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L’extrême-droite en force au premier tour. Où va le Brésil ?

Brésil

Brève publiée le 10 octobre 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

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L’extrême-droite brésilienne est sur le point d’arriver au pouvoir, ce qui signifierait un tremblement de terre politique et un saut qualitatif dans les attaques contre les droits des travailleurs. Même si on ne peut pas exclure un retournement de situation, les chances du PT semblent très réduites.

La terre de la samba, le football, les plages et la bonne humeur. Cette image caricaturale et utile pour vendre des voyages touristiques est rentrée en collusion violemment contre la réalité d’un pays embourbée dans une crise sociale et politique profonde. Pour la première fois depuis la fin de la dictature et de la transition pactisée sous la tutelle de l’armée à la fin des années 1980, un candidat défendant ouvertement la dictature, les tortures et les crimes des militaires est en passe d’arriver au poste de président.

Jair Bolsonaro, c’est le nom du candidat du Parti Social Libéral (PSL) qui a obtenu un peu plus de 46% des voix au premier tour de l’élection présidentielle dimanche dernier. L’ex capitaine de l’armée est loin devant son rival au second tour, Fernando Haddad du Parti des Travailleurs (PT) qui a obtenu près de 29%. Ces résultats défient tous les sondages d’avant le premier tour : même si depuis longtemps on envisageait ce duel au second tour, personne n’avait prédit un tel score pour l’extrême-droite.

Aujourd’hui tout semble indiquer que ce sera Bolsonaro qui emportera l’élection lors du second tour le 28 octobre prochain. Même si l’on ne doit pas exclure la possibilité d’un retournement, il semble de plus en plus compliqué que le PT réussisse à s’imposer.

Les conséquences du putschisme institutionnel permanent depuis 2016

Cette situation s’explique fondamentalement par le climat social et politique créé par le coup d’Etat institutionnel contre Dilma Rousseff en 2016 et les différentes manœuvres et manipulations antidémocratiques et arbitraires de la part du pouvoir judiciaire.

En effet, l’opération anticorruption « Lava Jato » menée par le pouvoir judiciaire, qui visait principalement le PT dans un régime où la corruption est endémique et touche l’ensemble des partis politiques, a favorisé la création d’un climat social et politique profondément anti-PT. Le point le plus élevé de cette véritable campagne anti-PT a été l’emprisonnement arbitraire de Lula et la proscription antidémocratique de sa candidature.

Cela a eu un effet particulièrement fort parmi les couches des classes moyennes aisées, traditionnellement la base sociale de la droite libérale (PSDB), qui se sont radicalisées et ont vu en Bolsonaro une opportunité de se « débarrasser des gauchistes du PT ».

Ceux-ci ont été rejoints par certaines franges des classes populaires, exaspérées contre la corruption et la situation économique. Ces secteurs des classes populaires, traditionnellement conservateurs et souvent influencés par les églises évangéliques, ont été séduits par le discours « radical » de Bolsonaro promettant des punitions fermes contre les « bandits », favorable à la peine de mort mais aussi voulant mettre de l’ordre dans un pays où les féministes et les LGBT porteraient atteinte à la moralité et aux valeurs de la famille.

Bolsonaro n’était pas le premier choix du pouvoir judiciaire, du capital étranger et national, des grands médias ni même de l’armée. Loin de là. Mais face à l’impossibilité d’imposer « leur » candidat, plus modéré et centriste, Geraldo Alckmin du PSDB, ces derniers jours ils ont fait leur choix. La croissance de la popularité de ce politicien médiocre, même pour les critères bourgeois, est un résultat direct (et non désiré) du putschisme institutionnel.

Effondrement de la droite libérale

Dans ce contexte ultra hostile et rempli de manipulations contre le PT, on peut dire que celui-ci obtient un résultat qui n’est pas des plus mauvais. Cependant, les difficultés pour le parti de Lula et Haddad se trouvent dans le fait que leurs potentiels alliés du centre-droit face à Bolsonaro se sont complètement effondrés.

En effet, après le coup d’Etat institutionnel, soutenu par pratiquement toutes les forces du « Grand Centre », il y a eu un moment d’affrontement entre « l’aile politique » du régime (les anciens partis, y compris le PT) et le pouvoir judiciaire et l’opération Lava Jato. Les premiers s’inquiétaient que la Lava Jato ne finisse par délégitimer l’ensemble des partis politiques.

