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Catalogne - Sur l’énorme manif d’hier à Barcelone

Catalogne

Brève publiée le 12 novembre 2017

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://npaherault.blogspot.fr/2017/11/catalunya-infos-en-continu-les-comites.html

A lire ci-dessous  
Point de vue : Ada Colau, une "équidistance" qui a du mal à rester équidistante (Antoine)

750 000 !
Barcelone. Epoustouflante riposte pour la liberté et la démocratie ! 

 Vidéo. Cliquer ici

Plus de 3 km de long

L'importance de la manifestation la obligé les organisateurs/-trices à tripler le parcours initialement prévu.

En tête de manifestation avaient pris place les parents des Jordis et des membres de l'ex Govern, tous/toutes emprisonné-es. Lesquel-les emprisonné-es avaient fait parvenir des messages qui ont été lus aux présent-es très ému-es.

Es "la Diada Nacional por la libertad" : C'est la fête nationale catalane pour la liberté (paroles d'un manifestant qui n'était jamais descendu dans la rue à l'appel des indépendantistes car il n'est pas indépendantiste). Lire ici

947 cars ont convergé, en provenance de toute la Catalogne, sur la capitale.

En tête de la manifestation la banderole proclamait : "Liberté pour les prisonniers politiques. Nous sommes une République" !
 

Parmi les non-indépendantistes présent-es, la maire de Barcelone, Ada Colau, s'est adressée à la foule (mais elle a tenu par ailleurs des propos polémiques qui ont fait couler beaucoup d'encre, voir ci-après). Elle était accompagnée de l'un de ses adjoints, Jaume Asens, qui avait rendu visite, dans la journée, au président démis Carles Puigdemont, exilé à Bruxelles, pour lui transmettre l'appui de la mairie de Barcelone au Govern légitime. Il est évident que cette manifestation de force de l'indépendantisme catalan qui, au demeurant, devrait partir en ordre dispersé, devrait peser sur la campagne pour la législative du 21 décembre. 

Outre les slogans demandant la libération des emprisonné-es, étaient également repris "C'est Puigdemont notre président", "Vous n'êtes pas seuls", "Dehors les forces d'occupation" !
 

TV3, la télévision catalane, a pu assurer la couverture en continu de l'événement malgré la requête déposée auprès de la Commission Electorale Centrale par le Parti Populaire demandant que la retransmission télévisée soit interdite car elle participerait, selon lui, d'une utilisation partisane, par l'indépendantisme, du service public. Ce n'est qu'à la fin de la manifestation que la décision de rejet de la requête a été connue.

Une fois la manifestation arrivée à son terme, les participant-es ont pu écouter le célèbre discours qu'avait tenu le non moins célèbre violoniste et compositeur catalan Pau Casals aux Nations Unies en 1971. On l'y entend déclarer que "la Catalogne avait eu le premier parlement démocratique, bien avant l'Angleterre". A la fin de ce document sonore, une clameur s'est élevé de la foule : "Puigdemont, président" ! Divers messages vidéos des "consellers et conselleras" du Govern installé-es à Bruxelles ont repris les appels à soutenir les emprisonné-es en soulignant la différence de traitement que leur réserve la justice belge et celui qu'impose la justice espagnole à leurs collègues. Le porte-parole "accidentel" de l'Omnium a conclu le rassemblement par ces mots : "Nous sommes les petits-enfants de ceux qui ont combattu la peur en y laissant la vie dans une dictature et non, non ils ne passeront pas", ces derniers mots reprenant le célèbreslogan des combattant-es républicain-es, qui est associé à la communiste Pasionaria,"Ils ne passeront pas", en allusion évidemment aux franquistes. Cela a dû aller au coeur des membres du Parti Populaire, dont l'ancêtre, Alianza Popular, avait regroupé, au début de la Transition, le personnel politique franquiste.


Une fois la nuit tombée, des milliers de personnes avaient éclairé le parcours de leurs téléphones portables.


