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Italie : la crise s’intensifie
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https://npa2009.org/actualite/international/italie-la-crise-sintensifie
La crise gouvernementale, qui semblait en voie de résolution avec l’accord entre le mouvement Cinq Étoiles et la Ligue, s’est au contraire renforcée et transformée en crise institutionnelle. Le président de la République a en effet repoussé la proposition de nomination du ministre de l’Économie en raison de ses positions critiques sur l’UE et l’euro, poussant ainsi le Premier ministre désigné, Conte, à renoncer à ses fonctions.
Le président a fait appel le 28 mai à une personnalité de l’élite économique et financière, Cottarelli, connu pour sa volonté de réduire les dépenses publiques, afin de lui confier le poste, ce qui constitue une ingérence très lourde sur le plan démocratique et institutionnel.
Un projet réactionnaire
La Ligue et le mouvement Cinq Étoiles se préparaient à gouverner sur la base d’un accord incertain, dont la philosophie prévoyait quelques variantes par rapport aux approches néolibérales classiques, et se fondait sur des éléments de néoprotectionnisme et de néosouverainisme tempérés, de manière à rester dans les limites du cadre du capitalisme européen. Les composantes sociales de ce programme étaient floues, à propos des retraites et des indemnités des chômeurEs, alors que dominaient les contenus sécuritaires de la Ligue sur les thèmes de la justice et de l’expulsion et du refoulement des migrantEs, ainsi que l’introduction de la flat tax au profit des classes supérieures ; étaient par ailleurs maintenues toutes les dispositions prises par les précédents gouvernements qui ont conduit à la précarité rampante et à l’affaiblissement des droits du travail, énormes cadeaux au patronat italien. Un « contrat » qui, au-delà des grandes déclarations sur les changements attendus par une grande part de la population, ne peut cacher aux yeux avisés sa nature fondamentalement réactionnaire et de droite, et la volonté de désarticuler davantage le mouvement des travailleurEs.
Pressions néolibérales
Avant que le gouvernement ne soit constitué se manifestait toutefois déjà une solide opposition de la part de la bourgeoisie dans les organes de presse et les couloirs feutrés des institutions. Cette opposition traduisait les pressions du front néolibéral européen qui, sur la base de l’exemple donné par Macron en France – la référence la plus appréciée par la classe dominante italienne – voudrait construire une réponse politique à la crise du Parti démocrate. Derrière les appels d’usage à la défense de l’État démocratique et dénonçant l’incompétence des nouveaux arrivants se dissimulent les préoccupations des marchés financiers et des institutions économiques européennes qui voudraient que l’Italie ne dévie en aucune façon des politiques néolibérales dominantes et qu’aucune -contradiction supplémentaire ne soit introduite dans l’UE.
Construire une véritable opposition
La situation politique et institutionnelle est confuse. Se dirige-t-on vers des élections anticipées, comme le demandent la Ligue et le mouvement Cinq Étoiles ? Un mystérieux « gouvernement du président », « neutre », sera-t-il formé ? Avec quelle majorité ?
Aujourd’hui la vraie gauche italienne et les mouvements sociaux sont appelés à la construction d’une opposition qui doit faire obstacle, d’une part, à l’austérité néolibérale de la bourgeoisie italienne et européenne soutenue par le PD et par Forza Italia et, de l’autre, au souverainisme de la Ligue et du mouvement Cinq Étoiles et à leurs mesures réactionnaires. Cette opposition doit être fondée sur des priorités sociales claires : soutien aux luttes sur les lieux de travail et à leur unification sur quelques mots d’ordre cohérents avec les besoins exprimés : réduction du temps de travail sans réduction de salaire, mise en place d’un salaire social pour les chômeurs et les précaires, intervention publique dans l’économie, unité de tous les exploitéEs, y compris les migrantEs.
Franco Turigliatto (traduction Agatha)




