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Malgré le vote obligatoire, un Brésilien sur cinq s’est abstenu
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
L’abstention a atteint 21 % lors du second tour de l’élection présidentielle dimanche. Un chiffre important dans un pays où le vote est obligatoire.
Alors que le vote est obligatoire au Brésil, plus d’un électeur sur cinq (21,3 %) ne s’est pas déplacé, dimanche 28 octobre, pour voter à l’élection présidentielle, qui a conduit à la victoire du candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro face au candidat de gauche Fernando Haddad.
Si ce taux d’abstention n’est pas exceptionnel – il s’est établi, lors des six dernières élections entre 16,8 % en 2006 et 21,5 % en 1998 –, il reste haut et interroge sur la mise en œuvre concrète de l’obligation du vote.
Vote obligatoire, avec des exceptions
Instauré en 1932, le vote obligatoire a été renforcé en 1988 dans la nouvelle Constitution brésilienne, encore en vigueur actuellement. Concrètement, la Constitution oblige tout citoyen brésilien, entre 18 et 70 ans, à voter pour l’ensemble des élections, quelle qu’en soit l’échelle (locale ou nationale). Les expatriés brésiliens ne bénéficient d’aucune dispense pour les élections nationales.
En revanche, les Brésiliens ayant entre 16 et 18 ans (le vote au Brésil étant permis à partir de 16 ans), ainsi que ceux âgés de plus de 70 ans, les soldats et les illettrés, quel que soit leur âge, n’ont, eux, aucune obligation de vote.
Dispenses et sanctions
Au-delà de ces exceptions, il reste possible pour les électeurs de s’abstenir, s’ils parviennent à le justifier auprès du tribunal régional électoral (TRE) dans un délai de soixante jours. Le taux d’abstention connu au lendemain des élections mélange des abstentionnistes volontaires et des abstentionnistes qui ont eu une réelle impossibilité de se déplacer.
Si le TRE juge leur excuse invalide, ou s’ils n’ont pas fait cette démarche de justification à temps, ils peuvent être assujettis à deux types de sanctions, l’une monétaire, l’autre administrative.
La sanction monétaire est la plus légère : les abstentionnistes doivent généralement payer une amende équivalant à deux euros. La sanction administrative est, elle, très lourde. Si une personne n’a pas voté à trois élections consécutives (chacun des tours d’une élection compte pour un) et qu’elle n’a pas pu justifier son absence, elle se voit retirer sa carte électorale. Or, sans carte électorale, les Brésiliens ne peuvent pas passer d’examen pour devenir fonctionnaires, recevoir d’argent de l’Etat, obtenir un passeport ou encore un crédit dans une banque étatique.
Il est donc possible pour les Brésiliens de « manquer » une élection. Mais ils doivent veiller à ne pas en faire une habitude, sous peine de sanctions administratives importantes. Selon un sondage publié par l’institut de sondages Datafolha en 2014, 57 % des citoyens obligés de voter ne se déplaceraient pas si le vote n’était pas obligatoire (contre entre 16 et 21 % des électeurs, selon les chiffres d’abstention lors des élections de ces vingt dernières années).
Registre obsolète
En 2014, le journal Estado de São Paulo avançait une autre raison pour expliquer l’abstention malgré le caractère obligatoire du vote. Cette année-là, les Brésiliens étaient également appelés à voter pour leur chef d’Etat. A São Paulo, environ 20 % des électeurs ne s’étaient pas déplacés. Après avoir effectué une étude statistique, le journal avait affirmé qu’une partie de l’abstention pourrait être expliquée par le manque de mise à jour des listes d’électeurs, celles-ci comportant encore… des personnes décédées.
Le journal avait noté que dans les villes où les listes électorales avaient été complètement mises à jour – cette dernière imposant aux votants inscrits de présenter leurs empreintes digitales à la cour électorale –, le taux d’abstention était plus bas. Les électeurs décédés avaient ainsi été retirés des listes électorales… et donc du décompte des abstentionnistes.




