[RSS] Twitter Youtube Page Facebook de la TC Articles traduits en castillan Articles traduits en anglais Articles traduits en allemand Articles traduits en portugais

Agenda militant

Actualités et analyses [RSS]

Lire plus...

Newsletter

Twitter

Mai 68, le pouvoir à portée de main

mai68

Brève publiée le 12 mai 2018

Tweeter Facebook

Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.gaucherevolutionnaire.fr/mai-68-le-pouvoir-a-portee-de-main/

L’année 1968 était révolutionnaire. En France, la grève générale ouvrière coïncida avec la révolte étudiante. Le régime gaulliste trembla, alors qu’une occasion de renverser le capitalisme était en train de se produire. Qu’une grève générale ouvrière comme celle de Mai 68 puisse éclater dans une société capitaliste industrialisée est un cauchemar pour la classe dirigeante française.

Les anciens animateurs du mouvement étudiant marchent avec Macron : Cohn Bendit, Geismar, Goupil… Alors que la récession économique mondiale a fait d’énormes dégâts, ce ralliement en dit long : la situation politique est si instable que les agitateurs d’hier se raccrochent au radeau Macron sur une mer agitée. Car la tempête arrive, comme celle de mai 1968 a grossi tout le long des années 1960.

Le contexte international de la fin des années 1960 est marqué par des luttes étudiantes un peu partout, une agitation sociale et politique dans de nombreux pays : Pologne, USA, en passant par le « printemps » de Prague ou le Pakistan… En France, dans les lycées et les Universités,une partie de la jeunesse s’organise et s’engage : contre un avenir bouché symbolisé par une instauration de la sélection dans l’Éducation et à l’Université (le plan Fouchet), contre la guerre au Vietnam mais aussi contre l’ordre moral et les brimades.

Un tiers de la population a moins de 20 ans. De 1966 à 1968 fleurissent des comités contre les « lycées caserne ». En 1967, des mobilisations d’étudiants et lycéens contre le plan Fouchet ont lieu, de même que de grandes journées de grève ouvrières contre les attaques de de Gaulle
sur la Sécurité sociale. Mai 68 arrive après des années de croissance économique appelées plus tard les « trente glorieuses », ce qu’elles n’étaient pas. Même si les revenus réels augmentaient, les salaires restaient très bas (surtout comparé à la Grande-Bretagne et l’Allemagne), l’appareil industriel était peu modernisé, et les cadences de travail étaient terribles. La durée légale du travail était de 40h, mais elle était en moyenne de 46h08 dans l’industrie mécanique par exemple. Dans des usines, des milices patronales quadrillaient les ateliers.

De Gaulle, arrivé au pouvoir le 13 mai 1958 au moyen d’un coup de force, s’attaque à la classe ouvrière en France. Les grèves sont durement réprimées, les défilés du 1er mai interdits à Paris. Le nouveau boom industriel se fait au moyen d’un régime autoritaire et répressif. L’État et le grand patronat développent l’industrialisation en province pour éloigner les usines des grandes villes et des syndicalistes, et recruter une main d’œuvre rurale et peu politisée. Mais c’est pourtant là, à Redon, Montbéliard en 1967, à Caen en janvier 1968, que les ouvriers en grève affrontent la répression policière, avant même les barricades parisiennes de mai.

Les étudiants se révoltent

Suite à l’arrestation d’étudiants lors d’une manif contre la guerre au Vietnam, la tour administrative de l’Université de Nanterre est occupée le 22 mars. Les étudiants réclament des locaux, des allocations et la mixité des cités universitaires.

Le 2 mai, l’université est fermée, les étudiants vont à la Sorbonne et tiennent un meeting de l’UNEF. La police y pénètre après une provocation fasciste et arrête 574 étudiants. Dès lors, avec le soutien des enseignants du SNE-Sup, la contestation s’amplifie et la répression policière aussi. Cela culminera le 10 mai, avec une grande manifestation étudiante et lycéenne, et la « nuit des barricades » qui verront des affrontements jusqu’à 5h30 du matin. Les combats sont violents mais la population est avec les jeunes. Lançant des pots de fleurs sur les policiers, applaudissant quand ils reculent. Elle aide les étudiants poursuivis à se cacher dans les entrées d’ immeubles.

Cette répression va amener l’entrée de la classe ouvrière dans la lutte. La CGT, la CFDT la FEN (Fédération de l’Éducation nationale), appellent à une journée de grève nationale le 13 mai 1968. Les manifestations sont monstres tant à Paris – 700 000 personnes – qu’en province : 50 000 à Nantes, Marseille,Toulouse, 30 000 à Rouen… Dans les cortèges, ouvriers, étudiants, employés…reprennent des slogans contre la répression et contre de Gaulle : dix ans ça suffit !

