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Venezuela-débat. Voter ou ne pas voter pour Maduro?

Brève publiée le 20 mai 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://alencontre.org/debats/venezuela-debat-voter-ou-ne-pas-voter-pour-maduro.html

Par Heinz Dieterich

De nombreux amis et des médias internationaux m’ont demandé d’analyser la situation électorale au Venezuela. En particulier, on m’a demandé de répondre aux questions suivantes.

Les élections dominicales au Venezuela sont-elles légitimes ou illégitimes?

Les élections sont illégitimes, car il n’existe pas les conditions de base permettant aux citoyens et citoyennes de prendre des décisions éclairées sur le processus électoral et les candidats. Cette lacune structurelle existe dans plusieurs domaines clés.

 Il faut un environnement socio-économique stable qui permette à la population de se concentrer sur la bataille électorale et de réfléchir aux options présentées. Avec une hyperinflation de plus de 10’000%, un manque général de médicaments et de nourriture pour la majorité, une réduction du PIB au cours des cinq dernières années d’environ 45%, une émigration économique de plus d’un million de personnes et un taux de criminalité très élevé, ces circonstances socio-économiques ne sont pas présentes.

2° Les élections n’ont de sens que lorsque les candidats représentent des alternatives viables à une politique publique progressiste face aux grands problèmes de la nation et de ses citoyens. Aucune des deux représentants – ou bandits – de l’«opposition» ne remplit cette condition. L’ancien opportuniste chaviste Henry Falcón et l’obscurantiste «évangéliste» Javier Bertucci – les deux candidats ayant la plus grande préférence électorale dans «l’opposition» – vont capituler devant le FMI pour reconstruire l’économie. Les conditions draconiennes que le FMI va mettre en place pour donner son infâme paquet d’ajustement structurel vont rendre pâles les conditions que l’institution imposait à la Grèce à l’époque. Ne serait-ce que parce que le Venezuela ne fait pas partie du Premier Monde et n’a aucun pouvoir de négociation. En conséquence, les conditions infernales dans lesquelles vivent actuellement la plupart des Vénézuéliens vont s’aggraver de façon dramatique. En fait, ni Falcón ni Bertucci n’ont un programme pour remettre le pays sur la voie d’un développement durable. La dollarisation et le FMI de Falcón et le «salut du pays par la foi» du pentecôtiste Raspoutine relèvent du même projet: céder la souveraineté du Venezuela à Washington et aux grandes entreprises occidentales.

L’autre aile du spectre politique, que Maduro représente, n’a de même pas de programme réaliste ou crédible pour sortir de la catastrophe économique créée. Le Venezuela a besoin d’un plan Marshall pour se sauver, mais la mafia usurpatrice de Miraflores [résidence du président] n’a pas la réflexion nécessaire pour le concevoir, ni l’accès aux circuits financiers internationaux qui pourraient le permettre. Au-delà du fait que les centres de pouvoir occidentaux jugeaient «illégales» les élections étaient «illégales», il sera impossible – avec un Maduro «gagnant» – d’obtenir les ressources nécessaires à l’ajustement structurel nécessaire du système économique. Sans l’Occident et sans la Chine, l’élection se résume, pour ainsi dire, dans un catch-22 [une situation sans issue], où il n’y a pas de solution électorale pour sauver l’économie. Ainsi, la promesse de Maduro, selon laquelle, s’il gagne les élections, il réalisera «une révolution économique qui secouera le monde», n’est rien d’autre qu’un mensonge pathétique. Aucun des candidats n’a un projet économique viable. C’est pourquoi aucun d’entre eux n’est apte à être président.