Au vu des résultats de Bolsonaro et de l’effondrement de la droite libérale, pilier du régime brésilien, on peut affirmer que ces craintes se sont concrétisées. En effet, le Parti Social-Démocrate du Brésil (PSDB) a obtenu moins de 5% des voix aux présidentielles. Sa base sociale a préféré le « vote utile » contre le PT. Mais celui-ci était déjà remis en cause par les classes moyennes qui lui récriminaient de faire partie aussi des schémas de corruptions qui minent la vie politique brésilienne.

Il s’agit de la pire performance de la droite libérale depuis le retour de la démocratie au Brésil. Et même si elle dispute encore l’élection au gouvernement d’Etats importants du pays (São Paulo, Minas Gerais et Rio Grande do Sul), les figures qui arrivent au second tour de ces élections sont assez extérieures à l’appareil et en quelque sorte ont déjà exprimé leur adhésion à Bolsonaro pour le second tour.

Sans aucun doute, la droite libérale est déjà l’un des grands perdants de ces élections. Mais cela n’est pas seulement dû à la radicalisation de la base électorale de la droite et à sa recherche d’un « vote utile »contre le PT. Le PSDB a également commis quelques fautes politiques importantes ces dernières années. Comme explique le sociologue Marcos Coimbra qui s’interroge carrément sur la possibilité d’une « disparition du PSDB » : « la façon dont le PSDB a agit lors des élections de 2014 [son candidat n’avait pas reconnu le résultat], la participation du parti à la destitution de l’ex-présidente Dilma et au gouvernement Temer a affaibli le parti en tant que principale opposition au PT ».

Se préparer pour des explosions sociales d’ampleur

Indépendamment du résultat au second tour, on peut dire déjà que la stratégie électoraliste et conciliatrice du PT est totalement impuissante face à la montée de l’extrême-droite. Car même en cas de victoire (qui semble aujourd’hui improbable) du PT, le courant politique de Bolsonaro et sa nouvelle force militante vont continuer à se renforcer à la faveur de la polarisation sociale et politique que connait le pays.

Le PT se prépare, en cas d’éventuelle victoire, à gouverner en coalition avec la droite libérale et surtout en respectant les intérêts des grands groupes financiers et industriels. Dans ces conditions, un agenda d’attaques contre les travailleurs s’imposerait sans aucun doute.

Mais la réalité c’est que le scénario le plus probable est celui d’une victoire de Bolsonaro et de l’extrême-droite. Cette extrême-droite qui se dit « nationaliste » mais qui, comme tous ces courants réactionnaires dans les pays dominés par les intérêts impérialistes, est totalement servile aux capitalistes nord-américains et européens. Bolsonaro et son probable ministre de l’économie veulent appliquer un plan totalement néolibéral s’inscrivant dans la continuité radicalisée de la politique du président putschiste Michel Temer.

En ce sens, quand Bolsonaro voudra appliquer les privatisations, les législations dégradant les conditions de travail et de vie de la population ouvrière et populaire, entre autres attaques contre les droits démocratiques, des femmes et des minorités opprimées, il devra faire face à la lutte de classe. Certains secteurs populaires qui aujourd’hui le soutiennent pourraient rompre radicalement avec l’ex-capitaine réactionnaire. Dans un contexte de crise politique et économique et de polarisation, on peut en effet s’attendre à de grandes explosions sociales.

En ce sens, pour les travailleurs s’impose de façon urgente la construction d’une alternative politique avec indépendance de classe, anticapitaliste et révolutionnaire, capable de dépasser par la gauche le PT et ses bureaucraties qui sont aujourd’hui l’obstacle le plus grand à la résistance face au putschisme et aux attaques des capitalistes. Avec la force des travailleurs organisés, des femmes en lutte contre le machisme et pour leurs droits, des LGBT, des Noirs, il est possible de lutter contre l’extrême-droite dans les rues, les lieux de travail et d’étude. Il est possible de faire face à Bolsonaro et à tous les capitalistes, et de leur imposer une défaite.