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Club Politique Bastille sur le mouvement des Gilets jaunes

Gilets-jaunes

Brève publiée le 27 novembre 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article228

Notre club... - Après le 24 novembre - Attention : derrière la haine de classe : le mépris de classe - NPA 04 : Lettre aux syndicalistes pour la réunion des gilets jaunes et rouges

Notre club n’ayant pas contractuellement pour obligation de produire une analyse immédiate, nous avons pensé qu’il serait intéressant, dans cette période, de noter des faits, des détails, des déclarations qui nous ont frappés et de le faire sous forme de notes, de fragments ou de courts textes.

Plus tard, cela fera peut-être sens et sera utile à une véritable analyse ou fera rire de sa naïveté. 

Lundi 26 novembre.

Que dire du chiffrage ? Le 24, Castaner a produit des chiffres de participation qui sont une insulte aux manifestants. Déjà, la semaine précédente, lorsque l’on divisait le nombre de manifestants annoncés par le nombre d’actions, on parvenait à un chiffre absurde.

Je me souviens que le chiffrage du 26 se termine par un 1 et que celui du samedi précédent par un 2.

Chiffres toujours : « La manifestation contre les violences sexuelles a réuni plus de monde que les gilets jaunes à Paris et les médias n’en ont pas parlé. » Ce mantra élaboré par la cellule riposte de l’Élysée a été repris par bien des militants d’extrême gauche (navrant !) et par les médias de garde (consternant mais attendu !).

La manifestation des gilets jaunes samedi a été un succès (il faudra voir les polémiques Lallab /organisations féministes laïques plus tard). Un moment intéressant : la haie d’honneur des gilets jaunes pour accueillir la manif violette, sur la Place de l’Oeuf à Montpellier.

Que dire des échauffourées télévisées en direct tout l’après midi de samedi ? Comme d’habitude. La foule s’avance pacifiquement au plus près des gendarmes. Les grenades lacrymogènes partent. On gaze tout le monde. Les caméras tournent !

Que dire de l’extrême droite et de ceux dont » les pans de chemises brunes dépassent du gilet » (citation de Sedjouk) ? Il y en avait. Que dire des militants violents d’extrême gauche ? Il y en avait aussi. Mais c’étaient comme souvent, des figurants. Des historiens comme Sylvain Boulouque ont même vu une manifestation d’ultra droite (drapeaux français avec symbole royaliste.)

Un historien respectable, lui, fait actuellement la promotion de son livre sur l’histoire populaire, Gérard Noiriel. Il est partout. Ca tombe bien, c’est intéressant en diable.

Merci aux membres de la revue Ballast qui, en direct, ont démonté les légendes urbaines. Merci aussi de s’occuper de celui qui a eu la main arrachée.

Tous ces gilets jaunes, retraités, travailleurs pauvres, femmes ouvrières, chômeuses… bref tous ces gens des classes populaires (et non des classes laborieuses donc dangereuses dont parle Macron) qui sont montés à Paris ou sont restés chez eux en province, bien peu leur ont donné la parole. Pourtant, aucun des scénarios habituels élaborés par le pouvoir ou ses affidés ne les a troublés ni fait reculer.

Il faudra bien un jour s’attaquer au mépris. Mépris de classe, mépris du peuple, mépris pour les gens qui ne jouent pas le rôle qui leur est assigné.

Le premier mépris vient de la non reconnaissance de ces gens comme des personnes : ils sont nommés par leur appartenance sociale, par leurs votes (électeurs de), par leur origine (les berrichons montent à Paris..).

Ce sont des personnes qui, quand vous les rencontrez dans la rue, vous racontent leur histoire. Elles veulent exister face à un président qui les méprise (Macron Démission !!!) face à un système, des représentants, des syndicats qui les nient (pas de syndicats, pas de partis)

En clair, elles ne rentrent pas dans une essence, elles s’en libèrent. C’est une action émancipatrice en plus d’être revendicative.

A noter le nombre élevé de femmes. Femme blanche, au chômage, deux enfants, catho zombie etc. c’est aussi une intersectionnalité.

