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1968-2018 - Travail : du plein-emploi au chômage de masse

économie mai68

Brève publiée le 22 mai 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

La différence la plus spectaculaire entre 1968 et aujourd’hui sur le marché du travail concerne la place que les femmes y occupent : il y a cinquante ans, quasiment deux fois moins de femmes que d’hommes occupaient un emploi ; aujourd’hui, ce ratio dépasse les 90 %. Une quasi-parité, bien qu’on soit encore très loin de l’égalité femmes-hommes dans la sphère professionnelle en matière de rémunération ou de responsabilités. La quasi-totalité des emplois supplémentaires créés depuis a été occupée par des personnes de sexe féminin : on ne compte aujourd’hui qu’un million d’hommes de plus en emploi qu’en 1968, contre presque 6 millions de femmes supplémentaires.

Les femmes montent au turbin

Nombre d’emplois, en millions

Cette entrée massive des femmes sur le marché du travail s’est traduite par un accroissement spectaculaire de la population dite active* : elle est passée de 20,2 millions de personnes en 1968 à 29,6 millions en 2016, une hausse de près de moitié. Face à cet afflux de main-d’oeuvre potentielle, l’économie française n’a pas été capable de suivre et de créer suffisamment d’emplois supplémentaires, du fait du ralentissement prolongé de la croissance économique et des crises récurrentes. D’où une autre différence de taille entre 1968 et aujourd’hui : l’apparition du chômage de masse. On est passé d’un taux de chômage de 2,6 %, soit un quasi-plein-emploi, à 8,9 %. Et depuis maintenant trente-cinq ans, le chômage oscille autour de ce niveau.

La fin du plein-emploi

Taux de chômage, en % de la population active

Par ailleurs, à mesure que la file d’attente du chômage s’est allongée, les conditions d’emploi se sont dégradées. Il y a cinquante ans, les contrats à durée déterminée (CDD) n’existaient tout simplement pas. Ils n’ont été créés qu’en 1979. Quant à l’intérim ou aux temps partiels, ils étaient marginaux. Aujourd’hui, 9,2 % des personnes en emploi sont en CDD et 2,3 % en intérim. Une proportion qui grimpe respectivement à 31 % et 7 % pour les jeunes de 15 à 24 ans. Quant au temps partiel, il concerne désormais 30 % des femmes en emploi, contre 8 % des hommes.

Des structures économiques figées

La sécurité de l’emploi qui prévalait en 1968 ne signifie pas pour autant que les salariés restaient à vie au sein d’une même entreprise. Au contraire, le plein-emploi rendait possible une forte mobilité des travailleurs. Quitter un employeur était peu risqué et si le nouveau ne convenait pas, on n’avait aucun mal à en trouver un troisième. A l’inverse, c’est le chômage de masse qui a eu tendance à figer les structures économiques. Et a poussé à la création de multiples statuts précaires pour répondre quand même aux besoins de flexibilité des entreprises.

Cette pression du chômage s’est également traduite par une baisse sensible de la part des salaires dans la richesse produite : en 1968, ils représentaient 69 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières. En 2016, ils n’en pesaient plus que 66 %, alors même que ce taux a remonté de trois points depuis la crise de 2008.

Enfin, autre différence majeure entre 1968 et aujourd’hui : on comptait à l’époque près de deux fois plus de travailleurs indépendants (artisans, commerçants, agriculteurs pour l’essentiel). Dans une économie de plus en plus sophistiquée et capitalistique, il devient en effet de plus en plus difficile de survivre en étant à son compte. Les indépendants pesaient 21 % de l’emploi en 1970 et étaient tombés à 9 % en 2008, avant de remonter à 12 % en 2016. Depuis la crise de 2008, la part des indépendants s’est en effet remise à monter un peu, avec notamment le recours croissant au statut d’auto-entrepreneur.

* Population active

Tous ceux qui sont présents sur le marché du travail, qu'ils aient ou non un emploi ou en cherchent un.

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La concurrence des temps

Le 2 mai 1968, l’Assemblée nationale adopte (à l’unanimité !) le projet de loi instaurant une quatrième semaine de congés payés. Une étape de plus dans le mouvement historique de réduction du temps de travail, qui sera notamment prolongé en 1982 (39 heures et cinquième semaine de congés payés) et en 1999 (35 heures). Entre 1968 et 2014, le nombre moyen d’heures de travail annuelles des salariés est passé de 1 849 à 1 387, une baisse de plus de 25 %. Outre les évolutions légales, cela est notamment dû à la croissance des emplois à temps partiel.

Dans leur ensemble, les Français n’ont jamais eu autant de temps "libre" (5 h 11 par jour en moyenne en 2010), mais son usage reste socialement différencié. Le niveau de vie des plus diplômés leur permet "d’acheter du temps" en consommant des sorties culturelles onéreuses (cinéma, théâtre, restaurants...). Les moins diplômés, eux, ont un usage davantage démuni de leurs loisirs, au sein desquels domine nettement la télévision. Leur temps libre est plus fréquemment morcelé, les salariés peu qualifiés ayant bien plus souvent des horaires de travail fragmentés ou atypiques (travail de nuit, le week-end...).

La réduction du temps de travail n’a par ailleurs que peu affecté la répartition des tâches domestiques et parentales. Les femmes en font un petit peu moins (consommation de plats préparés plutôt que cuisinés, vêtements confiés au tailleur plutôt que travaux de couture), mais les hommes, eux, guère plus. Un étonnant îlot d’inertie dans une société par ailleurs profondément transformée.