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Décès du sociologue Michel Verret

Brève publiée le 11 janvier 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Page wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Verret

https://humanite.fr/reactions-au-deces-du-sociologue-michel-verret-646550

D’abord philosophe communiste proche d’Althusser, membre du comité de rédaction de la Nouvelle critique, adhérent du PCF de 1944 à 1978, l’un des initiateurs de la sociologie de la classe ouvrière à Nantes et fondateur du Lerco est décédé à l’âge de 90 ans. Le chercheur en sciences sociales est l’auteur d’ouvrages de références sur le logement, le travail mais il a également mené d’importants travaux sur la pédagogie et sur les religions. Nous publions les premières réactions.

Lucien Séve, philosophe : « Michel Verret, une pensée en dialogue avec la vie »

« Pour moi que sa mort bouleverse, Michel Verret aura été un magnifique exemple de mariage réussi entre haute culture et passion de changer la vie. D’autres diront mieux que je ne saurais faire ses apports majeurs de sociologue, particulièrement ce qu’il a apporté à notre intelligence d’une classe ouvrière que n’ont nullement fait disparaître ses métamorphoses des dernières décennies.

Moi qui eus la chance d’être longuement son ami depuis notre compagnonnage des années 1960 au Comité de rédaction de La Nouvelle Critique, je veux dire que s’il devint grand sociologue – jeune philosophe contraint comme maints autres par l’anticommunisme dominant de l’époque à une réorientation disciplinaire –, c’est en investissant dans sa recherche les ressources culturelles les plus diverses, artistiques autant que conceptuelles et politiques, dont il était si riche. Celles qui fleurissent dans son livre de 1961 aujourd’hui toujours stimulant pour la réflexion et l’action Les marxistes et la religion. Celles du militant pénétrant qui esquissa en 1967, dans Théorie et politique, la première vraie analyse marxiste en France du phénomène stalinien. Dans la foulée, celle du critique lucide de la direction du PCF à travers l’humour corrosif de ses Dialogues pédagogiques, que je fis paraître aux Editions sociales en 1972. Et tout au long de son existence, que n’épargna pas le drame, celles qui s’exprime de poignante manière par exemple dans ses Dialogues avec la vie (1999) – dialogue est un mot-en-acte qui aura sous-tendu toute sa création.

Le faire-savoir et faire-valoir médiatique étant ce qu’il est aujourd’hui, il revient à ceux qui ont connu, aimé, immensément estimé Michel Verret de le dire: nous venons de perdre une des grandes intelligences de la France contemporaine. Ses œuvres restent, auxquelles on souhaite que viennent s’ajouter des republications. Il est peu de lectures dont on puisse attendre un aussi vif enrichissement. »

Loic Le Gac, Amis de l’Humanité café de Nantes : « Attentif à l’Huma »

« Analyste du stalinisme au temps où il était philosophe et membre du comité de rédaction de la Nouvelle critique, sociologue de la classe ouvrière, fondateur à l'Université de Nantes du département de sociologie, puis du LERSC0 (Laboratoire d'études et de recherches sociologiques de la classe ouvrière) on sait moins qu'il est aussi l'auteur du concept de transposition pédagogique, dont ses collègues des IUFM d'hier ou des ESPE d'aujourd'hui oublient souvent de lui attribuer.

Il était attentif à L'Huma et aux activités de L'Huma café de Nantes, bien que sa santé ne lui permettait pas d'être physiquement présent. Il n'était plus membre du PCF ces dernières années, mais m'avait-il dit "Je n'ai plus la carte mais je suis toujours membre d'honneur". »

Jean-Michel Faure et Charles Suaud, sociologues : « Pour Michel Verret »

« Michel Verret est décédé hier, mardi 28 novembre. Sa disparition affecte doublement les enseignants-chercheurs du département de sociologie de Nantes : nous perdons un intellectuel engagé, grand théoricien marxiste de la classe ouvrière et, avec lui, s’en va celui qui a inscrit la sociologie comme discipline enseignée et pratiquée à l’université de Nantes.

Michel Verret nous a quittés 50 ans exactement après avoir créé avec Jean-Claude Passeron, en octobre 1967, le département de sociologie de Nantes. Quand il arrive à l’université, il a l’aura du professeur de philosophie en classes préparatoires au lycée Clemenceau et il s’est imposé comme intellectuel communiste soucieux de mettre la théorie au service des classes populaires et refusant obstinément que le marxisme soit rabattu à l’état de doctrine kidnappée par une bureaucratie de parti. Cette exigence ne le quittera pas.

Sa venue à l’université est pour lui un nouveau départ. Sa collaboration avec Jean-Claude Passeron – au moment où celui-ci est impliqué dans une redéfinition du « métier de sociologue » (publié en 1968) – va lui permettre de donner toute sa mesure à la culture marxiste qu’il maîtrise parfaitement. A travers elle, Michel Verret va apprendre à investir la théorie dans des travaux empiriques qui seront hébergés dans le cadre d’un laboratoire inédit en France, consacré à la sociologie de la classe ouvrière, le Lersco. Créé en 1972, celui-ci devient laboratoire associé au CNRS en 1974, fortement soutenu par Henri Mendras. Cette association, résultant des socialisations antérieures à l’Ecole normale et rendue possible à un moment où la discipline était en pleine reconstruction, a donné le caractère très particulier pour l’époque d’un département où la recherche alimentait l’enseignement et qui était largement ouvert au monde, notamment avec les nombreuses thèses de 3ème cycle que Michel Verret a fait soutenir au bénéfice d’étudiants africains. Comment également ne pas évoquer le Michel Verret enseignant. De ses stocks de fiches sortait de manière étonnamment lumineuse l’enchaînement des concepts du Capital de Marx ou de La pensée chinoise de Granet !

Sur fond des transformations sociales, les directions qui se sont succédé ainsi que les recrutements de plus en plus nombreux ont contribué à élargir la palette des enseignements et des recherches. Mais le plus remarquable est que toutes ces activités portent aujourd’hui les marques des premières années : le souci d’une exigence théorique et une focalisation sur la sociologie des classes populaires et des modes de domination. Si le département de sociologie de Nantes a une image de marque en France, cela est dû à cette continuité dans le changement, sur fond de ce que furent les premières années.

Michel Verret restera connu pour sa trilogie sur l’espace, le travail et la culture ouvrière  (Armand Colin, 1979, 1982 et 1984). Fortement charpentés théoriquement, alimentés par les thèses et les données INSEE mises en forme par Joseph Creusen, écrits dans une langue très personnelle, ces trois livres sont devenus une référence. Les travaux de Michel Verret sont animés par ce style si remarquable, vif, rythmé, clair qui concilie souvent le chiffre et la poésie. Il terminait ainsi le second livre sur le travail ouvrier :

Avenir de la classe ouvrière : ce qu’elle en fera …

  Noir, c’est le désespoir

  Blanc, c’est le rêve

  Rouge, c’est la colère.

Rouge, blanc, noir, l’histoire n’a pas de couleurs pures. Dans le nuancier du Temps, chaque époque a sa couleur.

  Lecteur, tu es un peu peintre aussi…

Michel Verret était un homme droit : intellectuel aux convictions chevillées au corps, conscient des enjeux sociaux et politiques de la théorie, prenant la sociologie comme un outil de libération. Derrière sa rigueur qui frappait au premier regard, s’exprimait une très grande chaleur humaine. Cette fraternité de classe qui transparaît dans ses écrits, il la partageait pleinement  avec ses amis. »