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Mayotte : les barrages maintenus et le dialogue «rompu»
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
La ministre des Outre-Mer et les leaders des manifestants pensaient être parvenus à un accord : les habitants l’ont refusé et maintiennent la pression.
Il a dû jurer sur le Coran tendu par des foundis, ces exégètes du Livre très écoutés à Mayotte, où 95% de la population est de confession musulmane. Jurer qu’il ne trahirait plus le mouvement. Fatihou Ibrahim, un des leaders du Collectif de citoyens, avait en effet promis mardi soir, après cinq heures de réunion avec la ministre des Outre-Mer, que les barrages seraient levés. Mais les habitants, qui depuis près d’un mois, paralysent le département pour protester contre l’insécurité et l’immigration clandestine, ont refusé de dégager les routes, encombrées de pneus, troncs d’arbres, tubes métalliques, palettes… Alors, le porte-parole du mouvement, dont le crâne est traversé par une large cicatrice, suite à un coup de chombo («machette») assené par des individus venus cambrioler sa maison, ne parle plus «d’avancées réelles», à propos des mesures sécuritaires annoncées par Annick Girardin. Il évoque au contraire «le mépris» de la ministre, revenue à Paris entre-temps…
Conséquence : jeudi, il était toujours impossible de circuler sur l’île et les établissements scolaires restaient déserts. Le Collectif veut maintenir la pression et perturber la tenue de l’élection législative partielle ce dimanche. Lundi, les barrages pourraient être levés pour soulager les acteurs économiques. Mais un porte-parole évoque dans un même temps le recours à des camions pour bloquer un lieu plus stratégique… comme l’aéroport.
«Banga»
Ce chaos, Mahafoudhou, torse nu malgré la pluie, le contemple depuis les hauteurs de Manga Télé, un bidonville accroché à une colline de Kawéni, en banlieue de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. Le jeune homme, qui gâche du ciment pour agrandir son banga, une cahute en bois et tôle plantée près d’un torrent de boue, ne participe pas au mouvement. Ses deux parents sont Comoriens, sa mère n’a aucun papier, mais Mahafoudhou est français, puisque né à Mayotte. Le jeune homme espère terminer un bac pro en organisation et réalisation de gros œuvre, et trouver du travail «comme ingénieur». Comme la plupart des habitants, il accuse les immigrés clandestins, venus des Comores voisines, de tous les maux. «Ils frappent pour rien», lâche-t-il. A Mayotte, près de la moitié de la population est de nationalité comorienne, et 74% d’entre eux sont en situation irrégulière…
Bagages
Histoire de montrer que le gouvernement a entendu l’exaspération de la population, les gendarmes et policiers ont multiplié les contrôles d’identité, jeudi au petit matin, en prenant soin d’inviter les journalistes à couvrir ces opérations. Le Collectif avait déposé un «ultimatum» pour que l’Etat démantèle les bandes des quartiers… De leur côté, les trois experts venus dans les bagages de la ministre, et restés sur place, ont tenté de renouer le contact avec les grévistes. Parmi eux, Jean-Jacques Brot, ancien préfet de Mayotte qui a laissé un souvenir, controversé, de lutte musclée contre l’immigration. Mais la réunion à Tsingoni, sur la côte ouest de l’île, a tourné court. «Les experts n’ont pas mandat pour négocier au nom du gouvernement, le dialogue est rompu», estime un des porte-parole. Et de conclure, plus désabusé que menaçant : «La plaie béante de Mayotte va encore saigner»…




