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Agnès Méric : «Ce qui importe, c’est de se laisser envahir par la vie de Clément, elle était riche»
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Ce jeudi, au quatrième jour du procès de trois anciens skinheads, dont deux jugés pour «coups mortels aggravés», la mère du jeune militant antifasciste a été entendue.

Chaque jour, elle s’assoit à la même place sur le banc en bois clair et prend des notes sur un petit carnet posé sur ses genoux. Agnès Méric a retranscrit méticuleusement les mots parfois patauds des trois anciens skinheads impliqués – à divers degrés – dans la mort de son fils. Elle a écouté son ancien professeur, les policiers qui ont fait l’enquête ou encore les vendeurs et les vigiles qui étaient présents ce 5 juin 2013 lors de la vente de vêtements où le groupe de militants antifascistes s’est trouvé face aux accusés, dans le IXe arrondissement parisien. Elle a seulement suspendu son stylo dans les airs quand le médecin légiste est venu détailler : «plaie hémorragique», «zone temporale gauche» ou «pyramide nasale». Pas parce qu’elle ne pouvait pas le supporter mais parce qu’elle semblait déjà connaître par cœur. Puis, jeudi en fin de journée, elle s’est avancée au centre de salle d’audience. «Excusez-moi, j’aime bien parler de Clément, mais c’est difficile», a-t-elle commencé d’une voix douce et hésitante. Avant de se ressaisir : «Clément était le plus jeune de nos quatre enfants. Il avait 18 ans quand il est mort. Il a beaucoup été présenté comme un militant d’extrême gauche, ce qu’il était vraiment. Mais pour nous il était aussi un fils, un frère, un cousin, un neveu, un ami. C’était un garçon très attachant.» Sur le banc des parties civiles se tiennent en rangs serrés ses amis, son père, ses trois sœurs, son premier amour ou encore ses camarades militants antifascistes.
«On a été admiratifs de Clément, de son courage»
La professeure de droit retraitée de 59 ans raconte ce fils «plein de vie, vif, espiègle, joueur, très curieux», remonte lentement le fil de sa courte vie. L’enfant qui «a toujours eu conscience des injustices» et qui à 8 ans donnait à un SDF la pièce brillante qu’il venait de recevoir de la part de sa tante. L’adolescent qui a grandi, «affiné sa conception du monde» et commencé à réfléchir aux discriminations, au sexisme, à l’homophobie. «On a vu apparaître des concepts anarchistes, la pensée d’une démocratie directe», poursuit-elle. Agnès Méric se tient dos au public. On ne voit que ses cheveux gris courts et sa blouse à motifs mais on devine les sourires qui flottent sur ses lèvres tandis qu’elle enchaîne les «je me souviens».
Elle se souvient de Clément qui jouait de la guitare, de Clément qui assurait l’ambiance musicale sur une place de Brest au lieu de réviser son concours de Sciences-Po. Elle se souvient de «son goût des échanges», de cette façon dont il faisait «son miel des discussions». Elle se souvient de «son élégance» physique mais surtout «morale, intellectuelle». Elle se souvient, bien sûr, de la maladie «diagnostiquée en février 2011». Une leucémie dont il triomphera après sept semaines en chambre stérile et un an et demi de chimiothérapie. «On a été admiratifs de Clément, de son courage. Il ne se plaignait jamais.»
En 2012, le jeune homme est en rémission lorsqu’il quitte la maison familiale de Brest pour s’installer à Paris et intégrer Sciences-Po. «C’est là qu’on s’est quittés pour la première fois de façon durable.» Lors des conversations téléphoniques, il lui raconte ses premiers pas au syndicat Solidaire ou ses nouveaux amis du groupe Action antifasciste Paris-Banlieue. Agnès Méric n’emploie quasiment jamais «je», toujours «Clément». D’elle, on ne saura rien, ni de son épreuve, ni de son chagrin. «Qu’attendez-vous de ce procès ?» lui demande tout de même la présidente. «Le respect de la mémoire de Clément et de ce qu’il était. On a entendu ou lu des choses qui nous ont heurtés», répond-elle, faisant notamment référence aux témoins qui ont déclaré que son fils avait provoqué l’altercation, lancé des mots grossiers. «C’était un garçon fin, ce genre de propos, ce n’est pas possible. Il n’était pas non plus dans l’agressivité physique.» A la demande de son avocate, Agnès Méric évoque aussi «le monde de la fachosphère» qu’elle a découvert, des «torrents d’obscénités qu’on ne pouvait imaginer». «Ce qui importe maintenant, c’est de se laisser envahir par la vie de Clément, elle était riche. On a fait la connaissance de ses amis, c’est à travers ce monde-là qu’on continue à vivre Clément et pas par sa mort», achève-t-elle.
«Peut-être eux veulent me dire quelque chose»
Elle a choisi quelques photos de son fils qui sont projetées sur l’écran de la cour d’assises, là où s’affichait encore, quelques heures plus tôt, son visage tuméfié et blême lors de l’autopsie. Agnès Méric regarde le cliché du jeune homme qui se tient debout en polo blanc dans une cour ensoleillée, puis celui où on le voit, chemise à carreaux, sourire espiègle, air poupin. «Vous souhaitez-vous adresser aux accusés ?» propose la présidente. «Je me dis que peut-être eux veulent me dire quelque chose», répond-elle d’une voix qui se trouble. Avant de se laisser happer à nouveau par les images. «Ah oui, ce sourire moqueur, ça, c’était lui. Il avait de la douceur, on le voyait.» Esteban Morillo, qui a reconnu avoir assené les coups mortels au jeune homme lors de la bagarre se lève. Sa voix se brise : «Je suis désolé, j’admire votre courage. Je suis sincèrement désolé. Je regrette, je ne sais pas quoi dire, pas quoi faire pour me faire pardonner. J’aurais voulu que ça ne se soit pas passé.» A l’écran, Clément Méric sourit toujours.




