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A propos de "Macron, dégage !"

Gilets-jaunes

Brève publiée le 6 décembre 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://aplutsoc.org/2018/12/05/discussion-contribution-dun-camarade-du-npa/

Ci-dessous le texte d’un camarade, contribution pour la discussion, à poursuivre et étendre, sur les tâches du moment. Ce texte comporte deux parties. La première sous le titre « Macron, dégage !  » traite des gilets jaunes, avec lesquels l’auteur à des amis, en général. La seconde sous le titre « Les gilets jaunes, mieux que le CPE ? » aborde le rôle et les positions du NPA dont il est militant, tout en traitant aussi de la situation générale et des perspectives sur la question du pouvoir.

La rédaction.

MACRON, DÉGAGE !

Comme à chaque mouvement social d’ampleur et prolongé, soutenu majoritairement par la population, la question du pouvoir est posée.

Elle est posée car dans la période, quel que soit leur objet, « les luttes sont de plus en plus politiques » :

– D’abord par leur contenu : se battre pour des hausses de salaires signifie se battre pour une nouvelle répartition des richesses ; défendre des services publics implique une société un minimum solidaire… Dans le cas actuel des Gilets jaunes, c’est directement global puisqu’il s’agit d’un mouvement « contre la vie chère » et qui cible clairement le « président des riches ».

– Ensuite, les luttes sont politiques par le niveau d’affrontement qu’elles nécessitent. Tout en mettant en évidence la réalité fragile du pouvoir élu en 2017 derrière son apparence de rouleau-compresseur, la mobilisation des gilets jaunes souligne une caractéristique de notre époque : parvenir à faire reculer le gouvernement du patronat, obtenir seulement une victoire partielle, implique d’élever la lutte à un niveau général, si bien que le problème posé devient lui aussi, de façon automatique, tout à fait général : dans quelle société veut-on vivre, quel programme appliquer et comment, qui doit gouverner…

C’est exactement ce qui se passe avec les Gilets jaunes, qui ont abouti très vite à des « cahiers de doléances » listant une quarantaine de revendications, de portée inégale, mais qui, prises globalement, font apparaître une volonté de changement profond, touchant à des questions bien plus larges que celles de la fiscalité.

Cette question du pouvoir est posée explicitement par les slogans les plus repris du mouvement des Gilets Jaunes : « Macron, démission ! », car c’est une mesure élémentaire d’autodéfense face au président des riches.

Elle est, par ailleurs, désormais posée par une pétition signée par plus de 438.000 personnes réclamant cette démission du chef de l’État, au rythme actuel de plus de 5000 signatures par jour…

Que penser de ce mot d’ordre?

Évidemment, Macron ne va pas signer de plein gré une lettre de démission. Cela ne s’est jamais vu, et il n’a aucun intérêt à le faire. Et nous faire plaisir n’est clairement pas sa préoccupation première. Pour s’en débarrasser, il faut le chasser.

Mais même il y a cinquante ans, en mai 1968, avec des mobilisations énormes, des millions de travailleurs en grève pendant plusieurs semaines, des manifestations étudiantes massives et déterminées, un haut niveau d’affrontement, le président de l’époque, le général de Gaulle, n’a pas démissionné.

Au plus fort du mouvement tout de même, il y eut trois jours où il disparut, quitta la France, démoralisé, et partit prendre conseil en Allemagne.

A l’époque il jouissait d’un fort soutien dans une partie de la société. Un soutien et une popularité incomparables à ce dont dispose Macron aujourd’hui. Les inégalités sociales n’étaient pas aussi fortes qu’actuellement, toute la société semblait plus stable.

Quelles conditions faut-il alors réunir pour voir le mot d’ordre « Macron, dégage ! » se réaliser ? Il est difficile de répondre à cette question. Il faut bien sûr une évolution du rapport de force en faveur des manifestants, du camp des pauvres, des exploités ; être des millions dans la rue en même temps, parvenir à bloquer l’économie. Donc, aussi, une grève générale, des manifestations déterminées autour de lieux d’importance stratégique, et un niveau d’affrontement élevé, comme on commence à le voir ces derniers jours. C’est pour cela que la comparaison avec mai 1968 est régulièrement faite même par des journalistes sur les chaînes d’info.

Donc, « Macron, démission », ce n’est pas pour aujourd’hui, dans l’état actuel du rapport de force, même si on peut le regretter, ou s’impatienter.

