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La triste histoire des bacs pro
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
De ministre en ministre, de réforme en réforme, de rapport en rapport, le système éducatif français fait – trop souvent, hélas – la démonstration de ses contradictions. Pour ne pas dire de ses absurdités.
Le sort des bacheliers professionnels en offre une illustration que l'on n'ose qualifier d'exemplaire, dès lors que s'y joue l'avenir de dizaines de milliers de jeunes, chaque année.
Voilà une belle idée, lancée par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'éducation nationale, en 1985 : ouvrir la voie "royale" du baccalauréat à des jeunes qui n'ont ni le goût ni le talent de faire des études universitaires longues mais qui souhaitent acquérir un bagage technique suffisant pour entrer dans la vie active. Soit immédiatement, soit après des formations supérieures courtes de deux ans en Instituts universitaires de technologie (IUT) ou en sections de techniciens supérieurs (STS, formant aux BTS). Du bâtiment à la boulangerie, de la plasturgie à la vente, de la comptabilité à la maintenance, quelque quatre-vingts filières sont offertes par les lycées professionnels.
Le succès a été éloquent : en un quart de siècle, la voie professionnelle est devenue la seconde filière d'accès au baccalauréat. En 2012, 188 000 jeunes ont obtenu un "bac pro", contre 294 000 un bac général et 124 000 un bac technologique. Ce succès a largement contribué à atteindre, pour la première fois cette année, l'objectif de conduire 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat.
Formidable résultat. Et après ? Après, c'est l'impasse. Du moins pour la petite moitié (47 %) de ces bacheliers qui souhaitent prolonger leurs études. Ils devraient être accueillis en priorité dans les IUT et les STS. Or ils en sont pratiquement écartés par les bacheliers généraux. Ceux-ci, en effet, lorsqu'ils ne peuvent prétendre aux très prisées classes préparatoires aux grandes écoles, prennent d'assaut ces filières, verrouillées par la sélection à l'entrée et bénéficiant d'un encadrement pédagogique et de débouchés professionnels attractifs. Les chiffres sont cruels : les "bac pro" sont pratiquement absents des IUT et fournissent moins de 40 % des élèves de STS.
C'est là que le système devient kafkaïen. Car ces déboutés des filières courtes s'inscrivent à l'université, dans des filières longues classiques (en lettres, en histoire, en droit, etc.), dans lesquelles ils se retrouvent désarmés, égarés dans des formations plus complexes et conceptuelles auxquelles ils ne sont pas préparés, et bientôt en échec pour la grande majorité d'entre eux. Et ce quels que soient les efforts de bien des équipes universitaires pour tenter de les remettre à flot.
La morale de cette triste histoire est claire. Nous nous gargarisons depuis des décennies de la "démocratisation" de notre système éducatif. Et nous laissons – les familles, autant que l'école et l'Etat – jouer à plein les mécanismes d'orientation par défaut des élèves et de sélection par l'échec des étudiants. Au bénéfice d'une froide reproduction des élites, déprimante pour les jeunes et dangereusement malthusienne pour le pays.