L’élaboration à droite comme à gauche : la disparition des corps intermédiaires vient aussi et surtout de cette libération des personnes aliénées. Mais qui se plaint de cette disparition ? Les corps intermédiaires eux mêmes ! Non au chômage des syndicalistes bureaucrates, des politiques appointés… de tous ceux qui parlent au nom des autres. Ah !la paix sociale quel pied pour les privilégiés. Alors…

Et bien, les gilets jaunes viennent d’élire une délégation. Pas un comite machin avec des délégués trucmuches, non une délégation pour porter leurs doléances. Et la lutte toujours soutenue par une majorité de français continue… Horizontale, pas de structures verticales. Certes on peut discuter la nature des doléances, l’origine des délégués, personne ne va s’en priver… mais ils s’en foutent.

Alors… la candidate de FI a pris une rouste à Évry. Explication de Mélenchon : le vote a été noyé dans l’abstention. (sic). Et oui pas de mouvement par les urnes. On vote pour quelqu’un. Pas de désir de FI ?

Demain, le discours de Macron.

J’espère qu’il reviendra sur les incultes « qui n’ont pas la culture du progrès ».

Marc avait fait la liste des positions de l’extrême gauche. Courageux ! Utile ??? Sinistre !!!

Devinette du soir :

Enfin Plenel et Mélenchon sont dans un bateau. Le bateau coule. Qu’est-ce-qui reste ?

Michel

27/11/18

***

Après le 24 novembre

1. Le mouvement des Gilets Jaunes est le premier mouvement social de masse qui

met au centre la question de l’écologie populaire et sociale. En plaçant l’accès à

l’énergie au centre de ses préoccupations, il lie les conditions de vie des classes

populaires à la résolution écologique et sociale des problèmes posés par les

transports, la précarité énergétique et l’absence des services publics. Loin de

l’écologie libérale et d’une recherche du consensus introuvable, le mouvement des

Gilets jaunes redonne de la conflictualité politique au débat démocratique en

plaçant au cœur des tensions sociales les questions écologistes. Car les questions

environnementales, loin de demeurer des questions périphériques qui ne devraient

intéresser que les seules classes aisées, doivent au contraire être placées dans le

creuset de la problématique de transformation sociale. Il ne peut y avoir de justice

sociale sans justice environnementale. Il suffit d’observer les conditions de vie des

plus démunis socialement pour se convaincre qu’ils subissent le plus durement les

atteintes portées à l’environnement. Celles et ceux qui vivent dans les zones dites

périphériques, dans un habitat dégradé et pollué, sont les mêmes qui ne peuvent

s’offrir une nourriture biologique, ni prendre des vacances, et qui sont les plus

contraints par une politique de transports mal aménagée. Ce mouvement est aussi

social écologique parce qu’il lutte contre la relégation spatiale, engendrée par les

mobilités contraintes. Il est directement issu des poches de pauvreté structuré par le

chômage de masse et la précarité.. Les Gilets jaunes sont enracinés dans des

territoires déshérités, qu’on appelle « périphériques », il refuse la gentrification et la

métropolisation accélérée qui ont aggravé la fracture territoriale et sociale,

largement présente en raison de la désertification des zones rurales et de l’apartheid

social des quartiers populaires.

2. Les Gilets jaunes sont un mouvement social écologique parce qu’il est

communaliste par essence. Se structurant à partir des ronds points, des villages, des

parkings de centres commerciaux, des péages, il s’organise en fonction du principe

de proximité au plus près de l’espace de vie des populations, la commune. Tout en

utilisant les réseaux sociaux pour s’organiser horizontalement, il s’allie souvent avec

les maires ruraux dont de nombreux sont rentrés en résistance passive depuis

l’arrivée de Macron au pouvoir, la moitié d’entre eux refusant de se représenter en

2020, de nombreux démissionnant en cours d e mandat. Il est communaliste parce

qu’il allie principe de proximité et souveraineté populaire.

3. La composition sociale du mouvement des Gilets Jaunes transforme le rapport

entre l’écologie et la société. Les « bloqueurs » sont des ouvriers, des employés, des

artisans, du petit patronat en voie de paupérisation. C’est-à-dire des catégories qui

ensemble sont la majorité du pays. C’est un renversement de perspective qui permet

aux classes populaires de se réapproprier la question écologique en la liant à la

répartition des richesses et à la contestation du système capitaliste. Jusqu’ici, celles

et ceux qui étaient au cœur du mouvement écologique représentaient les couches

moyennes salariées (intermédiaires et supérieures) au capital culturel aisé. Il s’agit,

dés lors, de construire une dynamique social écologique qui réunisse les groupes

sociaux dont les intérêts ne sont pas divergents quant au fond mais qui ont été mis

souvent en opposition par les décisions du pouvoir privilégiant les uns contre les

autres.

