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Mort d’Armand Gatti, la légende d’un siècle
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Toute sa vie, il avait cultivé le goût du partage. L'homme de théâtre, écrivain, journaliste, metteur en scène, s'est éteint ce matin à l'Hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne. Il avait 93 ans.
C'était un poète. Un homme grand, baraqué, qui évoquait irrésistiblement un bel arbre, vigoureux et fort. Armand Gatti, dont on n'oubliait pas les deux prénoms de naissance, Dante Sauveur, deux prénoms éloquents, s'est éteint paisiblement ce matin, jeudi 6 avril. Il avait eu 93 ans le 26 janvier dernier.
Le destin, son destin riche en rebondissements, veut qu'il se soit éteint dans un hôpital militaire proche de Montreuil et de cette «Maison de l'arbre» qui était le havre de ses travaux depuis bien des années. Il avait été admis dans cet établissement très réputé pour des calculs à la vessie. L'opération s'était bien déroulée et Armand Gatti était sorti de l'anesthésie. Mais son cœur a lâché.
C'était un poème à lui seul. Un homme rugissant. Un homme debout et toujours en lutte pour les autres. Il avait été accablé par l'accident funeste survenu à Montreuil en juillet 2009 et au cours duquel, son petit-fils Joachim, pourtant si pacifique, avait été victime d'un tir de flash-ball dans lequel il avait perdu un œil. Un petit-fils réalisateur, que rien ne saurait empêcher de filmer, de témoigner, comme le fit son grand-père, comme le fait son père Stéphane.
Résistant, journaliste, poète
Armand Gatti, c'est une légende du siècle, une légende du XXe siècle. S'il est né à Monaco, c'est dans une famille très pauvre. Son père est balayeur (et sera tué lors d'une grève en 1942), sa mère femme de ménage. Dès l'adolescence, il écrit. Lorsque l'on est né en 1924 et que l'on a du cœur, on s'engage. Il prend le maquis dès 42 avant d'être arrêté à Tarnac, emprisonné à Tulle, transféré dans un camp et de s'en évader.
En 1944, il rejoint Londres et le Special Air Service et participe à la bataille de Hollande. De retour à Paris, il rencontre Philippe Soupault et tout une bande de jeunes gens passionnés de liberté et de littérature. Bientôt, il entre au Parisien libéré comme rédacteur stagiaire. Dans cet après-guerre parisien, il va nouer des amitiés indéfectibles, notamment avec l'écrivain et journaliste Pierre Joffroy. Un peu plus tard, à l'orée de 1948, il rencontre Pierre Boulez, Bernard Saby qui partagent alors un petit appartement vers la Seine et qui accueillent des artistes, John Cage notamment. C'est Boulez qui s'occupera plus tard des papiers de naturalisation française de Dante Sauveur.
Au Parisien Libéré, il est nommé reporter et demeurera dans ce journal jusqu'en 1956. En marge des articles, des reportages, il écrit ses propres textes et son poème Oubli signé lapidé est créé à Cologne, en 1952, sur une musique de Pierre Boulez. Le métier de journaliste le passionne. Il suit le procès d'Oradour-sur-Glane, il s'intéresse à celui de Pauline Dubuisson, il apprend à dompter les fauves pour un article et reçoit le prix Albert-Londres.
On est en 1954. Grand reporter, il étend son champ d'action à la planète. Paris-Match l'engage en 1955. Il découvre la Chine et le Transsibérien. Il prend fait et cause pour ceux qui souffrent, il abhorre l'injustice, il prend la défense des faibles et des opprimés. C'est dans ces dispositions d'esprit qu'il écrira ses poèmes, son théâtre, ses mémoires. Il faudrait un livre pour circonscrire cette vie extraordinaire.
Éveilleur de consciences
Quelques jalons du côté de l'écriture et du théâtre: Le Poisson noir, en 58, reçoit le prix Fénéon et Jean Vilar monte Le Crapaud-Buffle au Théâtre Récamier en 1959. Dans la foulée, Gatti signe son premier film, L'Enclos. Mais c'est en 1962 avec La Vie imaginaire de l'éboueur Auguste G. que Jacques Rosner met en scène, que le monde du théâtre sait que désormais on comptera avec cet homme hors du commun.
Toute sa vie, il aura écrit et pris un plaisir intense à dire ses poèmes. Il avait du souffle. Il y avait en lui de la douceur, profondément, mais il était aussi un imprécateur impressionnant. S'il ne fallait retenir qu'un fil de sa vie, ce serait celui du partage. Par le théâtre, il avait compris que l'on ne panse aucune blessure, mais que l'on peut éveiller de jeunes consciences et travailler ensemble. La camaraderie de la guerre, du journalisme, il l'avait retrouvée au théâtre et ne concevait jamais un spectacle sans être dans la transmission.
À l'orée des années 80, il s'entretient avec Marc Kravetz, fils spirituel et surgit là cette belle notion de Parole errante qui sera ensuite un énorme livre. Il s'installe à Toulouse, avec le soutien du ministère de la Culture. Il fonde l'Atelier de création populaire. Une période très fertile. Il travaille avec des jeunes, il ne dédaigne pas la reconnaissance de son travail. Jack Lang lui remet le grand prix national du théâtre. Depuis plusieurs années, c'est à Montreuil, avec la Maison de l'arbre, qu'il avait trouvé une nouvelle manière de travailler. Bien en amont, Jean-Jacques Hocquard était présent et veillait sur le travail de toute l'équipe.
Mais rien ne saurait éteindre ce qui brûle en lui. Une lucidité, une capacité d'indignation, une envie d'en découdre avec les hypocrites et les salauds. Il faudrait un livre, oui, pour donner une toute petite idée de ce volcan en perpétuelle activité. Un grand bonhomme et un grand homme.