Ces informations sont, pour l'essentiel, tirées de l'article de eldiario.es accessible ici

Point de vue : Ada Colau, une "équidistance" qui a du mal à rester équidistante

La maire de Barcelone et membre de Catalunya en Comú qui partira aux élections du 21 décembre avec Podem, après que Pablo Iglesias eut fait son 155 contre la direction de celui-ci et en ait pris le contrôle, campe sur une position d'extériorité vis-à-vis desparties en conflit en Catalogne. C'est ce que traduit son ni-ni "Ni DUI, la déclaration unilatérale d'indépendance, ni 155, le putsch du PP contre la Généralité". 

Première mise en instabilité de cette équidistance, sa dénonciation des arrestations des membres du Govern et des responsables de l'ANC et de l'Omnium, lui vaut d'être dénoncée par les compères unionistes du PP et du PSOE, comme ... complice des indépendantistes. Le voyage aujourd'hui à Bruxelles de l'un de ses adjoints à la mairie pour déclarer au President exilé que Barcelone reconnaît toujours le Govern comme légitime, ne devrait pas arranger les choses de ce côté-là de l'équidistance.

Mais aujourd'hui aussi, lors d'une réunion électorale de son parti et à quelques heuresde participer à la grande manifestation de Barcelone, pour réaffirmer son soutien aux prisonniers politiques, voilà que la maire de Barcelone se lâche contre le President et le Govern dont on comprend pourtant que, par la voix de son adjoint, elle les appuie. Elle a en particulier déclaré que les susdits ont mené la Catalogne "au désastre" par leur projet de sécession unilatérale vis-à-vis du reste de l'Espagne (lire ici). Elle s'est ainsi engagée dans un périlleux déséquilibre équidistant, à moins que ce n'ait été une ébouriffante équidistance déséquilibrée. Les termes exacts employés sont les suivants : "Nous voulons que les prisonniers sortent mais nous voulons aussi qu'un gouvernement irresponsable, qui a mené le pays au désastre, fasse face à ses responsabilités et qu'il reconnaisse ses erreurs". A quoi elle a ajouté "On (sic) a plongé le pays (la Catalogne) dans la tension, on l'a amené vers une déclaration unilatérale d'indépendance que la majorité ne voulait pas" et cela a été fait "en trompant la population pour des intérêtspartisans". "La déclaration unilatérale d'indépendance (DUI) n'a pas amené la république", a-t-elle également dit en reprochant à Puigdemont d'être parti en Belgique, une fois la proclamation faite en laissant "le pays seul face à toute l'incertitude", "Ils ont fait la DUI et puis ils ont disparu" ! Qui aurait pensé que la responsabilité du désastre en Catalogne incomberait à Mariano Rajoy et non à un Govern, tout au plus responsable de n'avoir pas été cohérent et à la hauteur du projet qu'il disait défendre, serait, à écouter Ada Colau, dans l'erreur totale.

Plus sévère, tu meurs. Le problème c'est que cette attaque contre le Govern et le President, se rapproche dangereusement, quasiment terme à terme, de ce que la presse de droite et le PP disent contre le processus catalan. Par ailleurs l'affirmation largement réaffirmée aujourd'hui dans les rues de Barcelone "Nous sommes une République" contredit  l'idée que la DUI n'aurait pas amené la république car elle l'a moins amené dans l'esprit de milliers, probablement des millions, de gens. Ce qui politiquement est loin d'être négligeable et pourrait faire considérer que Ada Colau méprise, avec beaucoup de légèreté ou beaucoup de lourdeur, peut-être paradoxalement les deux à la fois, ce sentiment ! Il pourrait y avoir de la faute politique dans ces mots qui, prétendant prendre à contrepied le gouvernement et le président destitués, aura principalement heurté le peuple indépendantiste. Et, pire, aura, qui sait, dérouté le secteur non-indépendantiste visé électoralement, d'abord par le brouillage induit par l'équilibrisme du "en appui du Govern et du president"/"contre leur irresponsabilité indépendantiste" et puis, et peut-être surtout, par le déport vers le discours de la droite antipopulaire honni par ledit secteur : le référendum du 1er octobre n'a pu se tenir, ne l'oublions pas, que parce qu'une bonne partie des non-indépendantistes ont privilégié leur rejet de la répression engagée contre les indépendantistes et fait primer l'idée de démocratie sur tout le reste...en votant pour l'indépendance.