Les directions syndicales pensaient que cela suffirait mais la grève du 13 mai a eu un grand impact sur la conscience des travailleurs. C’était sans compter sur la détermination des ouvriers et notamment des jeunes ouvriers, d’en découdre.

La classe ouvrière entre en lutte

Les premiers sont ceux de l’usine Sud aviation, à Nantes, le 14 mai (ils se battaient déjà pour des hausses de salaire). Ils occupent l’usine et séquestrent le directeur, organisant rapidement la grève. Le 15 mai c’est l’usine Renault Cléon qui se met en grève et est occupée. Puis Renault Billancourt, Flins, les usines Berliet de Lyon, Rhône-Poulenc… Les ouvriers se posent tout de suite la question de la protection des outils de travail. À Cléon par exemple, les fours ont été maintenus en chauffe minimum et entretenus jusqu’à la fin du conflit.

Dans les usines occupées, les revendications sont : pas de salaires inférieurs à 1000 F, retour aux 40h par semaine, retraite à 60 ans, libertés syndicales… Le 20 mai, la grève est généralisée. Il y aura 10 millions de grévistes sur une population de 40 millions d’habitants.

Le pouvoir vacille

Du 20 au 29 mai, banques, assurances, usines de raffinage pour l’essence, SNCF, PTT, grands magasins, etc. entrent en grève. Ce ne sont plus seulement les bastions traditionnels. Les coiffeurs aussi, les danseuses des Folies Bergères qui disent haut et fort : « Ce n’est pas parce qu’on est strip-teaseuse qu’on est bête ! ». Elles dévorent des livres et discutent sur les piquets de grève. Le pays est paralysé. Plus de trains, plus d’essence. Les dockers bloquent les ports avec la solidarité des dockers italiens et hollandais qui refusent de décharger les bateaux détournés. Entre la classe ouvrière et le pouvoir gaulliste, le pouvoir balance. Sans jamais d’appel à la grève générale des directions syndicales, c’est la grève générale !

Même la police se fissure. Des syndicats de policiers déclarent : « des missions contre les travailleurs en lutte revendicative poseraient de graves cas de conscience ». Des comités de soldats se créent comme à Strasbourg, affirmant la solidarité avec les grévistes. Le 24 mai il y a des manifestations paysannes dans toute la France.

Le PCF (500  000 adhérents) qui dirige la CGT (2,5 millions de membres) a rapidement cadenassé les occupations d’usine. Il y eut très peu de réels comités de grève coordonnés. L’objectif du PCF restait une victoire électorale et la formation d’un « gouvernement populaire d’union démocratique à participation communiste ».

Il organise de très grosses manifestations dans ce sens les 29 et 30 mai. La gauche dite non-communiste (FGDS, l’ancêtre du PS, PSU, JCR…) se rassemble au stade Charléty le 27 mai, mais n’a pas de vraie proposition gouvernementale. Aucun n’ira plus loin. Depuis le 27 mai, des « négociations » ont commencé, rue de Grenelle. Les premiers éléments qui en sortiront seront rejetés sous les huées des travailleurs de Renault Billancourt, interrompant le discours du secrétaire général de la CGT,G. Séguy.

Néanmoins, c’est par ce biais que de Gaulle, conjointement avec la direction du PCF et de la CGT, trouvera une sortie à la crise révolutionnaire de mai. De passage éclair auprès du général Massu,stationné avec l’armée en Allemagne, il confirmera l’orientation défendue par le 1er ministre Pompidou : la direction du PCF et de la CGT sont hostiles à la révolution et joueront le jeu d’une élection législative anticipée. Alors que de nombreux militants PCF et CGT étaient aupremier rang de l’organisation de la grève générale, que les accords de Grenelle sont largement en-de çà des revendications des millions de grévistes, que le pouvoir est à portée de main des travailleurs et de la jeunesse, leurs directions œuvreront pourque s’organise peu à peu la fin de la grève. Ce qui va durer près d’un mois, parfois avec l’intervention très violente des CRS comme à l’usine Peugeot Sochaux ou celle de Renault Flins.

Les élections donneront une victoire de la droite mais de Gaulle sera battu lors d’un référendum un an après. Dans les usines, dans les lycées et les Universités, l’autoritarisme est fissuré, par bien des aspects, les conséquences de mai 68 seront visibles durant des années, malgré la répression patronale qui va suivre. Et surtout cette immense grève a montré la puissance politique et sociale de la classe ouvrière, surtout quand elle avait la jeunesse avec elle. Le capitalisme a tremblé durant mai, la bourgeoisie était en panique, le socialisme était à portée des millions de mains qui participaient à la grève générale.

Un jeune travailleur de l’usine aéronautique Snecma résume bien ce que fut cemois de grève générale : « nous sommes entièrement nous mêmes, n’appartenant qu’à nous-mêmes, nous sentons que nous vivons le socialisme ! ».

Par M-J Douet et A.R.