4. Une feuille de route pour l’écologie sociale : Unir les Gilets jaunes et Gilets Verts,

articuler lutte pour la justice sociale et la justice écologique. Il s’agir de faire

émerger des revendications écolo sociales dans le mouvement des Gilets jaunes en

appuyant les plates formes allant dans ce sens dans la Meuse, à Saint Nazaire ou

ailleurs. Travailler à cette articulation prépare en même temps des revendications

unifiantes autour d’Etats Généraux de la solidarité sociale et climatique

accompagnée des Cahiers de Doléances. Ce processus ne pourra se faire sans qu’il y

ait un moratoire sur l’augmentation des taxes durant ces Etats Généraux.

Dans l’immédiat, il s’agit de préparer une plate forme avant et après la marche

pour le climat du 8 décembre à l’occasion de la COP 24 organisée en Pologne. Unir

les forces associatives environnementales, les syndicats, les forces politiques sur un

programme « changer le système pas le climat » est essentiel.

5. Pour développer la convergence des luttes, il faut comprendre le mouvement des

Gilets jaunes comme un mouvement de sécession plébeienne. Le refus de toute

ingérence politique et syndicale, de tout porte parolat auto proclamé, l’organisation

par en bas rappelle les épisodes des jacqueries paysannes mais surtout des

mouvements plébéiens interclassistes comme ceux de la Plèbe, des Ciampi , des sans

culottes, des Communards où des artisans , des ouvriers, des petits patrons, des

retraités sans conscience de classe pour soi se mobilisaient. La défiance de toutes

les confédérations syndicales empêche que d’une simple révolte dénonçant

l’augmentation du prix du diesel, le mouvement de protestation populaire contre la

vie chère passe à une lutte globale contre la politique antisociale du macronisme.

6. L’écologie et la gauche populaire ne doit pas regarder ce mouvement en spectateur

mais s’engager pour susciter une convergence par le bas pour politiser la colère

populaire. La prise des Champs - Elysées le 24 novembre a été une journée des

Barricades dans la tradition des émeutes plébéiennes de la rébellion française.

Comme toute révolte plébéienne, elle est l’expression d’une dialectique entre un

repli sur l’Aventin, le 17 novembre à travers les 3000 blocages et un assaut des

institutions. Si elle ne se consolide pas en se donnant des structures démocratiques

adaptées à l’époque et en se politisant, elle échoue. C’est pourquoi, il nous faut

comme écologistes sociaux à la fois lutter contre les tendances d’extrême droite au

sein des Gilets jaunes et nous nous opposer au mépris de classe qui existe au sein des

Gilets Verts. La stratégie de Macron consiste à faire de la peur des pauvres une

politique en soi. En amalgamant le FN aux Gilets jaunes, aux casseurs, il espère réunir

autour de lui une partie de l’électorat écologiste des centres villes, sceptique vis à vis

de sa politique depuis entre autres la démission de Nicolas Hulot et qui hésite à voter

pour EELV, Hamon, voire Ségolène Royal. Il pratique cette stratégie car ce

mouvement est insaisissable parce qu’il vient de loin. Cette révolte populaire est

issue de 35 ans d’une politique d’austérité appliquée depuis 1983 par tous les

gouvernements de droite et de gauche, d’un mépris de la volonté populaire issue du

référendum de 2005, de la trahison des engagements de François Hollande sur la

lutte contre la finance, de la morgue d’Emmanuel Macon qui tourne depuis son

irruption sur la scène publique envers les pauvres, qu’on pourrait qualifier de

pauvrophobie. Qui sème la violence récolte la tempête.

Patrick

26/11/18

***

Attention : derrière la haine de classe : le mépris de classe

Amis inconnus, bonjour et merci pour vos commentaires. pour leur qualité et pour l’absence de trolls. comme vous êtes nombreux, je tenterai timidement un complément de réponse globale.

1 - D’abord merci aux historiens vigilants, ce n’était pas Marie Antoinette, le coup de la brioche c’était une fake news de jean jacques Rousseau (assez chic le fake quand même !). Bon dommage, ça m’arrangeait bien de mettre ça sur le dos de "la pauvre" marie antoinette. Je ne le ferai plus. Elle s’est contentée de convaincre son mari de faire envahir la France par les puissance étrangères, c’était déjà pas mal.

