que le sort allait lui être de nouveau favorable. Le coup d’Etat manqué des « conservateurs » du Kremlin fit reculer quelque temps le spectre de la fin de l’aide soviétique à l’économie cubaine aux abois. Puis Castro resta seul, face à une administration américaine déterminée à lelaisser, dans la meilleure des hypothèses, « pourrir dans son coin », selon l’expression qu’utilisa le président George Bush père.

Mais Castro n’a voulu renoncer à aucun de ses principes, même s’il a dû accepter d’ouvrir le pays au tourisme – y compris sexuel – dans une tentative désespérée de faire entrer des devises. Le protecteur soviétique une fois disparu, qui aurait imaginé que Fidel parviendrait encore à maintenir, pendant plus de vingt ans, un pouvoir absolu sur son île ?

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http://www.liberation.fr/planete/2016/11/26/fidel-castro-mort-du-comandante_852900

Le leader cubain qui avait cédé le pouvoir à son frère en 2006 est mort vendredi à La Havane

Bête noire de onze présidents américains –  d’Eisenhower à Obama  – et porte-drapeau des luttes anti-impérialistes du siècle dernier, Fidel Castro s’est éteint vendredi à La Havane, terrassé par une maladie qui l’avait contraint à céder le pouvoir à son frère Raúl en février 2008 après quarante-neuf ans de règne sans partage sur l’île.

Le 13 août dernier, pour son 90e anniversaire, il était réapparu en public pour la première fois en quatre mois après avoir critiqué par écrit les Etats-Unis, l’ancien ennemi de la Guerre froide avec lequel Cuba est en plein rapprochement.

Hérault du tiers-monde dans la deuxième moitié du XXe siècle, ce dernier dinosaure du socialisme était de la trempe des Nasser et des Nehru. Il restera un symbole pour les pays du Sud, Amérique latine en tête. En hommage à son action pour les luttes de libération, il avait été élu à la présidence du sommet des Non-Alignés à La Havane en septembre 2006.

Des jésuites aux factions révolutionnaires

Fidel Castro est né le 13 août 1926 près de Biran (province d’Oriente, au­jourd’hui province de Holguín) au sein d’une famille aisée de la bourgeoisie locale. Son père, Angel, est un riche planteur de canne à sucre émigré de Galice (Espagne) qui a fait fortune grâce au commerce avec les Américains. «Il graissait la patte des autorités pour obtenir des passe-droits, se souvenait le "Líder máximo". Il invitait les élus locaux, ouvrait les portes de l’armoire du salon et en sortait des enveloppes bourrées de billets qu’il leur distribuait  !»

Le reste du temps, Angel Castro trompe sa femme et collectionne les aventures. La mère de Fidel, Lina Ruz, est l’ancienne servante créole de la famille qui lui a déjà donné deux enfants illégitimes, Angela et Ramon. Le couple aura par la suite trois autres descendants  : Juanita, Raúl (qui deviendra le protégé de Fidel et son inséparable compagnon d’armes) et Augustina. Jusqu’à son baptême en 1935 et sa reconnaissance officielle par Angel, Fidel gardera le nom de sa mère.

Son père l’envoie en pension chez les jésuites, où il accomplira toute sa scolarité, d’abord en primaire au collège La Salle de Santiago de Cuba, puis en secondaire au collège catholique Bélen de La Havane. C’est là, au cours d’un tournoi de basket-ball contre le collège protestant La Progresiva qu’il tombe amoureux de Mirta Díaz-Balart, alors âgée de 15 ans. En 1943, Fidel Castro s’inscrit à la faculté de droit de La Havane, devient président de la Fédération des étudiants et s’engage progressivement dans l’idéologie révolutionnaire. Avec ses amis de l’Union insurrectionnelle révolutionnaire (UIR), il fait régulièrement le coup de feu contre une autre organisation terroriste étudiante, le Mouvement socialiste révolutionnaire (MSR). Les règlements de compte entre les deux factions ensanglantent les rues de La Havane. «C’était une période beaucoup plus dangereuse que toutes mes années passées à préparer et à faire la révolution», confiera-t-il plus tard.

Les noces américaines

En 1947, à la tête d’un corps expéditionnaire, il tente même de renverser le dictateur Rafael Trujillo en République dominicaine. L’opération est un échec. Mirta attend sagement son révolutionnaire d’amant à La Havane. Leur ­mariage est finalement prononcé le 10 octobre 1948 lors d’une cérémonie religieuse en l’église de Banes, le village des Díaz-Balart situé à quelques kilomètres de Biran. Les époux entament alors un long voyage de noce aux Etats-Unis. Miami d’abord, New York ensuite. Castro est conquis par l’Amérique triomphante de l’après-guerre  : il envisage même sérieusement de s’y installer. Le couple finit par rentrer à La Havane au bout de trois mois de lune de miel. Fidelito, le seul fils que Fidel Castro reconnaîtra officiellement, naît quelques mois plus tard.