 Le régime de Maduro est basé sur les mensonges (de la «guerre économique»), les baïonnettes du clan des généraux Padrino López et Néstor Reverol (répression militaire), la monopolisation des dollars et la dépendance généralisée de l’assistance comme moyen de contrôle socio-politique, financée avec eux (Carnet de la Patria, CLAP). La combinaison de ces quatre facteurs a créé une clientèle électorale captive pour le gouvernement, d’une part, et une atmosphère généralisée de démobilisation, de frustration, d’incertitude et de tendance à l’abstentionnisme, d’autre part. Dans cet environnement, le débat public rationnel et transparent, qui est une condition préalable essentielle pour faciliter la sensibilisation des citoyens en tant que condition préalable à un vote motivé, n’a pas été possible. La situation de manipulation systématique de l’information et du raisonnement électoral, très similaire à celle qui a prévalu aux Etats-Unis lors de la dernière course à la présidence, rend impossible, au Venezuela, la mise en œuvre d’un mandat issu d’un vote national démocratique qui exprime la souveraineté populaire majoritaire.

L’opposition a-t-elle échoué dans sa tentative de vaincre Nicolás Maduro ou le président vénézuélien les a-t-il dépassés?

Tous les deux. C’était – et c’est toujours – un conflit entre l’ancienne classe politique et la nouvelle classe politique, qui s’est formée pendant les premières années de Chavismo. Deux factions de la classe politique, avec les mêmes carences éthiques et les mêmes engagements populaires, se sont affrontées, comme deux mafias d’un quartier qui tentent de le contrôler. L’une – celle représentée par la bande Maduro/Cabello [le militaire] s’est avérée plus efficace dans la guerre de rue et la guerre sale, ainsi que dans les batailles pour le contrôle de la superstructure (parlement), que celle des anciennes élites politiques.

Le gouvernement de Maduro deviendra-t-il encore plus radical après les élections ou est-il condamné à court terme ?

Il est condamné à s’effondrer relativement vite, en raison de l’isolement international et latino-américain. Pour empêcher cela, il deviendra plus répressif, en mettant en œuvre la soi-disant «réforme constitutionnelle» et en imposant le prétendu «Etat communal», qui est essentiellement l’Etat de Mussolini avec un contrôle total du pouvoir central, sous le couvert d’un nouveau type de régime populaire révolutionnaire.

Finalement, Maduro a gagné ce à quoi il visait avec la tenue d’élections, ce qui montre l’échec ou le faible poids des organismes internationaux et régionaux?

Il ne fait aucun doute que Maduro est sorti triomphant de la tourmente politique de l’ère post-Chavez, tant au niveau du Parti qu’au niveau de la structure du pouvoir national. Il convient toutefois de noter qu’il a profité d’une situation internationale qui lui a profité à bien des égards. En premier lieu, le bolivarisme hémisphérique qu’Hugo Chávez a construit avec Lula, Fidel et Kirchner a servi de parapluie pour le madurisme. Cependant, c’est terminé maintenant.

Ensuite, les crises mondiales en Corée, au Moyen-Orient et en Europe de l’Est ont déplacé le conflit au Venezuela à la deuxième ou à la troisième place. Cependant, l’impérialisme occidental sait que la chute du régime est inévitable, de sorte qu’il ne se soucie pas de savoir si elle se produit un an plus tôt ou plus tard. En d’autres termes, l’intensité de la pression extérieure impériale a été relativement faible, comparée, par exemple, à la destruction systématique de l’Unité populaire chilienne par Nixon, ou à la Révolution sandiniste nicaraguayenne par Reagan, sans parler de l’agression contre la Révolution cubaine. Les déclarations contraires de Maduro et son appareil de propagande sont de simples mensonges.

Quel rôle jouent les militaires dans le soutien à la Présidence Maduro?

Comme je le disais, avec l’argent et les mensonges, ils constituent le troisième pilier du régime. Sans le clan des généraux du type Padrino López et Néstor Reverol, qui dirigent la «bande des canailles» qui usurpent le palais de Miraflores, selon les mots du général Chavista Cliver Alcalá, Maduro ne serait plus en fonction.

Heinz Dieterich

Y a-t-il une fracture interne dans le Chavisme?