2 - une partie des commentaires critiques (acerbes, amers ou déçus) envers le mouvement tourne autour de la question : "avec les gilets jaune, non merci" avec comme arguments souvent cités : ...ils n’étaient pas là pour défendre les services publics, les cheminots, le droit du travail, et là ils veulent que je défende leur consommation, ce sera sans moi. Il y a là dedans des gens d’extrême droite. Ils ne sont pas plus écolo que mon genou. Ils sont racistes. Ils n’ont pas d’analyse politique, ce sont d’égoïstes consommateurs accrochés à leurs bagnoles, etc, etc...

Là dessus je voudrais rappeler l’inénarrable sociologue Alain Touraine, qui, du haut de sa chaire d’ivoire de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales dans le 6 ème arrondissement près du jardin du Luxembourg, derrière la faculté "d’extrême droit" d’Assas et de l’université catholique , avait décrété que le mouvement de 1995 qui avait mis 9 millions de grévistes dans la rue pendant trois semaines ( excusez du peu) pour une sombre histoire de régime spéciaux de retraites des cheminots "n’était pas un mouvement social" selon sa définition de ce qu’est un mouvement social, à savoir un mouvement répondant à une analyse idéologique cohérente et globale. Pendant qu’Alain touraine décernait des brevets de mouvement social je me rappelle avoir été pris dans un embouteillage monstre, tous les moteurs arrêtés et tout le monde qui se souriait !!! Il neigeait. Je ne sais pas aussi bien analyser les mouvements sociaux qu’Alain Touraine, mais quelque chose de très fort se passait. Ce matin à saint brieuc, au rond point, un gilet jaune m’a offert une crotte en chocolat et un autre un nounours haribo tagada. Et en 1995 ce n’était pas plus pour défendre un sombre alinéa dans les retraites des cheminots que toute la France est descendue se sourire dans la rue, que ce n’est aujourd’hui pour 6 centimes d’augmentation à la pompe. C’est autre chose.

Je voudrais dire à mes amis et inconnus politiquement conscientisés d’extrême gauche, à tous ceux qui savent ce qu’est la permaculture et qui peuvent expliquer les doigts dans le nez le mécanisme de la dette grecque et de la création monétaire, à tous ceux qui réussissent à lire Friot et Lordon dans le texte et qui ne manquent aucun monde diplomatique, qui savent faire une critique pertinente des média et ont l’appli médiapart, qui ne regardent pas la télé, qui voient les films en VO et qui savent articuler l’intersectionnalité des trois dominations sexe-classe-race, bref qui sont redevables à l’école d’avoir pu cesser de croire en Dieu en découvrant Nietzsche en terminale philo, c’est à dire qui sont comme moi, que nous devrions nous méfier de ne pas ajouter du mépris de classe à la haine de classe. Et que si nous carricaturons les gilets jaunes comme des beaufs racistes, amoureux du foot et du tour de France, et incapables d’analyser ou de revendiquer plus loin que leur bouchon de réservoir, nous reproduisons la même représentation du peuple que celle que Macron a dans la tête. Nous sommes en phase. Et c’est bien parce qu’il les prend pour des crétins incultes qu’il fera l’erreur de ne pas "céder à la rue". Il les déteste, il les méprise. Et nous ?

Se construire une conscience politique, c’est long. Moi ça m’a pris une vie, alors soyons respectueux de ce qui se joue sur les ronds points. J’ai discuté avec un pépé jaune qui avait bossé chez citroën rennes 37 ans. Un mec gentil comme tout mais pas syndiqué et pas politisé. Je ne sais pas ce qu’il vote. Mais lui s’est fait toute la journée et ça caillait. Pas moi !

Luc Boltanski et Eve Chiapello, dans "le nouvel esprit du capitalisme", un live de 900 pages qu’on ne lit pas sur les ronds points, expliquent que la révolution survient quand se rencontrent la crtique sociale (des gens qui se mobilisent sur des augmentations ou des suppressions d’APL) et la critique intellectuelle. ça serait bien que la critique intellectuelle ne regarde pas les premiers de trop haut si on veut créer la rencontre.