Le plus dommageable de ce faux équilibre politique qu'essayent de tenir Colau mais aussi Iglesias, c'est qu'ils cherchent à fracturer ce qui, au contraire devrait être toujours plus rapproché : l'unité entre indépendantistes et non-indépendantistes autour du rejet du gouvernement, du régime de 78. En somme la rencontre de l'esprit des Indigné-es dont Colau comme Iglesias se réclament, certes de façon très diffuse, et celui du mouvement national catalan, le premier apportant au second ce qu'il sous-estime trop, la nécessité derépondre à la question sociale, au refus de l'austérité... S'il y avait, non à attaquer Puigdemont et le Govern, mais à les critiquer dans le cadre d'un respect... du respect qu'ils inspirent chez de nombreux/-euses Catalan-es, ce serait d'avoir sous-estimé l'importance des revendications sociales anti-austérité pour élargir la base même du mouvement national. Gageons que, quoique cela soit un vrai défi, la réticence ou même l'hostilité des non-indépendantistes pourraient être relativisées par eux/elles si un ferme positionnement sur le logement, l'emploi, disons pour faire rapide, sur les droits sociaux, était étroitement articulé à larevendication nationale. 

La bataille pour une république catalane sociale, et cela passe par prendre appui sur la bataille pour la république catalane telle qu'elle se déroule, voilà ce que ni Colau ni Iglesias ne parviennent pas à assumer comme le levier pour mettre en déroute Rajoy et pour ouvrir la voie à une alternative politique populaire digne de ce nom porteuse d'un processus constituant d'indépendance républicaine dont il faudrait soumettre à débatqu'elle soit appelée à déboucher à terme sur une confédération avec les autresrépubliques de l'Etat espagnol à venir.

Leur choix d'un référendum négocié, qui sous-tend leur méchante option d'équidistance, n'a, au demeurant, aucune crédibilité, tant du côté de ce qui pourrait être obtenu d'un gouvernement Rajoy qui sort renforcé dans son refus de toute négociation sur le sujet et dans son option d'un recentralisme institutionnel qui attaque les bases mêmes de la logique des autonomies existantes (voir le tout récent blocage des comptes de la mairie de Madrid, les autonomies étant déjà soumises à la rigueur des comptes publics); tant aussi du côté d'un indépendantisme qui ne peut que constater que la voie proposée exigerait de pouvoir compter sur une majorité de gauche, voire un gouvernement de gauche, à laquelle se refuse désormais Pedro Sánchez (PSOE) en faisant précisément de son refus de l'autodétermination catalane, avec soutien déclaré au 155, le point debascule vers le PP. Sans parler de la quasi impossibilité que la réforme constitutionnelle induite puisse franchir les verrous des majorités qualifiées imposées !

Le fond des choses est que tant Ada Colau que Iglesias sont donc dans une impasse stratégique, la pièce clé de ladite stratégie, le PSOE, étant repassée à droite (pour autant que celui-ci ait jamais foncièrementenvisagé de se déconnecter de ce positionnement inscrit dans la collusion du bipartisme gauche-droite structurel et historique de la démocratie de la Transition). L'équidistance sur la question catalane paraît devoir être une instable position de circonstance de Catalunya en Comú et de Podemos pour tenter de donner le change et sauver les meubles des acquis du municipalisme "pour le changement" emblématiquement incarné par la mairie de Barcelone, en attendant des jours meilleurs, sans trop d'espoir que ces acquis autorisent, comme il était espéré, une transcroissance décisive sur le terrain parlementaire. 

Reste qu'une telle situation de calculs électoralistes bridés à gauche ne facilite pas la reconstruction, c'est le moins que l'on puisse dire, du rapport de force en Catalogne permettant de renvoyer Rajoy dans les cordes et de répondre, par là, à la première condition pour satisfaire les besoins de populations soumises toutes, en Catalogne et ailleurs dans l'Etat espagnol, à l'austérité capitaliste liberticide.  

Antoine