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Le NPA court les parrainages auprès des maires ruraux

NPA Poutou2017

Brève publiée le 1 février 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Mediapart) Le candidat du NPA pour la présidentielle, Philippe Poutou, a un peu plus de 200 parrainages sur les 500 nécessaires pour se présenter. Des militants sillonnent les départements et tentent de convaincre les maires des petites communes qui ne« font pas de politique ». Ceux-ci, sans étiquette, se refusent de plus en plus à apporter un soutien à quiconque.

Haute-Marne, de notre envoyé spécial.-  Le NPA n’aura peut-être pas de candidat à l’élection présidentielle en 2017. C’est du moins fortement compromis. Il y a deux semaines, Philippe Poutou, son candidat – il l’était déjà en 2012 –, et Christine Poupin, porte-parole du parti, ont tenu une conférence de presse pour sonner l’alarme. Une « alerte démocratique », selon Poutou. Le parti anticapitaliste, qui annonce 2 000 militants, peine à trouver les signatures de maires qui acceptent de donner leur parrainage. Le parti en annonce un peu plus de 200, or il en faut 500.

Les règles ont changé pour cette présidentielle. Il faut toujours, pour les candidats, recueillir 500 parrainages dans au moins 30 départements et sans que plus d’un dixième des élus provienne du même département. Mais il y a deux nouveautés. D’abord, ce sont les maires qui envoient directement leur parrainage au Conseil constitutionnel, et non plus le candidat qui recueille le tout. Cela signifie aussi qu’il faudra, pour les petits candidats, veiller à les relancer pour être sûr que l’envoi a bien été fait. Ensuite : tous les parrainages sont à présent rendus publics, alors qu’auparavant seuls 500 sur la totalité étaient rendus publics par tirage au sort.

Deux cents parrainages fin janvier pour le NPA, c’est clairement insuffisant. Christine Poupin, lors de la conférence de presse qui s’est tenue à l’imprimerie de Montreuil, insiste : « La question, pour les maires, n’est pas d’être d’accord avec Poutou, c’est une question démocratique. » Philippe Poutou souligne, lui, que « beaucoup de maires craignent les conséquences de leurs parrainages », désormais automatiquement rendus publics. « C’est compliqué de se fâcher avec la communauté d’agglomération, avec la grande ville d’à côté, avec la région, etc. », ajoute la porte-parole du NPA.

Pour le parti, l'élection présidentielle est avant tout une question de visibilité : « Si on n’est pas là, qui portera la parole des migrants, qui dira “Nos vies pas leurs profits” », s’interroge Poupin. Mais Poutou se veut aussi combatif – « On n’est pas là pour pleurer », dit-il – et presque compréhensif : « On n’est pas sympa avec la société alors c’est normal que la société soit pas sympa avec nous. »

Il n’empêche, c’est tout de même le branle-bas de combat pour le NPA. Une vaste opération recueil de parrainages est lancée. Sur janvier et février, environ 200 militants vont donner un peu de leur temps pour faire la chasse aux petits maires. « Ceux qui ne peuvent pas pourront toujours filer un coup de main en hébergeant les camarades », explique Guillaume Vadot, militant NPA et enseignant à Paris I (nous en avions parlé pour un tout autre sujet, son agression par deux policiers, affaire toujours en cours).

Guillaume Vadot nous a donné rendez-vous un mercredi de janvier à la gare de Saint-Dizier, en Haute-Marne. On retrouve le jeune militant penché sur son ordinateur dans la salle d’attente. Sur ses genoux un tableau imprimé contient toutes les informations nécessaires à la mission du jour : aller voir un par un les maires des petites communes pour leur arracher un parrainage. Le nom de l’édile, sa profession, son adresse personnelle quand elle est connue et les horaires d’ouverture de la mairie, le nom du parrainé en 2012 s’il est connu et même le score réalisé par Poutou en 2012 dans la commune, tantôt en voix, tantôt en pourcentage (surtout s’il a fait 4 % avec deux voix). 

Dehors, la température est largement négative, une fine couche de neige recouvre le paysage alentour lorsque la voiture s’élance du parking, direction Troisfontaines-la-Ville, première étape du jour. Guillaume Vadot a déjà sillonné une partie du département la veille, sans succès. Une quinzaine de militants sont sur les routes aujourd’hui, et le rythme devrait s’accélérer. Pour bien faire, il faudrait d’ores et déjà compter une cinquantaine de promesses par semaine pour être sûr d’y arriver le 17 mars.« Ce n’est pas gagné, mais les choses pourraient aussi bouger après la primaire du PS », explique Guillaume Vadot dans la voiture. Récit en 10 étapes.

