[RSS] Twitter Youtube Page Facebook de la TC Articles traduits en castillan Articles traduits en anglais Articles traduits en allemand Articles traduits en portugais

Agenda militant

    Actualités et analyses [RSS]

    Lire plus...

    Newsletter

    Twitter

    Retour de bâton à droite en Grèce: Sur la question gréco-macédonienne

    Grèce

    Brève publiée le 21 février 2018

    Tweeter Facebook

    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.anti-k.org/2018/02/20/retour-de-baton-a-droite-grece-question-greco-macedonienne/

    Par un camarade du NPA qui vit depuis plusieurs années en Grèce et milite à OKDE

    Sur la question gréco-macédonienne,

    compte-rendu des développements récents en Grèce

    Dans le cadre des grandes manœuvres de l’UE et de l’OTAN visant à renforcer l’intégration des Balkans au dispositif stratégique occidental, la question gréco-macédonienne vient de connaître un coup d’accélérateur. La perspective de l’intégration de l’ARYM (en anglais FYROM) ou République de Macédoine à l’OTAN à brève échéance a poussé les gouvernements grec et macédonien à relancer le processus de négociation autour du nom de l’État macédonien contesté par la Grèce, sous le patronage des USA.

    Pour un recadrage sur l’histoire et les enjeux de ce conflit, au-delà des articles consultables de façon payante sur le site du Courrier des Balkans (https://www.courrierdesbalkans.fr/), on peut se reporter à cet article d’Olivier Delorme, auteur d’une récente Histoire de la Grèce et des Balkans en trois volumes (l’auteur a un fort tropisme pro-grec) : http://lvsl.fr/la-question-macedonienne-peut-elle-faire-tomber-tsipras

    Ce qui nous intéresse dans ce compte-rendu est de faire le point sur les conséquences intérieures en Grèce, à savoir la mobilisation des franges nationalistes via deux démonstrations de rues (Thessalonique le 21 janvier et Athènes le 4 février), et la façon dont les diverses composantes de la gauche et de l’extrême-gauche y réagissent.

    Thessalonique : 21 janvier

    Cette manifestation n’a pas été initiée par la Nouvelle Démocratie elle -même, mais par ses secteurs les plus radicaux et tout ce qui existe à sa droite, l’Église soutenant de facto, tout en déclarant officiellement que contrairement à 1992, « l’heure n’est pas aux manifestations».

    L’intervenant central du rassemblement de Thessalonique a été Frangos Frangoulis, personnage dont le pedigree parle de lui-même : officier de l’armée de terre, ancien membre de l’État-major des armées et ex-ministre de la défense nationale. Ultranationaliste et coutumier des propos belliqueux envers la Turquie. En janvier 2016 il déclare à un média russe que des incidents comparables à ceux de 1996 sont à craindre entre la Grèce et la Turquie si cette dernière persiste à violer le territoire maritime et aérien grec en mer Égée. Il ajoute : « Selon une étude israélienne, (…), en cas de guerre gréco-turque, notre armée de l’air aurait détruit l’aviation turque en 48 heures.»

    Sa dernière prise de position politique notable remontait à l’été 2015, alors qu’il était signataire d’un appel de 65 officiers supérieurs de réserve en faveur d’un vote « oui » massif au référendum. Autour du rassemblement de Thessalonique, l’enjeu intérieur qui était le plus évoqué était la possibilité d’émergence d’un parti de droite concurrent de la Nouvelle Démocratie, et de fait de l’Aube Dorée compte tenu de la dynamique nationaliste qui le sous-tend. Iskra.gr (site officieux du courant Lafazanis, voir plus bas) voit dans la présence de Frangoulis à Thessalonique un révélateur du jeu de l’OTAN, qui promeut un « bouffeur de turcs » acquis à la Troïka au moment où les tensions avec Erdogan sont au plus fort. Des journalistes « mainstream » ont également avancé cette interprétation.

    Athènes : 4 février

    De fait, la ND a été dépassée par le rassemblement de Thessalonique. Mais elle a repris la main dans le cadre du rassemblement athénien, bien que son porte-parole Mitsotakis en ait été absent, car gêné par son positionnement « responsable » de centre-droit qui ne le rend guère crédible pour prendre la tête d’une telle initiative. C’est là aussi la droite de la ND, Samaras et Georgiadis en tête, qui a manœuvré.

