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En Chine, les conflits sociaux étendent leur périmètre
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://www.anti-k.org/2018/08/14/en-chine-les-conflits-sociaux-etendent-leur-perimetre/
L’ONG China Labour Bulletin, basée à Hongkong, analyse près de 7 000 mouvements de protestation entre 2015 et 2017 dans son dernier rapport.
lemonde.fr – Par FRANÇOIS BOUGON
C’est une radiographie extrêmement précise et intéressante des conflits du travail en Chine et de la capacité de mobilisation des travailleurs de la seconde économie mondiale qu’a publiée, lundi 13 août, China Labour Bulletin (CLB). Le nouveau rapport de l’ONG, basée à Hongkong et fondée en 1994 par Han Dongfang, un ancien du mouvement démocratique de Tiananmen, dresse un état des lieux des conflits sociaux dans l’ex-empire du Milieu en se basant sur l’analyse de près de 7 000 mobilisations qui se sont déroulées dans le pays entre 2015 et 2017.
Premier constat : désormais, les mouvements de protestation ne se limitent plus aux régions côtières, où ont été lancées les réformes économiques il y a quarante ans, que ce soit dans le sud (delta de la rivière des Perles) ou dans l’est (delta du Yangzi). Ainsi, la province qui a été le théâtre du plus grand nombre de conflits entre ouvriers et patrons, dans les secteurs de la construction, des transports ou de la distribution, est celle du Henan, dans le centre. La transformation de l’économie chinoise peut expliquer ce phénomène : nombre d’usines sont délocalisées dans les régions les plus pauvres du centre et de l’ouest, à la recherche de coûts salariaux moins élevés.
Les salariés sont de plus en plus « ubérisés »
Autre constat du CLB : avec le développement du numérique, les salariés se retrouvent de plus en plus « ubérisés » – il faudrait plutôt dire « didisés », du nom du géant chinois du VTC Didi –, avec pour conséquence des conflits croissants dans le secteur des services, de la livraison à domicile de nourriture ou de biens de consommation. Ces mêmes nouvelles technologies ont cependant aussi permis aux travailleurs de mieux s’organiser et d’obtenir « une négociation plus rationnelle et ordonnée »,relève l’ONG. Fini les grèves sauvages sans lendemain.
Mais le principal obstacle reste l’incapacité du syndicat officiel, la Fédération nationale des syndicats de Chine (ACFTU selon son acronyme en anglais), à porter réellement la voix des travailleurs. Même si, souligne le rapport, le Parti communiste chinois – désireux de redorer son blason auprès des moins privilégiés et de s’attaquer aux inégalités croissantes qui menacent sa légitimité politique – s’est lancé dans une réforme de la Fédération en 2015. « Au niveau local, l’ACFTU a cherché à créer de nouvelles branches, à recruter de nouveaux membres et à protéger les droits et les intérêts de ses membres. Cependant, le syndicat n’a pas vraiment changé son identité et les réformes menées trahissent encore une attitude paternaliste », indique le rapport.
Dans le même temps, le régime a réprimé dans la province méridionale du Guangdong des organisations non officielles : des militants ont été arrêtés et leurs associations dissoutes. Encore un effort pour être vraiment socialistes, conclut ironiquement le rapport, en s’adressant aux autorités syndicales officielles du pays.




