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Cinéma: Un peuple et son roi
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
De Pierre Schoeller. Film français, 2018, 2 h 01.
Réalisé par Pierre Schoeller (l’Exercice de l’État), Un peuple et son roi est une chronique des premiers moments de la Révolution française, de 1789 à 1793. C’est-à-dire de la prise de la Bastille jusqu’à l’exécution du roi.

Au niveau des habitantEs des faubourgs
Il ne s’agit pas d’une grande fresque historique avec une débauche de moyens, qui montrerait la Révolution française grand angle, mais plutôt d’une succession de saynètes qui survolent toute cette période. Le parti pris n’est pas celui des grands évènements, des grandes figures dont on a gardé la mémoire, mais plutôt de se placer au niveau des habitantEs des faubourgs de Paris, des ouvrierEs des ateliers, des femmes particulièrement. On suit de scène en scène les membres de la famille d’un verrier (Olivier Gourmet, Adèle Haenel, Gaspard Ulliel, Izia Higelin, Noémie Lvovsky) engagée dans la révolution, dans ses débats, dans ses actions, dans sa confrontation au pouvoir.
Les moyens financiers de la production étant limités, la caméra est très proche des personnages, des objets, quasiment à l’épaule, privilégiant le gros plan ; elle partage le point de vue du peuple de Paris et de fait rend perceptibles la distance, la divergence d’intérêts avec les représentants des autres classes sociales, les bourgeois, la noblesse, le roi, beaucoup plus lointains. Ce choix, hélas, a ses limites dès que la caméra prend du recul : la marche des femmes paraît bien maigrelette sur l’écran, et incapable de faire vaciller le pouvoir alors que celle (bien réelle) de 1789, quasi insurrectionnelle, était d’une autre ampleur.
Accent mis sur le rôle des femmes
Pierre Schoeller choisit aussi de mettre l’accent sur le rôle des femmes, de la famille jusque dans les confrontations révolutionnaires : toujours au premier plan dans l’action, mais toujours cantonnées au deuxième rôle politique, exclues de la représentation. Cette période des premiers temps de la révolution est pleine de mobilisations où les femmes ont un rôle de premier plan voire décisif, marche des femmes d’octobre 1789, fusillade du Champ de Mars le 17 juillet 1791, siège des Tuileries le 10 août 1792. Ce point de vue ne tord pas la réalité, bien au contraire. Il permet de confirmer une Révolution française se situant à la genèse de la période contemporaine et de ses débats. On regrettera que le film fasse l’impasse justement sur ces derniers, qui traversent le peuple des faubourgs, dans les clubs, où les femmes étaient souvent présentes (dans l’auditoire il est vrai) et dont certains précisément étaient strictement composés de femmes au moins jusqu’à la fin 1793. On aurait aimé assister à un de ces moments où la parole se libère et où se construit la conscience sociale…
Enfin reste une ambiguïté autour du régicide. Laurent Lafitte campe un Louis XVI certes pas caricatural mais qui a fait son temps. On assiste à la désincarnation du monarque absolu, qui ne peut plus gouverner comme avant, ce qui ne peut se conclure que par sa mort. Son sang qui rejaillit sur les mains des enfants au pied de la guillotine induit un peu trop une faute, une culpabilité qui n’a pas lieu d’être.
Malgré ses imperfections, le souffle de la mobilisation révolutionnaire traverse le film, la rendant plus proche, plus concrète, plus accessible. C’est une belle popularisation de l’épreuve révolutionnaire, en rendant ses enjeux simples et limpides. Et c’est une bonne occasion de réviser son histoire.
Jean-Marc Bourquin




