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28 juillet 68: Mao dissout les "Gardes Rouges"

Brève publiée le 7 août 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/280718/28-juillet-68-mao-dissout-les-gardes-rouges

N°89 de ma série "1968". Le 28 juillet 68, Mao dissout les Gardes Rouges. Les illusions sur la Révolution Culturelle ont fait long feu. Prochain article: "1968: une jeunesse transformée"

Le 28 juillet 1968, Mao dissout les « Gardes Rouges », nés dans la foulée du lancement le 16 mai 1966 de la Révolution culturelle. Elle était destinée à verrouiller le pouvoir communiste au profit de Mao et à le préserver des accommodements « à la russe » d’un Nikita Khrouchtchev. Après le désastre du Grand Bond en avant (1958-1961), Mao contesté va ainsi reprendre la main et reconquérir un pouvoir absolu.

En 1966, le Grand Timonier orchestre un mouvement de dizaines de millions de jeunes « Gardes Rouges », censés établir un « ordre révolutionnaire » à l’ombre du pouvoir militaire. Leur « Petit Livre rouge » trônait sur les tables de la Sorbonne. Jean-Luc Godard y allait de sa contribution avec « La Chinoise ». Le plus curieux, c’est que les « maoïstes » ne le savaient pas, mais Mao, après avoir lancé en 1966 la jeunesse contre les cadres du parti, avait déjà décidé le 27 janvier de mettre fin aux turbulences de la Révolution culturelle. Il expédie 17 millions de jeunes « Gardes rouges » en « rééducation » dans les campagnes…Ils voyaient dans Mao un combat contre la « bourgeoisie rouge ». Une poignée n’a pas encore renoncé à la foi de sa jeunesse.

En 1977, le 11e congrès du PCC adopte une résolution qualifiant la Révolution culturelle de « période de trouble intérieur, initiée à tort par le leader et manipulé par les groupes contre-révolutionnaires ». Dans les codes du PCC, le leader, c’est Mao et les groupes contre-révolutionnaires ce sont la Bande des Quatre, le groupe de Lin Biao. Un demi-siècle après la dissolution des Gardes Rouges, l’amnésie est partagée par les bourreaux et les victimes. Mao est intangible, garant d’une caste devenue capitaliste.

En fait, la « révolution culturelle » n’est qu’un des épisodes qui marquent la lutte interbureaucratique d’un régime stalinien et qui conduiront,  faute de démocratie socialiste, à la restauration du capitalisme.

Dans 0 target="_blank" target="_blank">La Chine du XXe siècle, Pierre Rousset retrace l’origine et le cours de la Révolution culturelle. En voici en extrait: 

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« Au début des années 1960, l’autorité de Mao dans le parti et l’autorité du parti dans la société sont toutes donc deux très diminuées. En même temps, les tensions sociales se font toujours sentir, voire s’avivent. Facteur additionnel de crise, le conflit sino-soviétique s’aggrave rapidement à partir de 1958. Moscou retire ses experts de Chine, puis s’entend avec Londres et Washington pour signer un traité sur les essais nucléaires qui exclue la Chine. Aux yeux de la direction maoïste, l’URSS est en passe de devenir « l’ennemi principal » en lieu et place des Etats-Unis.

La « Révolution culturelle »

Dans ce contexte incertain, les conflits politiques au sein de la direction vont déborder le seul cadre du parti. Ainsi, en 1965, la confrontation devient publique sur le front culturel – d’où le nom de « Grande Révolution culturelle prolétarienne » (GRCP). Mais il s’agit de bien plus que cela. Toutes les fractions commencent à initier des mobilisations de masse pour renforcer leur main. Ce faisant, elles ouvrent la boite de Pandore. Les contradictions sociales alors à l’œuvre en Chine éclatent au grand jour, laissant place à une crise explosive qui fait littéralement voler en éclat une bonne partie de l’appareil d’Etat. 