    Tout ce que la Grèce comptait de secteurs réactionnaires a convergé à Syntagma, des cars ont été affrétés de province, certains sont même venus de l’étranger… Un article d’Antonis Ntavanelos dans le journal de DEA énumère rapidement les organisateurs : « l’Église, l’ensemble de la droite, l’extrême-droite nationaliste et les néonazis, les organisations macédoniennes et pontiques, les organisations paramilitaires, toute la gamme du « patriotisme » du PASOK, le front des libéraux ennemis de la gauche (de la chaîne de télévision SKAÏ jusqu’au journal « Liberal »)… » La police a parlé de 150 000 personnes, les organisateurs sont allés jusqu’à parler de 1,5 million. Même dans la première hypothèse, il y avait bel et bien la foule.

    L’intervenant principal du rassemblement d’Athènes fut Mikis Theodorakis, 92 ans. Son discours est un naufrage. Par-delà le positionnement on ne peut plus nationaliste sur la question macédonienne elle-même (« la Macédoine était, est, et sera toujours grecque », refus de faire figurer le nom de « Macédoine » dans l’appellation officielle même avec déterminant géographique, proposition d’organiser un référendum en Grèce sur le nom du pays voisin…), il a allègrement jeté des ponts vers l’extrême-droite : il a dénoncé l’actuel gouvernement comme « négateur de la patrie », a dit « mépriser et combattre le fascisme sous toutes ses formes, et avant tout sa plus rusée, perfide et dangereuse, la forme gauchiste »… Les dirigeants de l’Aube Dorée étaient dans le rassemblement, et ont bu du petit lait. Sur les réseaux sociaux, l’extrême-droite montre qu’elle a su apprécier le cadeau à sa juste valeur.

    Pour résumer : du point de vue de l’ambiance et de l’ampleur des manifestations nationalistes, chacun s’accorde à constater que l’on est loin du climat régnant au début des années 1990, quand l’Église, la droite, le PASOK et le Synaspismos avaient participé ensemble aux manifestations de masse contre l’utilisation par l’ARYM du nom « Macédoine » (on parle d’un million de manifestants en 1992). De plus, vu les rythmes exigés par les USA pour avancer en direction de l’intégration de la Macédoine à l’OTAN, la question risque d’être assez vite réglée. Cela étant, ce climat favorable au développement du nationalisme est renforcé par le durcissement relatif de la relation gréco-turque, faite de tensions sciemment entretenues autour de l’espace maritime et aérien grec en mer Égée et de contestation de la zone maritime exclusive de Chypre, où des compagnies occidentales (dont Total) prospectent des gisements de gaz. Tout ceci concourt à déporter l’attention vers les questions « nationales » et la détourne de la lutte contre l’austérité. Et révèle des différences d’approche fondamentales entre composantes de la gauche sur ces sujets.

    LAE / Unité populaire, courant de Lafazanis souvent dit « Courant de Gauche »

    La ligne de ce courant est très opportuniste et flirte ouvertement avec le nationalisme, sous couvert de dénonciation de l’impérialisme. On a pu craindre un soutien ouvert aux manifestations, qui n’a finalement pas été formulé. Ceci dit des militants du Courant sont descendus à Thessalonique.

    • Résumé de l’article d’Andreas Zafiris, gr, 21/01/2018. (les passages en gras le sont dans les articles d’origine) :

    L’OTAN joue en Grèce un jeu organisé autour de trois lignes : le réalisme (gouvernement et institutions officielles), le nationalisme « bouffeur de turc » incarné par Frangoulis, et le « cosmopolitisme rose » (!) visant à désarmer la gauche de toute logique de rupture face au système. L’article conclut :

    « Face aux trois lignes OTANiennes, la gauche devra établir son propre agenda. Dans un pays où les dimensions de classe, le social et le national sont dialectiquement connectés, la gauche se doit de rechercher dans ses racines EAMiennes une ligne de classe/anti-impérialiste constante.

    Faisant front face au nationalisme, au « réalisme », au cosmopolitisme, elle doit élaborer sa propre proposition et, ce qui est le plus important, prendre des initiatives politiques et mobilisatrices.

    Avec pour ligne centrale « Aucun accord avec l’ARYM sous la tutelle de l’OTAN » et « L’OTAN hors des Balkans – la paix dans la région – Faire front contre tout irrédentisme », et des initiatives à tous niveaux appropriés, elle le peut. Elle peut – même tardivement – revendiquer sa place historique dans les développements à venir. »

    A noter : Andreas Zafiris est également l’un des principaux animateurs de la campagne antifasciste de solidarité avec l’Ukraine orientale.

    • Toujours sur gr, un article du 06 février (signé Dimitris Belis) résume la position du Courant.

