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Quel est l’impact des grèves sur l’économie ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Quel est le coût, pour l'économie française, de la grève générale de demain et de celle, larvée, de la SNCF d'avril à juin à raison de deux jours par semaine ? Selon des économistes interrogés par Challenges, l'impact d'une journée de grève est très faible et celui d'une grève longue (et suivie), s'il n'est pas forcément négligeable, sera absorbé le trimestre d'après. Explications.
En terme de prévisions de grève, ce printemps 2018 s'annonce particulièrement chargé. Cheminots, fonctionnaires (enseignants, personnels de santé, etc.), retraités ou encore contrôleurs aériens vont battre le pavé dès ce jeudi 22 mars. Un mouvement social de grande ampleur, qualifié de "grève générale", qui devrait agiter l'Hexagone, engendrer quelques perturbations (de trafic, notamment) et... avoir un coût pour l'économie française ? Non, répondent en choeur les économistes interrogés par Challenges.
"L'impact d'une journée de grève, considérée isolément et dans un secteur donné, est a priori très faible et n'est sans doute pas décelable au niveau macroéconomique" estime Julien Pouget, directeur du département de la conjoncture de l'Insee. Même son de cloche du côté de Matthieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE pour qui "une grève ponctuelle reste un épiphénomène à l'impact extrêmement limité sur la croissance".
Contrairement à l'épisode neigeux de février dont le coût était estimé entre 400 et 500 millions d'euros par jour, l'impact d'une journée de grève générale sur l'économie française serait donc bien moindre. Une théorie contestée par Frédéric Gonand, professeur d'économie à l'Université Paris Dauphine. Selon lui, "l'équivalent d'une journée de grève générale en Ile de France, c'est de l'ordre de 150 millions d'euros de pertes économiques". Sachant que la région parisienne représente environ 30% du PIB français, ces pertes s'élèveraient à 500 millions d'euros par jour sur l'ensemble du territoire.
Deux méthodes de calcul différentes
Si Frédéric Gonand est en désaccord avec les experts de l'Insee et de l'OFCE, c'est simplement parce qu'il utilise une autre méthode de calcul. "Il y a deux types d'estimations : celles qui mesurent les effets sur le bien-être et celles qui mesurent l'effet sur la croissance" dévoile Frédéric Gonand. S'il n'est "pas illégitime", selon lui, "que l'Insee calcule des coûts sur le PIB" parce que c'est "quand même une métrique importante pour le décideur", il considère également que "ce n'est pas la meilleure façon de procéder car ce genre de calcul n'est pas toujours pertinent".
Il détaille ensuite son raisonnement à travers un exemple simple : "Quand les gens se mettent à consommer beaucoup de carburant parce qu'il y a une grève des transports, ça fait plus de consommation, donc plus de PIB mécaniquement". Autrement dit, "dans la mécanique comptable du calcul du PIB, vous pouvez compter comme étant favorable quelque chose qui, en réalité, ne l'est pas". Pour cette raison, lui privilégie l'évaluation du coût économique d'une grève en "bien-être et dépenses contraintes" (dépenses en carburant donc mais aussi les pertes d'heures de travail ou l'augmentation de la pollution de l'air qui pèse, selon une étude publiée dans la Harvard Business Review, sur la productivité).
L'effet des grèves longues sur la croissance
Pour pouvoir dire si une grève générale (ou larvée) a un impact négatif sur l'économie française, il faudrait déjà être capable de calculer précisément son coût. Pas une mince affaire. "C'est toujours difficile d'évaluer les effets des grèves car il faut être capable de dire comment l'économie se serait comportée s'il n'y avait pas eu les grèves" explique Mathieu Plane. Sachant que l'évolution d'une économie est évidemment multi-factorielle, tout l'enjeu consiste à isoler les effets dus à la grève. Et s'il est "assez facile de le voir dans le secteur des transports", l'économiste estime "plus compliqué, le calcul des effets de diffusion sur les autres secteurs".
Pour les experts de l'Insee et de l'OFCE, une étude fait référence pour le calcul des coûts liés à une grève : la note de conjoncture publiée par l'Insee en 2007 (encadré page 16 à 18 intitulé "Impact des grèves dans les transports sur l'activité du quatrième trimestre de 2007"). "Pour chacune des séries considérées (grèves larvées de 10 jours en 2007 et de 22 jours en 1995, ndlr), l'effet de la grève est mesuré par l'écart entre la production effectivement observée et une estimation de la production qui aurait potentiellement été réalisée en l'absence de grève. Celle-ci est basée sur une extrapolation de la tendance, nécessairement approximative" précise l'étude.
Julien Pouget décrypte : "Aux effets directs d'une grève (dans les secteurs potentiellement concernés comme le transport ferroviaire) peuvent s'ajouter des effets indirects, sur la production manufacturière et la consommation par exemple. Mais une partie de l'impact peut être compensée par substitution: par exemple, le transport routier de marchandises peut voir son activité augmenter". La note de l'Insee souligne d'ailleurs que ces effets indirects sont estimés "avec moins de précision que les effets directs".
Historiquement, une grève larvée coûte entre 40 et 50 millions d'euros par jour
Si, on l'aura compris, cette estimation est complexe et approximative, l'Insee donne tout de même des chiffres. "En 1995, la grève aurait amputé la croissance trimestrielle du PIB de 0,2 point" tandis que "les grèves de l'automne 2017 auraient réduit la croissance du PIB de 0,1 point au quatrième trimestre", soit 400 millions d'euros. L'étude spécifie par ailleurs qu'au total "l'intensité de la grève de 2007 peut être estimée à environ 40 % de celle de 1995". Cette dernière aurait donc coûté environ un milliard d'euros. Une simple règle de trois nous permet donc d'en déduire le coût journalier : de l'ordre de 40 millions d'euros en 2007 contre 50 millions en 1995.
Ces pertes, relativement faibles à l'échelle de l'économie française seraient d'ailleurs absorbées dès le trimestre suivant. "On n'observe pas d'impact durable (lié à ces grèves, ndlr) sur l'économie confirme Julien Pouget, car en général on assiste à un rebond au trimestre suivant la grève, une partie de l'activité économique étant simplement décalée". "Ces effets de rattrapage trimestriel ne rentrent en compte que lorsqu'il y a une grève larvée avec une dizaine de jours de grève" souligne Mathieu Plane.
L'économie (et la croissance) françaises n'auraient donc rien à craindre ? Mathieu Plane nuance : "La problématique se pose surtout sur le fait que ça arrive au moment où le gouvernement prend des mesures fiscales qui pèsent sur le pouvoir d'achat (essence, hydrocarbures, fiscalité du tabac, CSG, etc.). L'assemblage de ces mesures, à laquelle vient s'ajouter la grève, pourrait un peu heurter l'économie, ça peut créer des aléas conjoncturels qui viennent se superposer à la temporalité fiscale des mesures et créer une forme de climat de défiance. Et ça, on a du mal à le mesurer..." développe t-il. "Est-ce que ces grèves jouent sur l'image de marque du pays, sur l'attractivité ? Peut-être" s'interroge par ailleurs Mathieu Plane.