FL

26/11/18

***

NPA 04 : Lettre aux syndicalistes pour la réunion des gilets jaunes et rouges

Tendance CLAIRE (pour le Communisme, la Lutte Auto-organisée, Internationaliste et RévolutionnairE),

25 novembre 2018


Le mouvement des « gilets jaunes » comme cela était prévisible, a bouleversé complètement la situation politique et sociale du septennat et mis à nu la macronie, son monde et son petit roi. Cette mobilisation populaire se poursuit encore avec une combativité qui surprend, une réjouissante impertinence populaire, une convivialité sympathique et une radicalisation des slogans avancés, « Macron démission » est chanté sur tous les tons.

La prise de position des directions syndicales, de la CGT et de Solidaires en particulier, ont beaucoup fait pour que la réalité mouvante d’un mouvement naissant ne soit jamais abordée autrement qu’avec suspicion, l’abandonnant ainsi aux dangers de la récupération.

Le vide laissé par la gauche pour exprimer la colère populaire

En réalité, ce n’est pas tant le mouvement des gilets jaunes lui-même qui est compliqué que le mouvement ouvrier lui-même. Lequel finit par être de plus en plus empêtré dans ses vieux mythes et ses vieilles structures « éparpillées façon puzzle », que plus personne ne s’y retrouve. Expliquer aux gens ce qu’est devenue la « maison de la gauche » est devenu carrément impossible. Nous sommes tous comptables, militants et responsables de la gauche politique, syndicale et associative, des échecs du mouvement social et de notre incapacité à le refonder sur de nouvelles bases que celles héritées de la dernière guerre et la chute du mur, alors que le monde a bien changé.

Les organisations syndicales ont du mal à accepter et à comprendre que ce soient des secteurs les moins politisés et les moins organisés de la population qui ont trouvé ce moyen pour exprimer leurs exaspérations dans la rue, se montrant capables, sans elles, d’une très large mobilisation, en l’élargissant même dans la radicalisation : Des taxes sur les carburants, on est passé à une remise en cause globale de la politique libérale et le blocage de l’économie.

Une semaine après la première manifestation, on constate que malgré les désordres de tous types que ce type de blocages produit, le soutien de la population est massif.

Partout des syndicalistes rejoignent les exploités en gilets jaunes.

La fédération Ports et Docks CGT est claire et appelle ses militants à ne pas « laisser passer la caravane de la colère » en mêlant des « gilets rouges aux gilets jaunes ». D’autres voix au sein de la CGT estime que la « CGT a toute sa place dans ce mouvement », et appelle « l’ensemble de ses adhérents à participer aux rassemblements progressistes ». Leurs camarades de La Mède (Bouches-du-Rhône) ont déjà sauté le pas : depuis jeudi 22 novembre, ils bloquent la raffinerie Total aux côtés des gilets jaunes.

La jonction avec ceux qui depuis des années arpentent le pavé une demi-journée, à la demande surtout de la CGT, pour montrer qu’ils ne sont pas contents sur tel ou tel sujet et ceux qui descendent dans la rue pour la première fois parce qu’ils veulent que tout change vraiment est en cours, partout des grèves sont déclenchées. Des mouvements analogues émergent en Europe, comme un petit air de mai 68…

La responsabilité des organisations ouvrières est juste de favoriser cette convergence en construisant une unité populaire sur les bases de la lutte des classes avec la perspective de la grève générale.

Nourrir la division ou se battre pour l’unité

La classe dominante ne peut survivre que si l’immense majorité des gens qu’elle parasite ne sont pas conscients d’être si nombreux à avoir des intérêts communs, que leur place est essentielle dans la création de richesses et donc que leur force est immense. La division est au cœur des rapports de productions capitalistes qui produisent des hiérarchies, des concurrences, des rivalités pour tenter d’instaurer la guerre de tous contre tous.

Si l’arme redoutable de la division ne permet pas la soumission, alors celle des violences de l’Etat bourgeois doivent être mobilisées et légitimées par toutes sortes de subterfuges.

La trahison des organisations social-démocrates, politiques et syndicales en se montrant incapables de proposer de réelles alternatives à l’ordre libéral ultra-capitaliste et sa crise, a nourrit bien des déceptions et des frustrations qui aujourd’hui comme hier ont fait le lit de l’extrême droite, d’abord sur le terrain électoral, puis ailleurs, dans toute la société.

Il y a des électeurs FN dans les villages, dans les cités ouvrières, dans les sections syndicales, au comptoir des bistrots, dans les tribunes des stades, dans les repas de famille, quelle surprise !

