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Piketty pour un revenu universel... non universel
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://www.latribune.fr/economie/france/piketty-s-oppose-au-revenu-universel-633114.html
Thomas Piketty dit soutenir l'idée d'un revenu universel, défendue par Benoît Hamon. Mais il écarte une distribution à tout individu, ce qui est la définition même du revenu universel
De l'art de jouer sur les mots... Dans une tribune co-signée avec plusieurs économistes proches, publiée par Le Monde, Thomas Piketty affirme son intention de défendre la proposition de revenu universel portée par Benoît Hamon, candidat à l'élection présidentielle dans le cadre de la primaire à gauche. Mais très vite, l'économiste star précise sa pensée, écartant en réalité l'idée d'un revenu distribué à tous, ce qui correspond bien à la définition du revenu universel...
« Certains voudraient évacuer le débat en évoquant un coût pharaonique de 300 ou 400 milliards d'euros. Mais ce chiffrage fantaisiste n'a absolument aucun sens. Benoît Hamon n'a jamais dit qu'il allait verser 600 euros par mois à 50 millions d'adultes. Au contraire : il a explicitement évoqué le fait que le nouveau système pourrait être sous conditions de ressources et concernerait uniquement les salaires inférieurs à 2 000 euros, avec des montants qui ne seraient évidemment pas les mêmes pour tous (Libération, 5 janvier). De fait, cela n'aurait guère de sens de verser 600 euros par mois à des personnes gagnant 2 000 euros ou 5 000 euros de salaire mensuel, pour ensuite leur reprendre immédiatement la même somme en augmentant d'autant leurs impôts. Il est temps que cela soit définitivement clarifié, pour que le débat se focalise enfin sur les bonnes questions. »
Hamon veut une généralisation, à terme
En réalité, les choses sont déjà assez claires, dans l' esprit de Benoît Hamon. S'il a affirmé que, dans un premier temps, il envisagerait de réserver le revenu universel à des personnes disposant de moins de 2000 euros par mos, il maintient l'objectif d'une généralisation, à terme, pour un coût approchant les 400 milliards d'euros. Ce serait l'ultime étape d'un processus.
« Je vois trois étapes » dit Benoît Hamon . « La première, c'est la revalorisation et la distribution automatique des minima sociaux - on peut ainsi imaginer que l'Etat reprenne cette compétence aux départements - et leur attribution aux jeunes. Car nous sommes le seul pays qui considère qu'à partir de 18 ans, il faut en baver - pas d'allocations chômage, pas de minima sociaux - au motif qu'il ne faudrait pas faire rimer insertion professionnelle avec assistanat. Dans quel autre pays voit-on cela ? Le revenu universel doit donc d'abord concerner les 18-25 ans. Deuxième étape, celle d'une généralisation. Il faudra alors voir, en fonction des expérimentations et de ce qu'on aura fait pour les jeunes, si cette allocation distribuée à tous sera accordée sous condition de ressources - moins de 2 000 euros - ou pas. Cela permettrait de viser les emplois les moins bien payés et pour lesquels on veut accorder de l'autonomie. Le revenu universel est un des instruments par lequel on organise la réduction du temps de travail. »
Quant à la troisième étape, celle de la généralisation totale, elle reste l'objectif.
« Aujourd'hui, je ne peux pas dire «2022», par exemple... Je souhaite que cela puisse se faire à l'échelle du quinquennat. Mais je me refuse de dire cela. »
Carlos Ghosn devrait aussi le recevoir!
La perspective d'un revenu distribué à tout individu est à ce point crédible, dans l'esprit de Benoît Hamon, qu'elle justifie l'idée de voir un Carlos Ghosn le recevoir.
« Un journaliste me disait, surpris, que Carlos Ghosn [PDG de Renault, ndlr] recevrait la même allocation que lui. On rembourse bien la grippe de monsieur Ghosn comme la grippe de n'importe qui ici ! Pour ce faire, nous allons donc construire des formes de redistribution permettant progressivement de financer le revenu universel. »
Sur son site, Benoît Hamon affirme noir sur blanc la perspective d'une généralisation:
Ce revenu sera ensuite étendu à l'ensemble de la population.
En réalité, Thomas Piketty s'oppose bel et bien à ce qu'il est convenu d'appeler le revenu universel. Si les mots ont encore un sens, il s'agit bien d'un revenu distribué à tous, ce que l'économiste juge absurde. Sinon, il n'est pas universel. Thomas Piketty se rapproche en réalité de la proposition d'un Manuel Valls, d'un "revenu décent" attribué aux personnes sans ressources.




