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Le projet de revenu universel de Hamon : solution ou diversion ?

Brève publiée le 8 janvier 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Un partisan de Filoche critique le projet de Hamon sur le "revenu universel"

http://www.filoche.net/2017/01/06/le-projet-de-revenu-universel-de-benoit-hamon-solution-ou-diversion/#.WHAV0evJl6E.twitter

A lire dans le prochain D&S n°241 janvier 2017 abonnez vous, 30 euros pour 10 N° et un an  : chèque à l’ordre de « D&S » C/O G. Filoche 85 rue Rambuteau 75 001 Paris.  Réunion nationale de tous les amis de D&S le samedi 4 février de 10 h à 18 h

Le revenu universel signifie le versement à chaque personne habitant en France, qu’elle soit ou non au travail, d’une allocation mensuelle individuelle, d’un montant égal pour tous. Ce revenu diffère des actuels minima sociaux, versés à un ménage et non à un individu et liés à des conditions de ressources.

Le « revenu décent » de Manuel Valls se contente de regrouper les actuels minima sociaux qui restent réservés à certains ménages en difficulté, et n’a donc rien d’universel.

Le projet de Benoît Hamon prévoit de parvenir en trois étapes à un revenu universel de 750 euros mensuels. Dès 2017, le RSA augmenterait de 10 % et les jeunes de 18 à 25 ans y auraient accès[1].

Le débat sur le projet de revenu universel a le mérite de mettre en évidence les défauts de notre protection sociale

C’est un système compliqué : il compte 10 minima sociaux avec, à chaque fois, des montants et des réglementations spécifiques.

C’est un système intrusif, parfois stigmatisant et souvent peu respectueux de la vie privée car il exige de nombreux contrôles. Il nécessite, par exemple, de vérifier que deux personnes ne vivent pas en couple pour pouvoir percevoir chacune 524 € mensuels au titre du RSA (1 048 € au total). Si ces deux personnes cohabitent, elles n’ont droit, au total, qu’à 786 euros.

35 % des personnes concernées ne demandent pas le RSA auquel elles ont droit.

Les moins de 25 ans n’ont pas droit au RSA.

Les effets du « numérique » et de la « robotisation » sur l’emploi

Dans un entretien accordé au journal Le Monde, le 4 janvier, Benoît Hamon affirmait : « Selon toutes les études sérieuses, ce sont des centaines de milliers d’emplois peu ou pas qualifiés qui ont commencé à être détruits dans les économies occidentales. »  Cette affirmation pose plusieurs questions.

La destruction des emplois peu ou pas qualifiés dans les économies occidentales ne tient-elle pas avant tout à la mondialisation libérale ?

La productivité du travail augmentait de 5 % par an dans les années 1945-1975, mais  n’augmente plus, depuis plus de 30 ans, que de 1,5 à 2 % dans la plupart des pays occidentaux. Comment concilier cette constatation avec l’affirmation que le progrès technique raréfierait l’emploi ?

En présentant son programme le 17 août 2016[2], Benoît Hamon se référait à l’étude de deux chercheurs d’Oxford sur la « robotisation », Frey et Osborne, qui estimaient que 47 % des emplois seraient exposés, aux États-Unis, à être automatisés. Il affirmait, en effet : « En raison de la révolution numérique, 43% des emplois en France seraient menacés ».

Pourquoi ne se basait-il pas plutôt sur les travaux de David Autour ? Ils sont  pourtant autrement plus précis car ils introduisent une différence fondamentale entre tâches et emplois. Sur la base de cette distinction, une étude récente de l’OCDE estime que 9 % seulement des emplois seraient confrontés aux EU à une forte probabilité d’être automatisés.[3]

Taxer les « robots » plutôt que de diminuer le temps de travail, comme le propose Benoît Hamon, évoque fâcheusement les Luddistes anglais du début du XIXème siècle qui cassaient les machines pour tenter de sauver leurs emplois. Ils avaient, cependant, l’excuse de ne pas connaître les lois qui imposeraient la journée de 10 heures ou de 8 heures, la semaine des 40 heures, des 39 heures, des 35 heures.

La comparaison avec la création de la Sécurité sociale en 1946

La comparaison faite par Benoît Hamon avec la création de la Sécurité sociale en 1946 tend à décrédibiliser son projet plutôt qu’à l’étayer, tant les situations sont différentes.

Le PIB de notre pays doublait alors en quelques années. Ce n’était pas la mondialisation libérale, mais le protectionnisme et le keynésianisme qui régnaient dans les pays occidentaux. Le rapport de forces était extrêmement favorable au salariat, très mobilisé, face à un patronat considérablement affaibli par sa collaboration avec les Nazis. De plus, le projet de Sécurité sociale unissait l’ensemble du salariat en créant un salaire indirect, financé en grande partie par les cotisations sociales patronales, mais géré par les représentants syndicaux élus par les salariés.