Plan d'action de la chasse aux parrainages en Haute-Marne © Google MapsPlan d'action de la chasse aux parrainages en Haute-Marne © Google Maps

11 heures, Troisfontaines-la-Ville

Le maire avait parrainé le FN en 2012. On trouve sa maison, le portail est grand ouvert mais Guillaume Vadot se méfie… des chiens. Il sonne. Manque de chance, le maire n’est pas là. Sa femme sort jusqu’au portail. Son maire de mari « est au bois, ne reviendra que plus tard ». Vadot remet ses documents : un argumentaire présentant Philippe Poutou et la lettre qu’il a publiée dans Le Monde pour expliquer la valeur démocratique du parrainage.

11 h 30, Rachecourt-sur-Marne

Le second arrêt a lieu dans un bourg de bonne taille. La mairie est fermée ce jour-là, mais l’adresse du maire, Didier Landry, est dans le fichier du NPA. On frappe à sa porte mais rien ne se passe. À une dizaine de mètres, un homme d’une cinquantaine d’années, moustaches, chapeau à larges bords, écharpe, nous appelle d’un geste de la main. C’est le maire. Guillaume Vadot engage la conversation, explique sa venue, parle de Philippe Poutou, « le seul candidat ouvrier de la présidentielle », qui pourrait bien en être évincé s’il n’a pas ses parrainages.

Le maire l’écoute gentiment mais explique bien vite qu’il veut bien donner son parrainage mais à une femme, « parce qu’elles ont le cerveau plus développé ». En 2012, il avait donné son parrainage à Corinne Lepage. « De toute façon, c’est tous les mêmes les hommes à gauche ou à droite, ils s’en foutent plein les poches. » Vadot argumente : le NPA est le parti le plus féministe. « Certes, mais Poutou c’est bien un homme non ? »Il ne veut rien entendre. Le militant décide que ça pourrait tout de même valoir le coup de repasser dans quelques jours. 

12 heures, Curel

Le maire avait parrainé Jacques Cheminade en 2012. Guillaume Vadot consulte son tableau : trois personnes ont voté NPA il y a 5 ans. Mais la maire ne veut pas donner cette année. « À personne. » Elle prend de mauvaise grâce la documentation que lui tend le militant et referme vite sa porte : elle est attendue chez le médecin.  

« Les politiques, ça abîme tout »

12 h 30, Osne-le-Val

Voilà une ville où l’édile avait donné son parrainage à Poutou en 2012, et à Besancenot en 2007. La maire, Monique Schaub, est retraitée. Mais le tableau du NPA n’est pas bien à jour, on sonne en fait chez la maire qui l’a précédée. Celle-ci a « toujours soutenu le NPA, et surtout Besancenot ». Petite leçon d’histoire avec l’ancienne maire et son mari, sur le pas de la porte. La ville a longtemps prospéré sur la vaste usine de Val-d’Osne, aujourd’hui à l’abandon. « C’était une fonderie d’art, sur le pont Alexandre-III c’est nous, et même au Brésil ! » L’ancienne maire et son mari y ont tous deux travaillé, jusqu’à la retraite. L’usine a fermé en 1986, la ville a depuis décliné lentement. L’ancienne maire avait tenté de maintenir la population, avec notamment du logement social, mais ce n’est pas du goût de la maire actuelle.

Les deux n’ont pas l’air de bien s’entendre : « J’avais décidé de laisser la place aux jeunes, parce que j’ai 71 ans, dit l’ancienne édile, eh bien, ma successeur en a 72 ! » Elles habitent pourtant à 10 mètres. Nouvelle adresse en poche, nous sonnons. La maire nous ouvre, la télé fonctionne dans le salon. Elle ne nous fait pas rentrer. Elle ne donnera pas sa signature. « Ici, tout le monde est FN, pas moi hein, mais tout le monde. » « Je suis pour la démocratie, chacun doit pouvoir se présenter. » Vadot argumente : « Alors il nous faut les signatures, sinon Poutou ne peut pas y aller. » « Écoutez, répond la maire, je vous laisse parler, je suis pour la démocratie, mais je ne donnerai pas ma signature. Je ne fais pas de politique ! » La porte se referme. Retour à la voiture. Mise à jour du tableau. 

Guillaume Vadot © CGGuillaume Vadot © CG

14 heures, Saint-Urbain-Maconcourt

On tombe chez l’ancien maire, qui nous indique gentiment le chemin pour aller chez la nouvelle. Une grande maison, par là-bas sur la gauche, juste après un puits fleuri. On ne pourra pas se tromper, il y aura une voiture siglée La Poste dans la cour. Vadot digère l’information : soit elle est postière, ou même juste responsable d’agence, et cela peut servir, Besancenot étant sans doute le postier le plus connu de France, soit elle est plus haut dans l’échelon de la direction et ça risque de se compliquer un peu.

Madame la maire est tout juste en place : une semaine à peine. Elle veut bien prendre la documentation mais ne promet rien. Elle reçoit une tonne de mails lui demandant sa signature et ne semble pas particulièrement touchée par les militants qui se déplacent. De retour au chaud, GV note le tout sur son tableau. 