Inégalités 

Malgré des échecs, le pays a connu un développement économique et des progrès sociaux indéniables. Mais la révolution maoïste a suscité des aspirations égalitaires radicales. Or, les inégalités entre villages, entre ville et campagnes, entre secteurs sociaux restent importantes. Un grand nombre d’étudiants ne trouvent pas un emploi correspondant à leurs diplômes. Plus généralement, une nouvelle génération entre en activité. Des conflits opposent des paysans plus pauvres à des plus riches ou, dans les villes, des ouvriers à l’emploi protégé à des travailleurs précaires. Les privilèges et le pouvoir des cadres, l’autoritarisme de la bureaucratie, sont dénoncés. Ces contradictions se manifestent dans la rue ; avec une ampleur sans précédent depuis 1949.

Le milieu étudiant entre en ébullition à la mi-1966. De nombreux groupes s’attaquent à toutes les figures d’autorité : professeurs et intellectuels qu’ils jugent « révisionnistes », anciens bourgeois bénéficiant encore d’une rente privilégiée et responsables locaux du parti. Les « rebelles » se retournent contre le parti lui-même dont ils dénoncent le contrôle « fasciste ». Certains en appellent à la « grande démocratie » et à la « liberté ». 

En août, Mao Zedong en profite pour lancer le mot d’ordre « Bombardez les états-majors » – c’est une déclaration de guerre contre le numéro deux du PCC : Liu Shaoqi. Il lance les organisations de Gardes rouges et la création des Comités révolutionnaires. Il souhaite canaliser pour l’essentiel le mouvement dans les villes afin de s’en servir comme d’un bélier pour reconquérir la prééminence au sein de l’appareil et réorienter sa politique dans l’esprit du « Grand Bond ». 

Apogée et impasse

 La crise déborde le cadre initialement prévu. Des hauts dirigeants du parti sont jetés en pâture aux Gardes rouges comme le maire de Pékin, Peng Zhen. En novembre, le mouvement s’étend à la classe ouvrière, échappant à son tour ça et là au contrôle de l’appareil. En décembre 1966-janvier 1967, la métropole industrielle de Shanghai est le théâtre de violents affrontements et d’une grève générale spontanée où les travailleurs précaires jouent un rôle important – c’est la « la Tempête de janvier 1967 », la « commune de Shanghai ». Les troubles s’étendent à la campagne. 

En juillet et août, les foyers de crises se multiplient, en particulier à Wuhan. Le PCC et l’administration se désagrègent. La direction du parti se divise violemment. Il y a de véritables guerres civiles locales. Mais la rébellion sombre elle aussi dans la plus grande confusion : la « Révolution culturelle » en tant qu’aspiration démocratique et sociale tourne en rond, sans boussole, sans débouché politique, minée par l’hyper-violence fractionnelle.

Aux yeux des dirigeants du PCC, toutes tendances confondues, il devient urgent de reconstruire le parti et l’administration en s’appuyant, pour cela, sur l’armée, seule institution à avoir gardé sa cohérence. Mais le retour à l’ordre prend du temps. Au printemps et à l’été 1968, les violences augmentent en bien des endroits. 

Au milieu de la confusion politique, certains groupes formulent encore des propositions radicales comme celui qui, au Hunan, dénonce la trahison de Mao et prône un système généralisé de « communes » démocratiquement élues, pour interdire la renaissance d’une « nouvelle classe de capitalistes rouges ». Mao Zedong en effet s’est rangé sans ambiguïté dans le camp du retour à l’ordre musclé. 

La reconstruction d’un ordre bureaucratique 

En septembre 1968, par centaines de milliers, les anciens étudiants gardes rouges sont envoyés en rééducation par le travail à la campagne – ce sera le sort, en tout, de plus de seize millions de jeunes à la suite de la Révolution culturelle. Dans les usines, des résistances se poursuivent encore, obstinément. Mais il ne s’agissait plus que de combats d’arrière-garde.