Fidel boucle sa dernière année d’études et ouvre, en 1950, un cabinet d’avocat «pour défendre les déshérités». L’entreprise périclite car, si les clients existent bien, ils sont trop désargentés pour engager des procédures. D’ailleurs, le goût de la politique dévore Castro. Il devient membre du Parti du peuple cubain (dit Parti orthodoxe, qui se réclame du poète José Martí, un jacobin socialiste héros de l’indépendance) et se présente aux élections parlementaires de 1952. Mais le scrutin est annulé par le coup d’Etat du colonel Fulgencio Batista, le 10 mars 1952.

Après le coup d’Etat, l’avocat Fidel Castro tente un recours devant la Cour constitutionnelle, qui le rejette. Il se lance aussitôt dans l’action directe pour lutter contre la dictature. D’autant que la répression est féroce. Les opposants à Batista sont traqués, arrêtés, assassinés ou déportés. Cuba devient rapidement le bordel des Etats-Unis  : mafia, jeux, corruption prostitution, casinos, drogue… L’économie cubaine, dans son ensemble, est entre les mains des entreprises et des banques nord-américaines. Plus de 500  000 Cubains sont au chômage.

Pendant de longs mois, les Castro vi­votent aux crochets du père de Fidel, qui les soutient financièrement. On leur coupe régulièrement l’électricité pour non-paiement des factures (la Compagnie d’électricité, à capitaux américains, sera dans les toutes premières à être nationalisée après la révolution). Ce qui n’empêche pas Fidel Castro d’investir ses maigres économies dans… la collection des discours et articles de Benito Mussolini.

Le pénitencier de l’île des Pins

En compagnie de son frère Raúl, Fidel Castro et quelque 150 jeunes révolutionnaires déclenchent l’offensive armée contre la tyrannie de Batista le 26 juillet 1953 en prenant d’assaut la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba. La tentative d’insurrection est réprimée dans le sang. Fidel et Raúl échappent au massacre, mais sont arrêtés. Le Parti communiste cubain, qui n’a aucune attirance pour les actions menées par ces jeunes activistes, dénonce l’entreprise de «petits-bourgeois aventuristes». Lors de son procès, le 16 octobre de la même année, Fidel Castro prononce lui-même sa plaidoirie, restée célèbre sous le nom de«L’histoire m’absoudra». Les deux frères sont condamnés à quinze ans d’emprisonnement et sont déportés au pénitencier de l’île des Pins. Mais Fidel Castro et ses idées commencent à gagner la sympathie de larges secteurs de la population.

Pendant la détention de son mari, Mirta découvre abruptement sa vie sentimentale cachée. En effet, Fidel entretient depuis plusieurs années une liaison secrète avec Naty Revuelta, une superbe blonde aux yeux verts, secrétaire exécutive de la Standard Oil Company à La Havane. De sa cellule, Castro écrit des lettres d’amour à Mirta et à Naty. Sournoisement, les responsables de la prison échangent un jour les courriers, faisant parvenir à la femme légitime la lettre destinée à la maîtresse et vice-versa. Mirta entame immédiatement une procédure de divorce. Elle se remarie par la suite avec Emilio Blanco Nunez, fils du représentant du dictateur Batista à l’Onu, avec qui elle aura deux filles. Naty, elle, donnera le jour à Alina, la seule fille de Castro, longtemps top-model à Cuba avant de stigmatiser la «tyrannie de son père» et de s’exiler en 1993 aux Etats-Unis. Quant à Fidel Castro, amnistié et libéré avec son frère en 1955, il se vengera après la révolution en faisant exécuter le directeur du pénitencier. Sa deuxième compagne officielle, l’institutrice Dalia Soto del Valle, lui donnera cinq autres fils. En tout, Castro aurait au moins huit descendants.

Désormais privé du soutien paternel, honni par sa belle-famille et inquiété par les sbires de Batista, Fidel Castro s’exile au Mexique en juillet 1955. Entouré d’une poignée de fidèles, il fonde à Mexico le Mouvement du 26-Juillet. Un jeune médecin argentin révolutionnaire, Ernesto «Che» Guevara, se joint à eux.