La réduction du temps de travail passe aux oubliettes

Benoît Hamon tire un trait sur la façon dont la société a jusqu’à maintenant répondu de façon progressiste à l’augmentation de la productivité du travail : en diminuant la durée du travail. De 70 à 35 heures par semaine, au cours du XXème siècle…

Le 9 décembre, Benoît Hamon se défendait d’avoir proposé d’abaisser la durée légale du travail à 32 heures par semaine. « Depuis que je suis entré en campagne, on me prête de vouloir faire les 32 heures », a-t-il déclaré, expliquant qu’il n’entendait pas revenir sur les 35 heures mais « encourager le temps partiel »[4], mis en place par des accords d’entreprises et financé par la mobilisation d’une partie du CICE de François Hollande.

Les lois Aubry, en 1998 et 1999, avaient imposé une réduction du temps de travail par la loi et mis au placard la loi de Robien qui voulait réduire le temps de travail au moyen d’accords d’entreprise. Benoît Hamon propose de revenir à la loi de Robien.

Le coût du projet de revenu universel

Benoît Hamon fixe le coût de son projet à environ 300 milliards d’euros par an. Guillaume Allègre et Henri Sterdyniak estiment que pour ne pas dégrader la situation des actuels titulaires de minima sociaux, le coût d’un revenu universel s’élèverait à « 588 milliards soit (compte-tenu des économies de prestations réalisables) des dépenses supplémentaires de l’ordre de 480 milliards ». Ils précisent que cela représenterait « 22 points de PIB ou encore 35 points de CSG »[5].

Si l’on s’en tient à 300 milliards d’euros annuels, il faudrait, néanmoins, multiplier par deux le rendement de l’impôt sur le revenu, de l’impôt sur les sociétés, de l’ISF, de la taxe foncière et de la CSG. Ce doublement se ferait au détriment des seuls revenus les plus élevés puisque Benoît Hamon veut, à juste titre, s’attaquer à ces seuls revenus. Cela reviendrait donc à multiplier les impôts des plus riches par 4 ou 5, selon le produit de la lutte contre l’évasion fiscale qu’il préconise !

Une diversion dangereuse

Le projet de Benoît Hamon demanderait une modification de la répartition de la richesse nationale beaucoup plus importante que celle qui serait nécessaire pour imposer une réduction du temps de travail à 32 heures par semaine, revenir à la retraite à 60 ans et corriger les plus importants défauts de notre système de protection sociale. Elle exigerait également une mobilisation sociale beaucoup plus massive : la classe dominante ne lâchera pas 300 milliards d’euros sans les défendre bec et ongles.

Alors, pourquoi lâcher la proie pour l’ombre ?

Pourquoi renoncer aux moyens qui ont permis au salariat de faire reculer le chômage de masse et la pauvreté : la réduction du temps de travail et l’extension de la sécurité sociale ?

Le projet de revenu universel de Benoît Hamon, de surcroît, rendrait difficile la mobilisation sociale. A la différence d’une réduction du temps de travail qui profiterait à tous les salariés, il diviserait le salariat. D’un côté, ceux qui percevrait le revenu universel sans travailler ni payer de cotisations. De l’autre ceux qui travailleraient pour financer leur propre revenu universel et celui des autres. Dans ces conditions, le risque serait considérable d’ouvrir un boulevard au projet des néolibéraux : un revenu universel « pour solde de tout compte »

Dans cette perspective, la société, une fois qu’elle se serait acquittée du versement de ce revenu universel, n’aurait plus à se soucier de fournir un travail, de financer les dépenses de santé, de chômage ou de retraites. Ce qui était socialisé deviendrait marchandise : un véritable Eldorado pour les fonds de pension et les sociétés d’assurance.

La solution passe avant tout par la réduction du temps de travail

La réduction du temps de travail, sans réduction de salaire, reste l’instrument décisif pour assurer le droit de chacun à avoir un emploi, grâce aux 32 heures par semaine (dans un 1er temps) et le retour de la retraite à 60 ans.

Cette réduction du temps de travail devrait s’accompagner d’un plan massif de création d’emplois dans la fonction publique pour répondre aux besoins sociaux : santé, vieillissement de la population, enseignement, transition énergétique…

Notre protection sociale devrait également s’étendre et se renforcer afin de corriger ses principaux défauts.

  • Les minima sociaux devraient atteindre 1 000 euros mensuels pour se situer au-dessus du seuil de pauvreté.
  • Ils devraient être individualisés et accessibles dès l’âge de 18 ans.
  • Tous les chômeurs devraient être réintégrés dans l’assurance-chômage, alors que seul un chômeur sur deux perçoit, aujourd’hui, une allocation chômage.

Jean-Jacques Chavigné


[1] Voir le site « Benoît Hamon 2017 ».

[2] RTL – 17 août 2016 – « Primaires à gauche : Benoît Hamon détaille son projet pour 2017 ».

[3] Michel Husson – A l’encontre – 10 juin 2016 – « Le grand bluff de la robotisation ».

[4] Le Monde – 09/12/2016-« Élections présidentielles 2017 ».

[5] OFCE – 15 décembre 2016 – « Le revenu universel : une utopie utile ? »