Pendant des mois, les « rebelles » de la « Révolution culturelle » ont vécut l’expérience grisante d’une rare liberté d’action, voyageant à travers toute la Chine pour propager l’appel à la révolte. Certes, ils se sont aussi fait manipuler par les diverses fractions du PCC (et par Mao en particulier). Ils se sont engagés dans des violences aveugles et gardent le souvenir traumatisants d’actes irréparables commis contre des personnes âgées, dont de nombreux vétérans de la lutte révolutionnaire, accusées d’être des « révisionnistes », frappés, parfois torturés, contraints à d’humiliantes autocritiques. Mais ils ont acquis un esprit d’indépendance, des aspirations radicales, de l’expérience politique. 

Si beaucoup des anciens Gardes rouges se retirent de tout activisme, certains seront, dix ans plus tard, à l’origine du mouvement démocratique de 1978. 

Le PCC en ruine 

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Au sortir des années 1966-1968, le PCC est en ruine. Huit des onze membres du bureau politique sont en prison ou en rééducation. Neuf sur dix des responsables des grands services du Comité central sont écartés. Sur les 63 membres du comité central en exercice, 43 ont disparus et 9 ont été sévèrement critiqués. Il en va ainsi du haut vers le bas du parti. Seuls 53 des 279 membres du CC élus au VIIe Congrès sont réélus au IXe. Sur 45 premiers et seconds secrétaires provinciaux, seuls 9 se retrouvent dans les nouveaux comités révolutionnaires. Dans de nombreux endroits, plus aucune structure du PC ne fonctionne. L’appareil de cadres est reconstitué via de longs stages au sein des « Ecoles du 7 mai ». 

Mais il faut plusieurs années pour reconstruire le parti à l’échelle nationale. La rupture est nette. Le IXe Congrès du PCC se réunit en 1969 sans pouvoir mettre fin à la crise. Un nouveau conflit oppose en effet Mao Zedong à Lin Biao, commandant en chef de l’armée, présenté hier encore comme le premier des maoïstes. Lin Biao meurt en septembre 1971, alors dit-on qu’il s’enfuie en avion vers l’URRS. Plus de cent généraux sont limogés. Ainsi, au début des années 1970, une grande partie des dirigeants historiques de la révolution chinoise ont été écartés : Liu Shaoqi (mort bannis en 1969), Peng Dehuai (torturé par des gardes rouges), Lin Biao, Deng Xiaoping… La voie est libre pour l’accession au pouvoir, après le Xe Congrès de 1973, du « Groupe de Shanghai », aussi appelé par ses adversaire la « Bande des Quatre » qui comprend Jiang Qing, la dernière épouse de Mao.

Le triomphe du Groupe de Shanghai n’est que temporaire. A l’arrière plan, le processus de normalisation des rapports sino-américains, spectaculairement engagé avec la visite de Nixon à Pékin de 1971 (en pleine escalade militaire au Vietnam !), n’est pas durablement remis en cause. La contre-révolution bureaucratique a fini de briser le dynamisme social hérité de 1949. »

À lire également: un extrait de Révolution et contre-révolution en Chine maoïste , par Elliot Liu

Cet extrait du documentaire de JM Carre « Chine le Nouvel Empire » couvre1966-1976, de la Révolution culturelle à la mort de Mao:

Chine Le Nouvel Empire 1966 1976 © rmcvalras rmc

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50 ans plus tard...

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Ma série « 1968 »

  • Première partie « Mise en jambes »: 37 articles à consulter 
  • Deuxième partie couvrant Mai et Juin, « La plus grande grève générale en France ». 42 articles déjà parus à consulter ici
  • Troisième partie, « Bilans et secousses », qui comptera des dizaines d’articles d’ici la fin de l’année:
  1. Mai 68: une situation révolutionnaire ?
  2. Bilan et leçons de la grève générale de 68
  3. Lettre d'un enfant de 1968 à un jeune de 2018
  4. Un bilan de 68 par Ludivine Bantigny et Alain Krivine
  5. La deuxième vague féministe, fille légitime de 68 
  6. 18 Juillet 68: les CRS chargent les festivaliers d’Avignon
  7. 1968, année de l'autogestion ?
  8. Une féministe révolutionnaire ouvrière chez Renault Flins- vidéo

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