La révolution en barque

Le 25 novembre 1956, la révolution cubaine est lancée sur la rive droite du fleuve Tuxpan, près du golfe du Mexique, à quelque 300 kilomètres à l’est de Mexico. 82 hommes prennent la mer en direction de Cuba sur une petite embarcation en mauvais état, Granma, achetée par le Mouvement du 26-Juillet. «Il y avait tellement peu de place à bord qu’on a été obligé de laisser à terre les plus gros et les plus grands d’entre nous», raconte Castro. Les barbudos, ces guérilleros barbus et vêtus d’uniformes vert olive qui tendent des embuscades aux agents du pouvoir en place, deviennent rapidement populaires. La dictature de Fulgencio Batista s’écroule en janvier 1959.

Les transformations de la société cubaine n’inquiètent pas les principales puissances mondiales, Etats-Unis en tête, qui s’empressent de reconnaître le nouveau gouvernement.

Dès le mois d’avril, Fidel Castro entreprend un voyage officiel aux Etats-Unis pour expliquer qu’il «n’est pas communiste», et pour négocier au meilleur prix la récolte de sucre cubain. Mais Washington refuse de fixer le prix du sucre pour la saison. Castro s’énerve. «Nous le vendrons ailleurs», menace-t-il. En février 1960, l’URSS passe un premier accord avec Cuba pour acheter son sucre en échange de pétrole. Huit mois plus tard, les Etats-Unis décrètent un embargo total sur le commerce avec Cuba.

De la crise des missiles au pied de nez tiers-mondiste

En janvier 1961, les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues. En avril, John F. Kennedy, le premier des onze présidents américains que Castro verra défiler, fait débarquer des anticastristes dans la baie des Cochons. Leur défaite est cuisante et Castro devient le porte-drapeau des anti-impérialistes. En pleine guerre froide, le russe Nikita Khrouchtchev en fait son poulain et installe des missiles soviétiques en territoire cubain. Kennedy mobilise immédiatement 150 000 réservistes, organise le blocus naval de Cuba et lance un ultimatum à Moscou. Dans un premier temps, Khrouchtchev refuse d’obéir. Il finit cependant par obtempérer le 28 octobre, contre l’engagement américain de ne pas attaquer l’île. Castro tire ombrage de cet accord conclu entre les deux «grands» sans qu’il n’eût été consulté.

Dans un magistral pied de nez à Washington comme à Moscou, Cuba se lance alors dans le soutien aux guérillas tiers-mondiste  : Angola, Ethiopie, Guatemala, Salvador, Nicaragua… les conseillers et les combattants cubains sont de tous les fronts. Fidel Castro rengainera progressivement sa kalachnikov après l’exécution par l’armée bolivienne d’Ernesto Guevara, le 9 octobre 1967.

La dramatique situation économique du pays pousse définitivement Cuba dans les bras de l’Union soviétique au début des années 70. La Havane devient dépendante à plus de 80% du commerce avec Moscou. L’éclatement de l’URSS, en 1991, provoque à nouveau une terrible crise économique qui oblige Fidel Castro à faire de timides concessions au capitalisme jusqu’à ce qu’il trouve un nouvel allié économique en la personne du président vénézuélien, Hugo Chávez.

L’arsenal des régimes totalitaires

Les années Castro sont marquées par d’incessantes violations des droits de l’homme perpétrées par le régime  : dénonciations, détentions arbitraires, longues peines d’emprisonnement, persécution des opposants, fermetures de librairies, chasse aux homosexuels, purges, disgrâces et privations des libertés fondamentales. Tout l’arsenal des régimes totalitaires est mis en œuvre pour éviter les débordements. De nombreux compagnons de Fidel Castro –  ceux de la clandestinité, de la lutte armée dans la Sierra Maestra et des premiers mois de la révolution  – ont même souvent fait les frais de la répression pour avoir osé le critiquer. Etranglé par le blocus américain, Cuba a cependant mis en place des politiques d’éducation et de santé performantes et les Cubains restent généralement fiers de n’avoir pas plié l’échine face à leur grand voisin.

C’est d’ailleurs sur la scène internationale que Fidel Castro, uniforme de commandant, barbe en bataille et baskets aux pieds, a capitalisé la sympathie. Jusqu’au déclenchement, en 2006, de la maladie qui a eu raison de lui, il était devenu l’hôte de marque impromptu des forums internationaux. Son arrivée, dans une bousculade de photographes et de cameramen, et ses légendaires prestations au micro constituaient un gage de succès pour la manifestation.

Du sommet ibérico-américain de Madrid en 1992 (son premier voyage officiel en Europe occidentale) au sommet de l’alimentation (Rome, 1996), en passant par la réunion de l’Organisation mondiale de la santé (Genève, 1998) ou le sommet du millénaire de l’Organisation des Nations unies (New York, 2000), inviter Fidel Castro était devenu une sorte de mode, un pied-de-nez à l’omnipotence des Etats-Unis.