Alors comment envisager ce mot d’ordre, faut-il l’ignorer, s’en méfier ? Est-ce une idée d’extrême-droite ou fasciste ?

Bien au contraire, c’est une perspective majeure dans le moment présent.
D’abord, parce que c’est une idée partagée par une large majorité de ceux qui se mobilisent, et que dans ce mouvement si hétérogène, il n’y en a pas tellement… Cette volonté de chasser Macron unit ceux qui luttent à la base du mouvement, et donne un caractère complètement politique à cette mobilisation.

Ensuite, parce que cette volonté de voir Macron partir trace une perspective et illustre un changement profond ; c’est aussi un pont entre la situation actuelle dans cette société où on subit, et « autre chose », ce qu’on pourra construire après son départ mais qui est inimaginable s’il reste en place. C’est donc ce qu’on pourrait appeler un mot d’ordre transitoire, d’autant plus qu’il nécessite une forte élévation du rapport de force pour être réalisé.

Précisons que ce mot d’ordre « Dehors Macron ! » n’a rien à voir avec la simple démission (ou censure) du gouvernement d’Édouard Philippe, ni avec la dissolution de l’assemblée pour des élections anticipées. Et même si ça donne l’impression d’y ressembler, c’est en fait tout le contraire.

Ainsi, certains partis demandent le vote d’une motion de censure à l’assemblée, procédure pour faire tomber le gouvernement. Mais déjà, cela épargnerait Macron, donc constituerait juste un fusible en laissant le président des riches en place à l’Élysée ; et d’autre part, cela revient en fait à demander aux députés de Macron (oui, ceux qui ne connaissent pas le montant du SMIC) de voter contre eux-mêmes : ça n’arrivera pas.

D’autres demandent la dissolution de l’assemblée pour « retourner aux urnes » : donc il faudrait d’abord convaincre Macron (et le légitimer dans ses fonctions) de renvoyer sa cour, puis le laisser en place à l’Élysée. Là encore, cela jouerait un rôle de fusible pour calmer la colère populaire mais ne changerait rien au fait que le président des riches soit en fonction.

Si les Gilets jaunes croient en leurs propres slogans, ils ont tout à fait raison de refuser le dialogue avec le gouvernement ; l’objectif est bien de renverser ce pouvoir, pas de négocier les saloperies qu’il met en œuvre. Et ils doivent donc continuer à se battre pour chasser Macron.

Mais des forces plus ou moins organisées dans le mouvement des Gilets Jaunes s’activent également autour du slogan « Macron, démission ! ». Il s’agit des groupes d’extrême-droite, assumés donc relativement peu dangereux car peu crédibles dans le mouvement (comme l’Action Française criant « Vive le roi » aux abords de l’Arc de Triomphe), mais aussi d’individus influents qui avancent masqués. Christophe Chalençon, gilet jaune du Vaucluse par exemple. Il déclare que ce mouvement doit vaincre « sinon aux prochaines élections Marine Le Pen gagnera », semblant ainsi s’opposer à l’extrême-droite ; mais le lendemain il affirme dans les médias que Macron doit démissionner pour laisser la place à un pouvoir fort, un homme de l’armée, comme le général de Villiers.

Là existe un vrai danger, et tous ceux qui dans le mouvement portent des revendications démocratiques doivent s’opposer de toutes leurs forces à ce porte-parole. Il faut insister sur le fait que les Gilets jaunes veulent plus de démocratie et en aucun cas un pouvoir autoritaire, qu’il s’agisse d’un gouvernement avec le parti Le Pen ou d’une junte militaire, et continuer par exemple à revendiquer un contrôle de la population sur les décisions politiques prises à tous les niveaux (contrôle des élus).

Chasser Macron, et après ?

On l’a vu, puisqu’il ne partira pas de plein gré, il va falloir le chasser. Donc en paralysant l’économie, par des actions de blocages autour de lieux stratégiques, et par la grève générale.

Inévitablement, plus la fin de Macron sera proche, plus la question de « par quoi le remplacer » prendra de l’importance. Cette question est déjà posée d’ailleurs, car elle est d’une certaine façon contenue dans le slogan très répandu « Macron, démission ».

