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Le terroriste des Champs-Elysées était obsédé par les policiers
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Mediapart) Ayant passé 11 ans en prison pour avoir fait feu sur des policiers, Karim Cheurfi, le terroriste des Champs-Élysées, avait exprimé son désir de tuer des membres des forces de l’ordre ces derniers mois.
En matière de terrorisme, souvent la petite histoire rejoint la grande. La vendetta personnelle épouse le combat politique et/ou religieux. La carrière délinquante de Karim Cheurfi, l’assassin d’un policier jeudi soir sur les Champs-Élysées, se revendiquant de l’État islamique, était marquée par ses démêlés avec les forces de l’ordre.
Ce natif de Livry-Gargan, âgé de 39 ans, n’avait rien négligé pour réaliser son attentat. Un morceau de papier manuscrit évoquant l’État islamique a été trouvé à côté de sa dépouille. Dans le coffre de son Audi, qu’il avait garée à côté du car de police sur lequel il allait faire feu, un fusil à pompe, deux couteaux de cuisine et un sécateur. Tout cela en supplétif. Le terroriste a utilisé une kalachnikov pour abattre de deux balles dans la tête un gardien de la paix en train de se restaurer dans son car et blesser deux autres policiers. Et, toujours au cas où, s’il n’avait pas trouvé de forces de l’ordre sur la plus célèbre avenue parisienne, Cheurfi avait noté l’adresse de la DGSI et d’un commissariat sur un autre morceau de papier retrouvé dans son véhicule. Quoi qu’il arrive, le terroriste voulait tuer un policier.
Sa vie avait basculé en 2001 alors que, petit délinquant, il avait déjà tiré sur des policiers après avoir percuté accidentellement, au volant d'une voiture volée, le véhicule de deux agents en civil et tenté de s'enfuir en ouvrant le feu quand ils s'étaient identifiés. Arrêté, il avait alors dérobé l'arme d'un policier pendant sa garde à vue et tiré sur lui à cinq reprises, le touchant trois fois. Des faits qui lui ont valu d'être condamné à 20 ans de réclusion criminelle, ramenés à 15 en appel. Avec le jeu des remises de peine, il sera libéré au bout de 11 ans de prison.
Après être retombé pour de menus délits, il se rappelle à la mémoire de la justice début janvier. De passage à Marseille entre le 24 et le 27 décembre, le trentenaire s’est épanché auprès de proches : il cherche à se procurer des armes et à tuer des policiers. Alerté, le parquet de Meaux – Karim Cheurfi vit chez sa mère à Chelles, en Seine-et-Marne – ouvre une enquête pour menaces de crime contre personnes dépositaires de l’autorité publique.
Le 23 février, il est entendu par la PJ de Meaux sous le régime de la garde à vue. En perquisition, les enquêteurs ont découvert un couteau de chasse, des liens Serflex et une caméra GoPro, mais rien qui permette de « caractériser l’infraction », comme l'a précisé le procureur de Paris François Molins lors de sa conférence de presse vendredi soir. Les investigations sur sa téléphonie et son ordinateur ne montrent aucun signe de radicalisation, ni de consultation de sites djihadistes.
Il est alors remis en liberté. Toutefois – « parce que son profil et ses antécédents ne nous plaisaient pas », confie à Mediapart une source judiciaire –, le pôle antiterroriste du parquet de Paris se saisit le 9 mars du dossier et poursuit ses investigations. Karim Cheurfi ne sera jamais fiché S, mais finit sur le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Un objectif comme un autre pour la DGSI.
Sous le coup d’un sursis de mise à l’épreuve pour un vol aggravé, Karim Cheurfi ne respecte pas ses obligations, notamment courant janvier lorsqu’il s’envole pour l’Algérie, soi-disant pour y trouver une épouse. Son juge d’application des peines est prévenu. Il le convoque le 7 avril dernier, lui rappelle ses obligations, mais ne révoque pas son sursis.