14 h 30, Mussey-sur-Marne

Le maire est chez lui. Son refus a le mérite de la clarté : « Je ne donne pas ma signature parce que c’est publié au Journal officiel. » Il explicite tout de même, dit qu’il s’en est plaint à son député et aux gros élus des villes mais que rien n’a bougé. Guillaume Vadot y va de son couplet sur la démocratie, sur le fait que parrainer ce n’est pas soutenir politiquement. « Parce que vous croyez qu’on est encore en démocratie ? », répond le maire. Sa femme, à côté, approuve sans bruit.

En retournant vers la voiture, Vadot explique que ça arrive souvent, de se retrouver non pas devant l’élu d’un village, mais devant le poids de l'institution. « Beaucoup de maires expliquent qu’ils en ont parlé aux députés, etc., mais ça n’a rien changé. »

15 heures, Vaux-sur-Saint-Urbain

Madame la maire Christelle Piot nous reçoit sèchement. Elle est pressée et, de toute façon, elle « ne signe pour personne ». Vadot sort son refrain sur la démocratie, l’importance de la présidentielle, etc. Son argument à elle : « Regardez, aujourd’hui, même le président est empêché de se représenter. Plus rien ne fonctionne dans ce pays. »

Vaux-sur-Saint-Urbain © CGVaux-sur-Saint-Urbain © CG

15 h 30, Donjeux

Pour ce nouvel arrêt, Guillaume Vadot a bon espoir. Le maire, Yves Chauvelot, a donné sa signature à Eva Joly en 2012. Manque de chance, il n’est pas là. Sa femme nous reçoit à son domicile et nous fait rentrer – bon signe ? Sur les murs, une affiche de la Marche de l’égalité jouxte des dessins d’Hugo Pratt. Elle appelle son mari au téléphone puis passe le combiné à Guillaume Vadot. Le militant présente son candidat, l’ouvrier chez Ford Blanquefort. Rien n’y fait. Ce n’est pas que le maire aurait peur de ses électeurs, ou des pressions, c’est juste qu’il craint la dispersion des voix à gauche alors que la droite et l’extrême droite menacent. Imparable.

16 heures, Gudmont-Villiers

On sonne chez madame Dominique Pouget mais c’est son mari qui nous ouvre. La maire n’est pas là, elle est en course. Oui, elle va repasser d’ici un bon quart d’heure mais elle doit repartir tout aussitôt accompagner le gamin à Saint-Dizier. Autant dire qu’il y a peu d’espoir. Moment de flottement : faut-il attendre, faut-il partir ? La première option est prise. On attend dans la voiture pendant qu’il y reste un peu de chaleur.

Un quart d’heure plus tard, une femme approche de la porte : c’est la maire. « Rentrez, rentrez, il fait froid. Je vous préviens, je suis pressée. De quoi s’agit-il ? » Vadot récite son texte : Poutou, candidat des ouvriers, démocratie, un parrainage ça n’engage pas, etc. « Et vous, vous êtes quoi ? », demande la maire. « Moi, je suis enseignant », répond Vadot. « Ah m’en parlez pas. Y a plus d’autorité. » « Les politiques, ça abîme tout. » « Et puis des patrons il en faut, des capitalistes il en faut, et même des millionnaires hein ! »Son mari approuve. Son fils range les courses sans un mot.

Et puis soudain : « Bon, donnez-moi votre papier que je le signe. » Le militant farfouille dans son sac à dos, trouve le précieux document. La maire signe, remplit sans lire. Vadot est obligé de lui expliquer qu’elle devra elle-même envoyer sa signature au Conseil constitutionnel. Bref, qu’elle sera recontactée. De retour dans le véhicule, Vadot ne tente même pas de cacher sa joie.

16 h 30, Rouvroy-sur-Marne

C’est le dernier arrêt de la journée. Celui aussi qui s’annonce le moins bien. Le maire, Cédric Michelot, a donné sa signature à Nicolas Sarkozy en 2012. Pas sûr qu’il se laisse convaincre par Poutou pour 2017. On sonne chez lui. Sa femme nous ouvre. Il n’est pas là. Elle nous conseille de tenter notre chance 100 mètres plus loin, au siège de la société Michelot. Un gros cube en PVC où il n’y a personne. « Michelot Fermetures, un vendeur de verrous et de portes anti-effractions », soupire Vadot, « pas vraiment notre truc ». Il n'est pas tout à fait 17 heures, temps de se remettre en route. Après les trois heures de voiture du retour, Guillaume Vadot a une réunion NPA à Saint-Denis. 1 000 kilomètres en plus au compteur de sa voiture, et une promesse de parrainage à faire confirmer avant le 17 mars, à 18 heures.