Il est difficile d’imaginer des politiciens professionnels réaliser et mettre en œuvre les revendications des Gilets jaunes, alors même que ce mouvement social est le produit des méfaits de tous les gouvernements depuis trente ans… 

Sans pouvoir dire, à cette étape, qui le composerait précisément, on peut tout de même avancer qu’il faudrait instaurer un gouvernement populaire contre la vie chère, choisi par des assemblées communes de Gilets jaunes et de travailleurs grévistes, et contrôlé par ces assemblées.

C’est une perspective utopique ? Pourtant, il s’agit là d’un scénario plus réaliste que d’imaginer Macron « changer de cap » et mener une politique sociale au service des plus pauvres !

Les gilets jaunes, mieux et plus loin que le CPE ?

Hier, pour la première fois depuis 2006 et la victoire contre le CPE, un mouvement social est parvenu à mettre un gouvernement sur le reculoir.

C’est un mouvement inédit et avec lequel l’extrême-gauche n’était pas à l’aise au départ, contrairement aux mouvements sociaux « classiques », parce qu’à peu près personne n’y avait de billes ; et aussi parce que son aspect interclassiste nous incitait davantage à être méfiants qu’à foncer dedans.

Dans ce contexte inhabituel, les interventions médiatiques de nos porte-parole, sont globalement très bonnes et très bien accueillies ; on a même des exemples de Gilets jaunes qui disent les attendre, de façon à pouvoir s’orienter.

C’est donc à mon avis très positif, même si sur une question précise, nos réponses ne sont pas à la hauteur ; cette question, c’est celle du pouvoir.

Déjà très répandue dans le mouvement des Gilets jaunes, sous la forme du slogan « Macron, démission ! », la question de l’avenir de l’exécutif est posée avec une acuité grandissante.

Le premier recul du gouvernement, ce mardi 4 décembre, ne résout absolument pas la crise politique ouverte, et au contraire, celle-ci semble prendre de plus en plus d’importance. Déjà parce que les annonces du premier ministre n’ont calmé personne, donc le mouvement se poursuit comme avant son intervention. Ensuite parce que l’exécutif est fragilisé. C’est la ligne de Macron qui est battue, le fait de présenter sa politique comme « la seule possible ».

Les conséquences pourraient être encore plus redoutables pour le patronat si ce premier recul du gouvernement encourageait les travailleurs à en découdre avec lui. Après Jean-Pierre Raffarin qui expliquait en 2003 (défaite du mouvement sur les retraites) que « ce n’est pas la rue qui gouverne », Jean-Louis Debré (proche de Chirac) en 2006, au moment de la victoire contre le CPE, exprimait ses craintes ainsi : « si c’est la rue qui fait la loi, nous entrons dans un nouveau système qui n’est plus le système républicain »…

Nous arrivons dans une situation comparable, d’autant plus que les appels à la grève illimitée se multiplient. Le « système » dont parlait Debré qui serait ainsi remis en cause est celui qui permet à un gouvernement issu d’un concours de circonstances politiques (« dégagisme » contre les sortants désavoués, PS comme droite, Le Pen au deuxième tour), puis devenu illégitime en un temps record (enfonçant tous les planchers des cotes de popularité), de poursuivre imperturbablement ses mauvais coups. Autrement dit, c’est le fonctionnement régulier des institutions antidémocratiques de la V° République qui se trouverait affecté par une crise sérieuse.

Il ne faut pas chercher plus loin la raison de la modération des partis de gauche. Pour les dirigeants de la gauche parlementaire, se trouver portés au gouvernement comme résultat d’une victoire de la rue serait le pire des scénarios. Et cette crainte est partagée par toutes les forces pour lesquelles les positions dans les institutions comptent plus que les intérêts des salariés.

La question du pouvoir est posée, elle mérite une réponse…

Comment s’était orientée la LCR, organisation à l’origine de la construction du NPA ?
En 2005, alors que le gouvernement de droite, mais aussi la gauche libérale avait perdu lors du référendum sur la constitution européenne, elle avait mis en avant le mot d’ordre « dehors Chirac, Raffarin et Sarkozy ».

Puis en 2006, lors de la lutte contre le CPE, elle poursuivait sur sa lancée : « dehors Chirac, Villepin et Sarkozy » (les jeunes manifestants reprenant très largement « votre période d’essai, elle est finie »).

Il avait fallu quelques discussions internes auparavant pour convaincre certains camarades que non, ce mot d’ordre ne signifiait pas « vive la gauche plurielle », pourtant déjà battue depuis trois ou quatre années…

Alors insistons aujourd’hui :

Dire qu’il faut que Macron dégage, avec plusieurs centaines de milliers de personnes qui le crient, ce n’est pas lui demander gentiment de signer sa démission.

