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Les inspecteurs du travail refusent la casse
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http://www.humanite.fr/les-inspecteurs-du-travail-refusent-la-casse-636338
À l’appel d’une intersyndicale, les agents du ministère du Travail se sont mobilisés, jeudi, pour dénoncer les suppressions d’emplois massives dans l’ensemble de la France.
Pour eux, il n’y a aucune trêve sociale à respecter. Hier, au lendemain de la nomination des membres du gouvernement Philippe, les agents du ministère du Travail étaient en grève un peu partout en France à l’appel d’une intersyndicale CGT-SUD-FSU-FO-CFDT-Unsa-CNT pour protester contre des dizaines de suppressions d’emplois visant l’ensemble des services, dont les sections d’inspection du travail. Rien qu’en Île-de-France, ce sont 80 emplois qui devraient disparaître d’ici à la fin 2017, soit par non-remplacements de départs en retraite, soit par suppressions de postes laissés volontairement vacants.
À Paris, place Stalingrad, jeudi midi, une poignée d’inspecteurs du travail parisiens avaient planté banderoles et barbecue pour interpeller les usagers sur le recul des droits qu’une telle saignée impliquerait pour les salariés. « À la suite de la réforme de l’inspection du travail de 2014, on avait déjà perdu 10 % de nos effectifs, ce qui s’est traduit par douze postes en moins à Paris. Mais cette fois-ci, les suppressions d’emplois sont sans précédent : ce sont vingt-quatre postes qui doivent disparaître à Paris d’ici à la fin de l’année. En sachant qu’il n’y a plus de recrutement depuis trois ans », explique Sophie Poulet, inspectrice du travail et membre du comité national de SUD travail. Difficile d’avoir une idée de l’ampleur des suppressions de postes prévues pour 2017 à l’échelle de la France, mais l’intersyndicale estime que cela toucherait 150 postes.
« En Île-de-France, 49 sections d’inspection doivent être supprimées. On ne sait pas encore lesquelles car notre hiérarchie veut que cela soit décidé par des groupes de travail auxquels les agents seraient associés… histoire d’être leurs propres fossoyeurs ! » dénonce Mourad Abdelghani, secrétaire de la CGT TEFP (travail, emploi, formation professionnelle) à Paris. « Évidemment, cela amènera à un redécoupage des sections de contrôle, avec des zones plus grandes à couvrir, un alourdissement de la charge de travail des agents et une capacité moindre à répondre à la demande », précise le syndicaliste.
La mission de contrôle victime d’un travail de sape
À terme, les inspecteurs redoutent la suppression pure et simple de l’échelon territorial d’intervention. « On craint que ce soit les responsables d’unité de contrôle qui distribuent les dossiers en choisissant l’inspecteur en fonction des entreprises à contrôler, ce qui porterait atteinte à l’indépendance normalement garantie par nos statuts », souligne Sophie Poulet. « Le gouvernement veut une inspection qui ne dérange pas les patrons », résume Françoise Royer, contrôleuse du travail syndiquée à la CGT.
D’autant que la diminution des effectifs n’est qu’un des leviers sur lesquels joue le gouvernement pour saper la mission de contrôle de l’administration du travail. « On a de moins en moins de prérogatives. Les accords d’entreprise prennent une place grandissante au détriment de la loi. Et de moins en moins de dispositions sont pénalement répréhensibles », précise Sophie Poulet. « Le ministère nous a fixé cinq priorités qui doivent occuper 50 % du temps des inspecteurs : le contrôle des travailleurs détachés, les chutes de hauteur, l’amiante, les CMR (substances cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques – NDLR) et le travail dissimulé. Or, à Paris, les inspecteurs ont une action soutenue sur le respect de la législation concernant le travail du dimanche, mais sans le soutien de l’administration », affirme Yves Sinigaglia, inspecteur membre du comité national de SUD travail. « On n’arrive déjà pas à répondre à la demande, mais en plus il y a une partie de la demande qui ne nous remonte jamais », estime Françoise Royer, pointant du doigt son collègue Alain Mornac, lui aussi syndiqué à la CGT. « Je suis le seul standardiste pour l’ensemble des unités de contrôle de Paris », regrette-t-il.
Dans l’après-midi, les inspecteurs parisiens se sont joints au rassemblement régional des agents du ministère devant la Direccte d’Île-de-France, à Aubervilliers, envahisssant le bâtiment pour faire entendre leur mécontentement. Une journée d’action qui en appelle d’autres, sur la question des emplois mais aussi pour défendre le droit du travail. « Nommer une ancienne DRH ministre du Travail, c’est un signe fort donné aux entreprises que le gouvernement compte parachever la loi El Khomri. On va devoir se battre pour préserver le Code du travail et nos missions », prévient Sophie Poulet.
Le passif de Muriel Pénicaud
Alors qu’Emmanuel Macron vient de nommer l’ancienne DRH de Danone à la tête du ministère du Travail, la fédération CGT de l’agroalimentaire rappelle « la casse des emplois et des conditions de travail » menée par Muriel Pénicaud lorsqu’elle était en poste dans la multinationale. Ainsi, pour la CGT, « le couple Macron-Philippe se donne un atout fort, au service du maître du jeu, le grand patronat » en désignant celle qui a basé son action sur des « réorganisations permanentes », une « augmentation des cadences » et un « stress causant de nombreux troubles musculo-squelettiques et psychosociaux ».