Oui, une fracture totale, comme en témoigne le fait que de nombreux collaborateurs militaires de haut rang d’Hugo Chávez, tels que les généraux Rodriguez Torres et Raul Baduel, le héros qui a vaincu le coup d’État militaire, sont en prison, tandis que de nombreux civils pro-Chávez sont organisés en mouvements anti-maduro. Bien sûr, il y a une troisième faction d’opportunistes méprisables qui sont passés sans problème moral du projet humaniste de démocratie participative du commandant Hugo Chávez à la misérable dictature petite-bourgeoise de Maduro. Il y a Tarek William Saab, Ali Rodriguez et beaucoup d’autres.

Que pourrait-il se passer au Venezuela après le 21 mai?

Premièrement, il importe peu de savoir qui remporte les élections, car aucun des candidats ne peut résoudre les principaux problèmes nationaux. En ce sens, il ne s’agit pas d’élections, mais d’une pantomime de simulation de solutions nationales. Deuxièmement, si Maduro perd, il ignorera simplement les faits du nouveau gouvernement, tout comme il a nié les vainqueurs des élections législatives de décembre 2015.

Troisièmement, la pression internationale augmentera, il y aura de nouvelles sanctions de Washington et de Bruxelles et peut-être du Groupe de Lima (Argentine, Brésil, Chili, Costa Rica, Paraguay, Panama, Canada, Mexique, Pérou, Honduras). Il y aura peut-être quelques jours de protestations, qui seront facilement contrôlées par la police. Maduro fera avancer la préparation de la structure politique de domination de type Mussolini, à travers l’«Etat communal» et une nouvelle constitution sur mesure [avec l’assemblée dite constituante]; l’exode de l’émigration vénézuélienne s’intensifiera; l’économie s’effondrera par l’hyperinflation, le défaut sur la dette et la confiscation croissante des infrastructures pétrolières, comme c’est maintenant le cas dans la colonie néerlandaise de Curaçao. Washington passera à la phase du «changement de régime» [à la John Bolton] et le début de l’agression paramilitaire, semblable à l’agression de Reagan contre le Front sandiniste et la destruction de l’Unité Populaire d’Allende au Chili. En bref, un changement de régime comme en Syrie et en Ukraine, en bref. Un conflit intramilitaire [au sein de l’armée du Venezuela] ouvert est très probable, tout comme l’intervention accrue des Etats-Unis par l’intermédiaire du Commandement du Sud et de la Quatrième Flotte des Etats-Unis.

Voter comme un «acte de masturbation»?

Voter dans ces circonstances est un acte futile, une opération autiste, sans réelle pertinence transformative. Un acte d’apologie du régime, aussi tragiquement grotesque que la clôture de la campagne de Maduro, conçu sur les mécanismes de manipulation et de marketing bon marché des charlatans télé-évangéliques. Avec un cri ridicule qui essayait de réchauffer les masses, suivi d’un clown patriote nommé Hector Rodriguez [ministre du pouvoir populaire pour l’éducation], avec l’intermezzo d’un joueur de football argentin obscène [Maradona] et, enfin, l’apothéose avec le gros homme «Président ouvrier» [Maduro] et la Première Combattante [son épouse]. Bref, un théâtre surréaliste qui reflète parfaitement la nature douteuse du régime bourgeois dans les griffes duquel le peuple noble du Venezuela est tombé. (Article publié, le 18 mai 2018 sur le site aporrea qui contient des articles favorables au régime, des analyses, des positions contre Maduro; traduction A l’Encontre)

Heinz Dieterich est d’origine allemande. Il réside au Mexique et est professeur à l’UNAM (Universidad Autonoma Metropolitana). Il fut l’un de ceux qui popularisèrent au Venezuela la notion de «Socialisme du XXIe siècle». Il publia, en 2005, Hugo Chavez y el socialismo del siglo XXI, édité par l’Instituto Muncipal de Publicaciones de la Alcadia de Caracas. H. Dieterich visite régulièrement Cuba. Sur divers thèmes ses tendances politiques «campistes» se sont exprimées, entre autres sur la Syrie. (Réd. A l’Encontre)