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Un an après l’accord de paix en Colombie, les désillusions des Farc
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Il y a un an, la Colombie signait un accord de paix avec les Farc et tournait la page d'un conflit armé de plus d'un demi-siècle. Cependant, l'heure n'est pas à la fête : si le nombre de victimes a baissé, des promesses peinent à se concrétiser.
L'heure n'est pas à la fête en Colombie. Ce vendredi 24 novembre marque le premier anniversaire de l'accord de paix du gouvernement avec la guérilla des Farc mais les retards dans la concrétisation des promesses s'accumulent. Si le nombre de morts a drastiquement diminué après un demi-siècle de guerre fratricide, les anciens guérilleros déchantent.
"Les lois en cours d'examen trompent en grande partie les attentes pleines d'illusion de populations confiantes dans le fait que l'accord allait transformer leurs vies, en mieux", a déclaré Rodrigo Londoño, alias "Timochenko", le chef du parti politique Force alternative révolutionnaire commune, dans lequel se sont reconverties les Farc. "Nous avons semé dans l'âme de nos compatriotes [...] des attentes et des illusions immenses", a-t-il ajouté, lors d'une cérémonie de commémoration au théâtre Colon de Bogota.
C'est dans ce même théâtre que, le 24 novembre 2016, il signait avec le président Juan Manuel Santos l'accord de paix historique visant à mettre fin à une guerre fratricide qui a impliqué forces de l'ordre, paramilitaires et autres guérillas, faisant près de huit millions de victimes entre morts, disparus et déplacés.
Mais vendredi, Timochenko a estimé que "ce qui [a été] mis en œuvre n'[était] pas l'accord signé". Il s'en est ensuite pris au Congrès, où le gouvernement ne dispose que d'une majorité instable et où plusieurs textes d'application ont été amendés ou sont embourbés.
En admettant des "retards", le président Santos a défendu le processus : "Faire taire les fusils nous a permis de sauver des vies, des milliers de vies. Construire la paix [...] ne se fait pas du jour au lendemain".
L'intensité du conflit a fortement diminué : de 3 000 morts en moyenne chaque année à 78 depuis début 2017, selon les chiffres officiels de l'Unité des victimes. Soulignant toutefois qu'"il n'y avait pas de temps à perdre", Juan Manuel Santos a appelé le Congrès à "clore le processus rapidement".
"Je sais que les Farc ont des réclamations, je sais qu'elles ont des préoccupations. Je m'entretiendrai aujourd'hui même avec ses chefs, avec son chef suprême ici présent [...] pour répondre, dans la mesure du possible, à leurs inquiétudes", a assuré Juan Manuel Santos, qui quittera le pouvoir en août 2018 à l'issue de deux mandats.

La commémoration de vendredi, organisée par des associations, n'avait rien d'officiel. La présidence a même souligné que l'"acte symbolique" de cet anniversaire était prévu en province, Juan Manuel Santos se rendant à Montañita (Caqueta, sud), zone particulièrement affectée par le conflit.
Déjà, il y a un an, la sobre cérémonie au Colon n'avait rien eu de commun avec le faste de la signature deux mois plus tôt de la première mouture du texte, négocié pendant quatre ans à Cuba et célébré en grandes pompes dans la très chic Carthagène des Indes, sur la côte caraïbe.
L'accord continue de faire débat
Entre-temps, l'accord qui, outre le désarmement des Farc, prévoit des réformes politiques, rurales, une justice spéciale de paix et un dédommagement des victimes, avait été rejeté le 2 octobre lors d'un référendum non obligatoire, mais voulu par Juan Manuel Santos, et marqué par plus de 60 % d'abstention.
La droite avait orchestré une virulente campagne, brandissant le spectre d'une prise de pouvoir par les marxistes des Farc et d'un "castro-chavisme" inspiré par les régimes cubain et vénézuélien. Les deux parties avaient dû reprendre le chemin de La Havane pour réviser leur copie avant une nouvelle signature.
Un an plus tard, les détracteurs de l'accord, menés par Alvaro Uribe, actuel sénateur et précédent président (2002-2010), ne désarment pas, d'autant plus qu'approchent les élections auxquelles participera la Farc, en mars pour les législatives et mai-juin pour la présidentielle.
"Il n'y a que la lutte armée"
"Les gens ont la mémoire très courte. Ils ont oublié comment c'était avant", a pour sa part déploré Juan Manuel Santos, qui a salué le "désarmement exemplaire" des 7 000 combattants des Farc et veut une "paix complète" en négociant avec l'Armée de libération nationale (ELN). Mais certains des combattants de l'ELN, la dernière guérilla de Colombie, sont sceptiques.
"Pour nous il n'y a que la voie armée car les voies légales sont fermées en Colombie", a déclaré à l'AFP le commandant "Uriel" du Front de guerre occidental Omar Gomez, qui opère dans le département du Choco, sur la côte Pacifique, corridor stratégique du trafic de cocaïne, dont la Colombie reste le premier producteur mondial.
Le cessez-le-feu bilatéral, observé par l'ELN pour la première fois en plus de cinquante-trois ans de rébellion, arrive à échéance le 9 janvier.