    Il revendique d’abord de la part d’Iskra la pleine conscience du problème posé par l’irrédentisme de l’ARYM, se vantant même de le connaître « de première main », du fait des liens passés avec la Yougoslavie socialiste. L’article insiste: « Et c’est cet irrédentisme, avec ses prolongements institutionnels, que nous considérons comme un problème avec le pays voisin, et pas seulement le nom. » Balayant d’un revers de main l’argument de la faiblesse de l’État macédonien, Belis affirme qu’en cas d’alliance de ce dernier avec « une plus grande puissance de la région ou une grande puissance impérialiste internationale, il peut se muer en menace, bien sérieuse ».

    Toutefois, invitant à considérer la forêt plutôt que l’arbre, Belis rappelle que le pays dans son ensemble est vendu au capital étranger par la politique des mémorandums au point de se trouver en situation d’occupation, et qu’il conviendrait de se rassembler contre cela plutôt que sur l’affaire macédonienne. Il fait le point sur les expulsions qui ont lieu dans le cadre de la mise aux enchères de maisons appartenant à des ménages insolvables, et sur l’appauvrissement global de la population.

    Il s’étonne ensuite que personne ne se rassemble contre « l’agressivité inédite de la Turquie », la « provocation et la barbarie turque », dressant la liste des menaces que cette dernière fait peser envers la Grèce. De même, « le nationalisme albanais qui revendique la Chameria (région frontalière avec la Grèce NdT) » ne fait l’objet d’aucune réplique. Belis ne comprend donc pas cette focalisation sur le nom de la Macédoine, qu’il interprète comme une diversion gouvernementale.

    Cap vers la liberté – Zoï Konstantopoulou

    Un communiqué de Z.K. au lendemain de la manifestation de Thessalonique dit ceci : « Aujourd’hui à Thessalonique, des centaines de milliers de citoyens ont manifesté. En défense de la dignité et de notre patrie. » La suite est à l’avenant. Elle dénonce la propagande gouvernementale visant à empêcher la tenue du rassemblement ou d’en minorer l’importance, tout en comparant la situation à celle du référendum de 2015. L’idée est qu’en s’opposant à ce rassemblement, SYRIZA prouve en quelque sorte qu’il est passé dans le camp du « oui ».

    « Je soutiens notre droit à tous de manifester pour notre patrie.

    Et je suis avec tous ceux qui ont aujourd’hui exprimé la réelle inquiétude de nous tous pour notre pays, qui est bradé morceau après morceau par les traîtres. »

    Le dernier paragraphe vise à disputer la paternité politique du rassemblement aux fascistes, à l’extrême-droite, aux franges extrémistes de l’Église ou de l’armée, et nie au gouvernement le droit de négocier.

    « Le pays sera défendu, comme cela c’est toujours produit dans notre histoire, par les citoyens. Ceux-là même qui défendront la démocratie. Nous. »

    Jusqu’à la veille de la seconde manifestation (à Athènes), il a été question que Konstantopoulou soit présente à la tribune et y prenne la parole. Cela n’a finalement pas eu lieu. Le lendemain elle a commis ce post sur Facebook :

    « Aujourd’hui les citoyens ont parlé.

    Par leur présence massive, pacifique et grandiose.

    Aujourd’hui les citoyens ont amené les fascistes à ressembler à de sinistres fourmis. Plutôt qu’à des leaders, comme persistent à les présenter certains, soi-disant « de gauche », ce qui aboutit à faire d’eux-même des fascistes.

    Aujourd’hui Mikis a parlé, comme patriote et internationaliste.

    Comme véritable homme de gauche.

    Qui aime sa patrie et reconnaît aux autres peuples le droit d’aimer leur propre patrie.

    Aujourd’hui Giorgos Kasimatis a parlé, comme défenseur conséquent de la Constitution, de la Démocratie et de la souveraineté populaire. Qui combat les mémorandums inlassablement depuis 8 ans. Je suis fière des combats que nous menons ensemble.

    Aujourd’hui a été écrite une page d’histoire, parmi les nombreuses qui suivront.

    Le peuple l’a écrite.

    Ce peuple fier et insoumis.

    Qui ne se trompe pas.

    Aujourd’hui, rien que du respect pour ce peuple.

    Petit et si grand. » 

    Ses interventions sont en fait très peu axées sur le fond, il est même difficile de déceler une proposition ou une ligne concernant les négociations avec de la Macédoine. Il s’agit surtout d’un positionnement très tactique, opportuniste, visant à mettre le gouvernement en difficulté par la rue quel que soit le sujet. Elle donne dans l’hyper-patriotisme tout en convoquant le souvenir des rassemblements de 2011, du référendum de 2015, etc. La rhétorique souverainiste sert de liant à tout cela.

