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Le CNRS ne se laissera pas enterrer à 80 ans
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
L’AG des personnels de la recherche publique réunie le 16 novembre dernier à Paris a voté un texte d’analyse et de revendication concernant les recrutements au CNRS que vous trouverez ci-dessous.
Cette AG avait été organisée en réponse à l’annonce de la baisse de 50 postes de chercheur.es lors des prochains concours du CNRS et en réaction aux divers dysfonctionnements qui ont entravé l’évaluation par les sections du Comité national lors des derniers concours.
Dans la continuité de cette AG et aux côtés de plusieurs organisations syndicales et associatives, nous appelons à un rassemblement le 13 décembre prochain, lors du prochain CA du CNRS, pour faire entendre notre protestation et nos revendications.
Rendez-vous au siège du CNRS, 3 rue Michel-Ange, Paris 16ème, à 9h.
Le comité de mobilisation intersyndical et interassociatif issu de l’AG du 16 novembre 2018
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LE CNRS NE SE LAISSERA PAS ENTERRER A 80 ANS !
Le CNRS célébrera ses 80 ans d’existence en 2019, avec plusieurs dizaines de prix Nobel et de médailles Fields à son actif. Pourtant, on se dirige vers un enterrement des principes démocratiques d’organisation qui ont fait son succès et une mise en péril de l’institution.
En 2019, seuls 250 postes de chargé·es de recherche seront mis au concours (contre 300 les dernières années, 400 en 2010) et la Direction laisse entendre que ce faible niveau de recrutement se poursuivra pendant plusieurs années. Les effets de ces choix, liés au faible financement de la recherche publique en France, sont dramatiques pour le renouvellement de la recherche et pour les jeunes chercheur·ses sans poste. Cette tendance à la diminution de l’emploi statutaire est encore plus notable pour les personnels ingénieurs et techniciens du CNRS, pourtant essentiels à la mise en œuvre des recherches. Cette nouvelle baisse de la création de postes statutaires vient nourrir une précarisation organisée de l’emploi scientifique depuis le début des années 2000. Et elle va s’accentuer dans les prochaines années ! Ce mouvement n’est pas spécifique au CNRS : faute de moyens, un grand nombre d’universités annoncent le non-remplacement des départs de leurs personnels (retraite, mutation, etc.) malgré une augmentation du nombre d’étudiant·es. Ce n’est ni plus ni moins qu’une mise en péril de l’enseignement supérieur et de la recherche publique en France.
Pour que le CNRS puisse assurer ses missions de développement des connaissances, la Direction du CNRS, en collaboration avec les autres établissements de l’enseignement supérieur et la recherche, les sociétés savantes et les organisations syndicales, doit défendre la cause de la recherche publique et enrayer le décrochage de la place de la France au niveau international. Il est de ce fait déplorable de constater que le président du CNRS a ouvert moins de postes statutaires qu’il n’était en capacité de le faire, au regard du plafond d’emploi autorisé. Bien au contraire ! Le gouvernement doit édicter un plan pluriannuel de l’emploi scientifique comprenant des créations de postes statutaires et une augmentation du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche civile, à hauteur d’au moins 3 % du PIB – comme le font d’autres pays européens.
Ce n’est pas seulement l’emploi qui est visé par les réformes et les pratiques en cours. C’est aussi le fonctionnement d’une recherche collégiale qui fait l’objet de remises en cause dangereuses. Au CNRS, au vu de la réduction des postes, le prochain concours va se dérouler dans des conditions particulièrement difficiles pour les jurys d’admissibilité. Pour que les prochains concours assurent un recrutement de qualité et l’égalité de traitement de tou·tes les candidat·es, plusieurs conditions doivent être mises en œuvre :
- le respect du travail d’évaluation scientifique réalisé par les pairs de chaque discipline (membres des sections du Comité national du CNRS) : les classements des candidat·es admissibles sont établis après une analyse en profondeur de la qualité et de l’originalité des projets de recherche (examen des dossiers et auditions des candidat·es), il ne saurait être remis en cause sans justification ;
- ces classements doivent être garantis par les jurys d’admission qui n’ont pas les moyens de réaliser ce travail d’évaluation sur des critères disciplinaires et ne sont pas censés réexaminer le travail réalisé par leurs collègues en section ;
- les Directions du CNRS et des instituts ne doivent pas, en aval des concours, imposer des priorités de recrutement qui n’ont pas été débattues avec les sections du Comité national ;
- les Directions du CNRS et des instituts doivent, en amont des concours, discuter des priorités scientifiques avec les sections du Comité national qui mettent en œuvre le principe d’évaluation par les pairs.
Le respect de l’évaluation par les pairs et la transparence des procédures constituent historiquement les garanties de la qualité des recrutements des chercheur·ses titulaires du CNRS et de l’autonomie de la recherche ; il est nécessaire de le rappeler. À ce titre, les déclassements répétés deux années consécutives des mêmes candidats en section 36 sont emblématiques de dérives existantes qui risquent de se généraliser aux autres sections. De tels dysfonctionnements minent la confiance dans la probité du concours, celle que les candidat·es lui accordent mais aussi celle que l’ensemble de la communauté scientifique lui reconnaît. Pour réparer l’injustice et la rupture d’égalité entre les candidat·es, une régularisation des situations des personnes injustement déclassées doit être effectuée par la Direction du CNRS, via l’attribution de postes statutaires supplémentaires, en 2019. Ces postes leur sont dus.
Plus que jamais, une politique de recrutement, ambitieuse, collégiale et transparente, est nécessaire à la recherche !
Texte voté en assemblée générale interassociative et intersyndicale des personnels de la recherche publique, à Paris, le 16 novembre 2018.




