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Ludivine Bantigny: "Il faut garder de 68 l’imagination politique et la puissance de la créativité"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Suite de notre semaine consacrée à Mai-68, l’historienne Ludivine Bantigny, auteure de 1968 - De grands soirs en petits matins aux Editions du Seuil est l’invitée de La Midinale.
Sur le 9 mai 1968 : Aragon hué à La Sorbonne
« Il y avait une méfiance d’une tradition stalinienne, dont se réclamait Louis Aragon dans une certaine mesure. »
« C’est un épisode très chargé politiquement et un peu triste aussi parce qu’Aragon venait tendre la main aux étudiants mobilisés. »
« On retrouve un clivage assez radical sur la question de la stratégie et des perspectives d’avenir dessinées d’une part par les communistes et d’autres part par les groupes révolutionnaires. »
Sur ce qu’il faut garder et oublier de Mai-68
« Il faut garder de 68 l’imagination politique et la puissance de la créativité. »
« On ne peut rien oublier de 68 parce que le moment historique doit demeurer dans sa complexité. »
« On aimerait oublier la défaite qu’a représenté dans une certaine mesure 1968 : que cette grève générale de 10 millions de personnes qui s’arrêtent de travailler débouchent sur des résultats assez minces. »
Sur les acteurs de Mai-68
« Les historiens avaient parlé de ‘rencontres improbables’ et c’est vrai qu’on en trouve partout de ces rencontres entre des mondes sociaux qui jusqu’à présent dialoguaient assez peu : les agriculteurs, les salariés, les chauffeurs de taxi, les danseurs de l’Opéra, des employés de magasins, des chèques-postaux, ouvriers, lycéens. »
Sur la période pré-68
« 1967 est une période de pic de grèves notamment la Rhodiacéta qui est une grève très importante à Besançon, à Lyon, c’est la première occupation d’une usine.
« On se bat à ce moment-là pour des revendication salariales parce que les salaires sont très bas, les inégalités sont très fortes, les cadences élevées et la pression sur la productivité est très dense. »
Sur la question des affects en 1968
« Quand on s’engage on le fait parce qu’on a un moteur d’émotion : de joie, de colère et d’indignation, et qu’il s’agit de ne pas opposer à l’intelligence et la rationalité. »
« Il y a une intelligence émotionnelle qui nous fait agir et qui nous fait nous engager politiquement. »
Sur les clichés de Mai-68 : la révolution sexuelle
« On s’est surtout arrêté sur des slogans qui étaient très beaux, très puissants, qui étaient poétiques et politiques. »
« La sexualité en 1968 n’est pas encore un enjeu politique très largement partagé au sein de la contestation. »
Sur le message politique de Mai-68
« Il y a des utopies concrètes. Ce sont des mondes possibles qui s’ouvrent en 68. »
« Il y a une aspiration à changer la vie, c’est ça qui structure 68. »
« Il y a une promesse révolutionnaire qui se dessine en 1968 : certains commencent à se poser la question de l’autogestion, se passer de patron et de démocratie directe. »
« 1968, même s’il y a eu une véritable aspiration révolutionnaire, ne peut pas être considéré comme une révolution au sens classique et historique du terme. »
« Il n’y a pas eu de changement de gouvernement, le président de la République reste en place, les institutions de la Ve ne sont pas ébranlées et le ‘capitalisme assassin’ qu’on retrouve sur les affiches des ateliers populaires n’est pas ébranlé. »
« Il y a eu une sorte de révolution anthropologique parce que c’est une révolution de la prise de parole, de la dignité qui a des conséquences très profondes encore aujourd’hui et dont nous sommes les héritiers. »
Sur les liens entre néolibéralisme et Mai-68
« Il y a un vrai contresens historique mais qui est pratiqué avec une fonction politique bien précise de disqualification, de dénigrement de 68, chez ceux qui ont peur que quelque chose resurgisse : c’est l’idée que 68 a débouché sur l’individualisme ou le néolibéralisme. »
« Il y a une forme de récupération d’idées qui étaient à l’opposé du néolibéralisme, du marché comme valeur absolue, de la compétition et de l’individualisation des rapports de production : cette idée, c’était ’soyons plus autonome’. »
« 1968 est une aspiration très collective à l’émancipation. »
Sur le mouvement social aujourd’hui
« Etant donné qu’on danse sur un volcan, on a envie d’imaginer et d’espérer que des changements profonds dans un sens de l’émancipation collective sont possibles. »




