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Un Malien menotté sous les yeux d’un ministre dans un avion en France
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Menotté et assis de force à l’arrière de l’avion, un ressortissant malien a été expulsé de France le 24 décembre. Comme souvent, la scène, filmée par un témoin, a suscité l’indignation des passagers parmi lesquels se trouvait… le ministre des Maliens de l’étranger. Et la vidéo fait réagir, en pleine polémique sur les conditions de réadmission des ressortissants maliens expulsés d’Europe.
La scène a été filmée dans l’après-midi du samedi 24 décembre dans un vol Air France entre Paris et Bamako, avant le décollage. Des passagers du vol s’indignent du traitement réservé au ressortissant malien, l’un d’eux s’écrit même "qu’on le détache, ce n’est pas un animal, on ne vous a pas attaché chez nous [au Mali] !".
La particularité de cette scène : elle s’est déroulée dans l’avion que prenait également Abderrahmane Sylla, le ministre des Maliens de l’étranger, qu’on voit d’ailleurs sur les images. Contacté par France 24, le ministre a confirmé l’incident :
Je rentrais à Bamako pour faire un rapport après une rencontre avec la diaspora malienne en France. Avant le décollage, j’ai été interpellé par des passagers qui m’ont indiqué qu’un ressortissant malien était menotté à l’arrière de l’appareil, ce que j’ai ensuite constaté par moi-même. Les policiers m’ont expliqué avoir menotté l’homme qui avait un comportement agressif.
Polémique autour d’un présumé accord Mali - Union européenne
Sur les réseaux sociaux, le ministre en a pris pour son grade. Beaucoup se sont insurgés de son "inaction ". D’autres sont allés plus loin : pour eux, si le ministre "n’a pas réagi ", ça serait parce que son gouvernement aurait conclu récemment un accord "de réadmission" avec l’Union européenne, portant sur le retour des demandeurs d’asile refusés et des Maliens en situation irrégulière en Europe.
Car le 11 décembre dernier, Bert Koenders, chef de la diplomatie des Pays-Bas, mandaté pour discuter avec les partenaires de l’UE sur les questions d’immigration, était en visite à Bamako. Et il s’est félicité d’une "première" en estimant que des "engagements précis" avaient été pris entre "l’Union européenne et un pays africain à propos du retour des demandeurs d’asile refusés".

Exemple d'une publication visant directement le ministre malien des Maliens de l'étranger suite à la publication de cette vidéo. De nombreux internautes lui reprochent de "n'avoir rien fait" pour aider leur compatriote.
Entre autre, il s’agirait d’envoyer des policiers maliens en Europe pour faciliter l’identification des ressortissants maliens. En échange de ces mesures, le Mali percevrait des aides au développement économique, ainsi qu’évoqué lors d’un sommet Europe-Afrique à La Valette en 2015.
Bert Koenders laissait entendre qu’un accord avait été signé entre l’UE et le Mali. Ce qui est prématuré selon le gouvernement malien, qui s’est empressé de préciser qu’il n’avait signé aucun "accord", mais plutôt paraphé un "communiqué commun" n’ayant pas de force juridique. Trop tard : la petite phrase du ministre néerlandais a déclenché un tollé chez les éditorialistes mais surtout dans la diaspora malienne qui interprète ces discussions comme un durcissement des conditions d’immigration validé par leur gouvernement. Une motion de défiance a même été déposée au Parlement malien contre le gouvernement à ce sujet, sans succès.
"C’est moi qui ai demandé aux policiers d’enlever les menottes à cet homme " - Abderrahmane Sylla, ministre des Maliens de l’étranger
À ceux qui l’accusent donc de ne pas avoir vraiment réagi, car son gouvernement approuverait ce type d’expulsion, Abderrahmane Sylla répond :
C’est moi qui ai demandé aux policiers français de respecter la dignité de cet homme et d’enlever les menottes, ce qu’ils ont fait immédiatement. Notre ressortissant a reconnu être en situation irrégulière, et a accepté d’être reconduit à Bamako. J’ai veillé à ce qu’il soit pris en charge à son arrivée au Mali. Il n’a pas été violenté physiquement [il y a un an, pour une scène similaire impliquant un Guinéen dans un avion, nous expliquions les détails de la procédure d’expulsion en France].
Dans d'autres vidéos de la scène publiées sur les réseaux de la diaspora malienne, on voit le ministre Abderrahmane Sylla s'insurger contre les passagers qui critiquent le présumé accord signé par le Mali avec l'Union européenne, expliquant qu'aucun document n'a été signé par son gouvernement.
La question migratoire est très sensible, et les déclarations [du ministre néerlandais NDLR] ont jeté de l’huile sur le feu, de façon prématurée, car le Mali n’a signé aucun accord. Il faut faire très attention à l’impact que peut avoir ce genre de vidéos, car nos ressortissants peuvent actuellement avoir le sentiment que certains candidats à l’immigration sont mieux traités que d’autres. Nous voulons que nos ressortissants soient respectés, et par-dessus, qu’on ne touche pas à leur intégrité physique.




