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«Incapacité» de la CGT à fédérer les luttes : la «base» se rebiffe
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Fatigués de ne plus gagner aucun combat, une vingtaine de syndicats de la centrale appellent leur confédération à durcir la ligne et à réaffirmer son orientation «révolutionnaire», en amont de son congrès, qui aura lieu en mars 2019.
«A la CGT, il y en a qui me trouvent trop dur, il y en a qui me trouvent trop mou», expliquait Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, en avril. Visiblement, les seconds ont décidé de se faire entendre. Mercredi, une vingtaine de syndicats cégétistes ont appelé leur confédération à durcir la ligne. Dans une lettre adressée en interne, ils alertent : «Le monde du travail est en péril. Depuis près de vingt ans, non seulement il n’a pu conquérir aucun droit nouveau significatif mais une grande partie des avantages qu’il a arraché au cours du XXe siècle ont été démantelés.» La faute, selon eux, en partie, à «l’affaiblissement considérable de l’action syndicale». Et, donc, aux actuels dirigeants de la centrale qu’ils accusent de ne pas suffisamment «fédérer» les luttes.
Parmi les signataires, on retrouve la CGT Goodyear, celle des métaux de Valenciennes, de Marks and Spencer, de Bombardier ou encore de PSA Douvrin. Leur objectif : convaincre d’autres antennes de la centrale de les rejoindre pour proposer ensemble un texte d’orientation au prochain congrès de la CGT qui aura lieu en mars 2019, à Dijon.
Bâtons dans les roues
«Démunis face aux travailleurs résignés, et consternés par l’incapacité de l’organisation», ces militants de «la base» qui ont organisé une conférence de presse, à Lille, mercredi, demandent un «débat» interne. Parmi les sujets à mettre sur la table, selon eux : la stratégie syndicale face aux réformes du gouvernement et la «convergence des luttes», promise par Martinez, mais qui ne vient pas. Pour Isabelle Bosseman, déléguée au CHU de Lille, «il faut construire du durable, pas des actions ponctuelles». Référence aux conflits sociaux en cours, dont celui des cheminots et des fonctionnaires.
Non contents de trouver la centrale trop molle, ces cégétistes lui reprochent aussi de leur avoir mis des bâtons dans les roues. «Tous ces syndicats qui se rassemblent et s’engagent ont expérimenté la confrontation avec la confédération, qui ne les soutenait pas, les isolait, n’était pas une force portante», pointe Fiodor Rilov, avocat en droit du travail qui défend plusieurs de ces syndicats.
Abolition du patronat
De quoi inquiéter Philippe Martinez ? En avril, quand on lui demandait comment allait la CGT, il répondait «pas comme je voudrais». Pour aller mieux, il expliquait alors qu’elle devait encore digérer la mutation du monde du travail. C’est-à-dire le prendre en compte «tel qu’il est et pas comme il a pu être ou comme elle rêverait qu’il soit». Mais malgré ces débats, tout allait bien à Montreuil, au siège de la centrale, disait-il. C’était peut-être oublier d’autres questions, que les syndicats du Nord ont remis en lumière, avec leur missive. Comme celle-ci : la CGT est-elle, comme ils l’affirment, «une organisation révolutionnaire» ? Eux en sont convaincus, mais disent-ils, «deux grandes orientations» cohabitent à la CGT. L’une – la leur – misant sur la lutte des classes, le combat contre le capitalisme, l’abolition du patronat, le rapport de force. L’autre, plus encline à la négociation et au dialogue social. Et pour les auteurs de la lettre, il est donc temps de trancher.