Le virer le plus vite possible, c’est à la fois un mot d’ordre démocratique et une mesure de salubrité publique pour notre classe sociale, afin de l’empêcher de nous nuire.

Si un mouvement était capable de chasser un président, rien ne dit qu’un autre viendrait ensuite. On serait dans une situation que même mai 68 n’a pas produite, avec un rapport de forces bien meilleur qu’à l’heure actuelle.

Ayant fait tomber la plus haute institution de la Vème république, la question du régime serait posée.

(Pour régler cette question, probablement que des réformistes comme Mélenchon proposeraient de décréter qu’une assemblée nationale nouvellement élue devrait être une constituante ; le mot d’ordre d’assemblée constituante a été tellement dévoyé qu’il vaut mieux pour les révolutionnaires parler d’un « processus constituant », qui évoque mieux la décision à la base et non des débats confisqués par des professionnels de la politique.)

Cela ouvrirait une crise telle que, même si nous n’avions pas les forces pour faire tomber la démocratie bourgeoise, de toute façon le gouvernement suivant serait considérablement affaibli et donc notre classe en meilleure position.

Bien sûr qu’il faut convaincre de la nécessité de la grève et des AG. Mais la grève générale n’a-t-elle pas d’objectif politique ? D’autant plus quand des dizaines de milliers de prolétaires crient « Macron dehors »? Va-t-on leur proposer de construire la grève générale pour que Macron « change de cap » ?

Le NPA, un syndicat de combat?

S’il est logique que la gauche réformiste veuille sauver le régime politique actuel, il est plus surprenant que nos porte-paroles se désintéressent de la question de savoir si Macron doit partir ou non.
Philippe Poutou : « La démission de Macron c’est sûr ça ferait du bien. Mais après ? On aurait un autre gouvernement qui mènerait à peu près la même politique antisociale subie depuis des décennies ? Il faut une révolte à des millions en grève et dans la rue pour stopper la rapacité des possédants » (lundi 3 décembre)

Mais, chers camarades, comment stopper la rapacité des possédants sans virer le pouvoir politique qui les sert ? Quelle crainte avons-nous à mettre en avant la volonté de chasser le gouvernement d’un banquier ?

Pour l’anecdote, en 2006, cette ligne était plutôt défendue par… le PCF.

« Marie-George Buffet a paru bien sage vendredi matin [17 mars 2006] lors d’une conférence de presse en appelant Dominique de Villepin à ‘‘prendre ses responsabilités’’ et à ‘‘retirer le CPE’’. Mais elle n’a pas demandé la démission du Premier ministre : ‘‘Ce n’est pas ce que demandent les jeunes aujourd’hui. Démissionner pour mettre Sarkozy, Breton ou Borloo à la place je n’en vois pas la nécessité’’ » (Libération du 18/03/06).

Ce qu’a dit notre porte-parole n’est malheureusement pas un petit loupé de sa part ; jusqu’ici, c’est à peu près la ligne du parti dans ses différentes expressions.

Ainsi Olivier Besancenot : « qu’il partage ou qu’il dégage » (lundi 3 décembre chez Salamé) ; le dernier communiqué du NPA, il y a quelques heures, se termine sur « qu’il cède ou qu’il cède la place » (ce qui était d’ailleurs le discours de Mélenchon mardi 4 -et pourrait par là même nous alerter sur le fait que ce soit la bonne orientation !), etc.

La gauche réformiste défend sciemment le maintien aujourd’hui de Macron au pouvoir, comme hier de Chirac et Villepin, pour sauver la mise à ce régime antidémocratique. Ce n’est pas le cas du NPA qui n’a aucun fil à la patte, alors vite, corrigeons.

Pour virer Macron, l’élément décisif sera l’intervention des travailleurs organisés à partir de leurs lieux de travail. L’auto-organisation, la convergence lycéens-étudiants-salariés-gilets jaunes, la pression exercée sur les directions syndicales, sont des outils pour construire le mouvement d’ensemble, la grève générale jusqu’au retrait des mesures gouvernementales de destruction de nos droits collectifs et de nos services publics.