    Cap vers la Liberté est une véritable coquille vide, lancée il y a quelques mois en présence de J-L Mélenchon. Mais Z. Konstantopoulou, en tant qu’ex-présidente de l’Assemblée Nationale, reste une figure médiatique qui a une certaine surface.

    KKE

    Il a condamné les rassemblements, ce qu’il avait déjà fait en 1992, dénonçant une diversion. La rhétorique anti-OTAN et anti-UE reste l’élément dominant de son argumentation. Le secrétaire général Dimitris Koutsoumbas a publiquement défendu une solution proche de celle défendue par le gouvernement, à savoir une dénomination incluant le nom « Macédoine » et un déterminant géographique.

    Le  communiqué du KKE est à lire ici en français :

    http://fr.kke.gr/fr/articles/Declaration-du-KKE-sur-les-developpements-concernant-lARYM/

    Extrême-gauche

    L’organisation maoïste KOE, anciennement partie prenante de SYRIZA et depuis indépendante, a appelé à participer aux rassemblements et est descendue dans la rue. Ils ne l’avaient pas fait en 1992.

    La position de DEA est résumée ici :

    https://alencontre.org/europe/grece/grece-a-propos-des-manifestations-sur-le-nom-de-la-macedoine.html

    Une partie de l’EG a en gros défendu une ligne tournant autour de deux grands axes : condamnation du nationalisme et donc des rassemblements, et soutien à une solution aboutissant à un nom composé avec déterminant géographique, soit la position défendue par le gouvernement. Il s’agit de la majorité du NAR, de Ksekinima (CIO), des plus petites composantes d’ANTARSYA (EKKE…).

    Le communiqué commun d’ANTARSYA est le fruit d’un compromis qui ne pouvait guère être meilleur : au-delà de la condamnation du nationalisme, il affirme que la Grèce ne peut pas être le parrain des Balkans et que la Macédoine doit pouvoir choisir son propre nom. Défendue par l’OKDE-Spartakos et le SEK, la position internationaliste a pu s’imposer grâce au poids de ce dernier. A noter : le NAR a repris le communiqué sur son site et n’a pas tenté d’imposer de son côté une ligne concurrente.

    L’OKDE-Spartakos revendique la reconnaissance du nom constitutionnel de l’ARYM, à savoir « République de Macédoine ». Tout en soutenant le compromis élaboré dans le cadre d’ANTARSYA, elle a défendu d’autres axes, tels que la reconnaissance par la Grèce de la minorité slavo-macédonienne présente dans le nord du pays (estimée à 40 à 70 000 personnes), et l’organisation d’un contre-rassemblement le 4 février à Athènes. Cette idée a été globalement rejetée, y compris par le SEK qui était désireux de s’en tenir au compromis interne à ANTARSYA et à préserver les équilibres en son sein.

    L’OKDE-Sp s’est donc adressée à des organisations partageant la position de l’auto-détermination du nom de la Macédoine. En premier lieu l’EEK (trotskyste) et l’ONRA (réseau issue d’une scission récente de l’organisation de jeunesse de SYRIZA), avec lesquelles un communiqué commun avait déjà été signé. Mais aussi la gauche du NAR, Rossinante (libertaires proches d’AL en France), la Tendance Communiste (TMI, trotskystes), et quelques secteurs de l’anarchisme. DEA et le SEK, quoique d’accord sur le fond, étaient très frileux vis-à-vis de cette initiative. La manifestation a eu lieu le 4 février à Athènes, et a réuni environ 2000 personnes. En fait plusieurs réseaux militants se sont surtout concentrés sur la protection des locaux, squats, lieux d‘hébergements de réfugiés, tout le temps qu’a duré la présence massive des nationalistes à Athènes. La crainte que des attaques aient lieu, à Exarcheia ou autre, était forte mais ne s’est pas traduite dans les faits.

    Dans la continuité de cette initiative, une autre mobilisation internationaliste est prévue pour le 24 février. Elle risque d’être très limitée, mais elle sera suivie d’un meeting le 02 mars.

    D’autre part, dès la manifestation de Thessalonique, des textes communs ont été signés par diverses organisations, certains à la fois par ANTARSA dans sa totalité, DEA-Red Network et d’autres organisations de la gauche radicale. Ils sont assez généraux, rappellent simplement que les rassemblements sont en contradiction avec les intérêts populaires, resituent la question macédonienne dans leur perspective géopolitique (rôle de l’OTAN et de l’UE dans les Balkans…), revendiquent la paix, l’unité des travailleurs et des peuples des Balkans… Ces appels évacuent les points sensibles (notamment la question du nom) et ne s’inscrivent pas dans une dynamique de mobilisation commune. Pour autant, l’OKDE-Sp. les a signés.