Après 20 ans de lepénisme, partout nous sommes confrontés à des propos et attitudes racistes, sexistes et homophobes, nous les côtoyons et nous les combattons ! C’est seulement dans la rue, dans les barrages que nous craignons de les rencontrer pour les combattre devant tous ?

Il faut laisser aux médias et aux bobos – toujours enclins aux compromis avec l’Etat en raison de leur origine de classe – qui méprisent le peuple, la quête du « fasciste » de service pour trouver un prétexte pour garder l’arme au pied dans la bagarre contre la macronie et son monde, en cours.

Nous n’allons pas laisser aujourd’hui l’extrême droite venir sur notre terrain de la mobilisation populaire, de la lutte sociale et de la rue, en restant passifs. Si nous ne sommes pas capables de gagner aujourd’hui cette bataille là, autant aménager des caves pour nous cacher demain !

Quand le Front national a-t-il organisé un barrage, bloqué un supermarché, organisé un péage gratuit appelé à bloquer l’économie ?

Le niveau de conscience des masses, tel qu’il s’exprime aujourd’hui a fait un grand bon en avant, on voit avec plaisir reprendre partout et massivement nos idées contre l’oligarchie et pour la répartition des richesses. L’attribution de la responsabilité de la baisse du pouvoir d’achat aux migrants et aux « assistés », a disparu des radars médiatiques. Tout cela est annonciateur de nouveaux matins, car d’un seul coup, l’ordre social n’est plus perçu comme naturel, il y a des responsables au mal de vivre devenu alors insupportable. Les masses dans la rue construisent un autre « nous » pour être capables d’agir contre « eux » sans se préoccuper des formes traditionnelles de représentation et de délégation, la belle affaire !

Ce n’est qu’un début… Un bon début…

Quand les gens prennent conscience que ce système plombe leur vie, que toutes ses instances, toutes ses lois, toutes ses structures, politiques, syndicales, associatives, ne font que fabriquer du consentement à un ordre injuste qui leur est imposé de mille manières, alors le « voile se déchire » et naît le besoin de prendre ses affaires en main avec l’envie de changer vraiment les choses. Un peuple est entrain de se re-construire, avec convivialité et enthousiasme, de l’inventivité, de l’auto-organisation, c’est très réjouissant et prometteur pour les suites. Il faut faire confiance au peuple lui-même pour résoudre les multiples problèmes auxquels il va être confronté.

Le peuple n’apprend pas, par la grâce des discours des politiciens professionnels ni dans les conférences de professeurs rouges, il apprend en marchant, en renversant les obstacles placés sur sa route. Nous devons prendre notre part, dans ce mouvement qui va s’inscrire dans la durée, quand vont se poser les problèmes de l’organisation, et de la définition des objectifs.

Quelques soient les formes qu’il prendra et le rythme qu’il choisira de se fixer, notre tâche est juste de participer. Pour que les gens ne se trompent pas de colère, nous devons avec eux, être les meilleurs opposants à ce régime massivement rejeté, en désignant clairement notre ennemi : La dictature du capital et de tous ses serviteurs. En avançant clairement notre objectif : La grève générale.

Le monde a changé, les gilets rouges doivent se mêler aux gilets jaunes

Face à une crise de cette ampleur qui sert de prétexte aux capitalistes pour s’attaquer à tous les aspects de la vie sociale, en organisant un chômage de masse, le syndicalisme ne peut se limiter à la défense des salariés des grandes entreprises dans le cadre d’un partenariat social exsangue, quant c’est toute la population qui peine.

Comme dans toutes les crises, au delà des salariés qui voient leurs conditions de travail et de salaires se dégrader, il y a les chômeurs, les précaires, les jeunes isolés, les étrangers, qui souffrent aussi. Les problèmes d’accès aux services publics, à la santé, à la formation, au logement, à la mobilité, comme les problèmes de l’environnement sont tout aussi essentiels. Les petits patrons, les artisans et commerçants, les paysans, les prolétaires devenus indépendants forcés, les étudiants et les lycéens sont eux aussi des victimes du capitalisme.

Malgré les contradictions et les divisions, c’est tout un peuple qui se construit et qui doit se retrouver uni, gilets rouges et gilets jaunes, dans le combat commun contre le même ennemi : cette oligarchie haïe.

Par NPA 04

https://www.anti-k.org/2018/11/25/npa-04-lettre-aux-syndicalistes-pour-la-reunion-des-gilets-jaunes-et-rouges/