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Recension de "Les dilemmes de Lénine" de Tariq Ali

1917 livre

Brève publiée le 21 octobre 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

De Tariq Ali, Sabine Wespieser éditeur, 488 pages, 25 euros. 

Avec les Dilemmes de Lénine, Tariq Ali nous propose un ouvrage, à mi-chemin entre la biographie et l’essai, puisqu’il s’agit pour l’auteur de situer la trajectoire de Lénine dans son environnement politique, social et idéologique. Un exercice difficile qui, s’il est dans l’ensemble fort réussi, a parfois du mal à résister aux logiques de personnalisation. 

« Faire revivre la mémoire de Lénine »

« Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, et plus tôt, dans les années 70 par la voix des intellectuels français, on a soudainement découvert les crimes de Staline et considéré que la révolution russe était un désastre complet. J’ai écrit ce livre comme un acte de résistance pour dire que nous ne pouvons pas ignorer le mouvement utopique. Ce n’est pas tant une réhabilitation de Lénine qu’une tentative de faire revivre sa mémoire. » Ainsi s’exprime Tariq Ali, intellectuel militant britannique d’origine pakistanaise, dans un entretien récemment accordé à Libération à propos de son dernier ouvrage. De ce point de vue, l’exercice est réussi, notamment dans la mesure où l’auteur, par son choix d’étudier les « dilemmes » de Lénine (face au terrorisme, à la guerre, à la révolution, etc.), montre amplement à quel point la pensée du dirigeant révolutionnaire n’avait rien à voir avec le dogme mais bien, sur la base de principes fondamentaux tirés des écrits de Marx et des marxistes, « l’analyse concrète d’une situation concrète ».

Les développements biographiques permettent en outre de mesurer à quel point les analyses et choix de Lénine ont été façonnés par son histoire personnelle, voire intime, qu’il s’agisse de la mort de son frère aîné Sacha, exécuté après une tentative d’attentat manquée cotre le Tsar, des exils forcés, qui l’ont amené à rencontrer des dirigeants et des penseurs révolutionnaires de toute l’Europe, ou de certaines de ses lectures prémarxistes, comme le roman utopique Que faire ? de Tchernychevski (publié en 1863), qui suscita l’enthousiasme de la jeunesse radicale russe et donnera son titre à un fameux opus de Lénine.  

Des choix difficiles et conflictuels

À travers la vie de Lénine – et ce malgré de longues ellipses –, on en apprend beaucoup sur la progression des idées révolutionnaires en Russie, sur les débats qui ont agité les mouvements politiques anti-tsaristes, sur les difficiles et conflictuels choix des bolchéviks entre février et octobre 1917, mais aussi sur les discussions concernant la stratégie militaire, les relations internationales ou la place des revendications féministes dans le processus révolutionnaire. 

L’ouvrage constitue ainsi une somme de près de 500 pages, d’une richesse et d’une densité rares, et donne à voir un Lénine qui, s’il ne refuse pas de trancher, parfois dans le vif, est moins sûr de lui, plus souple et plus « humain » que l’image que certains ont voulu, et veulent encore, entretenir. 

Un bémol : l’auteur cède parfois à la tentation hagiographique et à la personnalisation avec des sentences telles que « ce qui est sûr, c’est que, sans Lénine, il n’y aurait pas eu de révolution socialiste en 1917 ». Une assurance qui, paradoxalement, contraste avec la valorisation du sens des possibles présent chez Lénine et qui, pour reprendre une formule de Daniel Bensaïd, tend à « enterrer les possibles latéraux, qui ne sont pourtant pas moins réels que le fait accompli »

Julien Salingue