Or de tout cela, même confusément, les salariés se rendent bien compte. Ils ont fait l’expérience des « journées d’actions » dont le seul résultat attendu est la perte d’une journée de salaire, comme des grèves sectorielles ou d’entreprises qui ont été défaites parce qu’elles sont restées (ou ont été volontairement) isolées. Chaque syndicaliste de base, de très nombreux travailleurs s’interrogent : peut-on y arriver cette fois, et alors comment ? Est-ce que cela vaut la peine de s’engager, et si oui à quel moment ?

L’extension du mot d’ordre « Macron, dégage ! » (ou « Macron, démission », pourvu qu’on s’entende sur sa signification) à tous les secteurs qui entrent en lutte participe à rassurer les travailleurs hésitants : oui, cette fois c’est pour de vrai, ce n’est pas une journée d’action minable en vue des négocier le recul social. Reprendre cette perspective politique, c’est aussi un signal pour que la grève générale prenne.

Au nom de quoi les travailleurs et la jeunesse devraient-ils attendre 2022 pour se débarrasser de la clique au pouvoir, c’est-à-dire non seulement d’Edouard Philippe mais aussi de Macron ? Ce gouvernement minoritaire, contesté partout, doit être chassé ; ses “ réformes ” réactionnaires doivent être abrogées, tout comme celles des gouvernements qui l’ont précédé. Pas dans quatre ans, tout de suite.

Ce n’est pas ce que veulent les dirigeants de la gauche réformiste. Naturellement la situation politique les oblige à hausser le ton. Mélenchon va jusqu’à demander la dissolution de l’assemblée nationale, mais tout en sachant avoir peu de chances d’être suivi par Emmanuel Macron. En revanche pour les travailleurs et la jeunesse, les lycéens matraqués et réprimés comme jamais, il y a urgence à en finir avec ce gouvernement et sa politique.

Virer Macron, pour mettre quoi à la place ?

Macron est très affaibli et complètement isolé, son gouvernement ultra-minoritaire a perdu toute crédibilité, du point de vue démocratique les uns et les autres sont totalement illégitimes, comme d’ailleurs aussi ses députés qui le soutiennent sans connaître le montant du SMIC ; c’est un constat, une évidence.

Le roi est nu et la fin du règne serait proche… s’il y avait quelque chose en face, une perspective politique alternative, mais justement il n’y a rien, du moins sur la scène parlementaire. Une chose est cependant certaine : ce gouvernement est d’une faiblesse extrême. Rien ne devrait lui permettre de récupérer des forces et reprendre ses mauvais coups contre le monde du travail. Rien, sinon l’inconséquence voire l’attitude extrêmement conciliante de la plupart des directions du mouvement ouvrier organisé.

A ce sujet, signalons que nous devons contredire explicitement l’objection « c’est Le Pen qui attend en embuscade » qu’on peut entendre ici ou là : depuis son élection (et même avant !), Macron n’a jamais été un rempart contre Le Pen. Et qui peut réellement virer Macron ? Les travailleurs et la jeunesse en lutte. Il est évident qu’une grève générale ne porterait au pouvoir ni Marine Le Pen, ni un général comme de Villiers, mais qu’au contraire, elle ne pourrait aboutir qu’à plus de démocratie.

Ceux qui refusent sciemment de chasser l’exécutif (comme le fait la gauche réformiste) au nom de la crainte de l’extrême-droite font en réalité son jeu. Ils contribuent à ce que le mouvement actuel ne gagne pas, et préparent une situation future où d’autres forces sociales pourraient le virer. Comme en Italie dans les années 1920 : Mussolini arrive après la défaite des grèves, pas pendant…

Une autre objection est l’affirmation selon laquelle on ne peut pas dire « dehors Macron », même si on aimerait bien, car il n’y a actuellement pas de perspective de prise du pouvoir par les travailleurs ; c’est trop tôt. C’est peut-être cette raison qui explique que nous, NPA, ne mettions pas en avant ce mot d’ordre.

Il y a du vrai : d’une part, la perspective de chasser le pouvoir en place entraîne inévitablement la question de son remplacement ; et effectivement, les travailleurs n’en sont pas à préparer la prise révolutionnaire du pouvoir.

Mais c’est à nous de trouver des formules qui soient un pont entre la situation actuelle et l’avenir que nous voulons. A nous d’imaginer des mots d’ordre transitoires !

Que voulons-nous ? Un gouvernement populaire contre la vie chère ; à l’étape actuelle, il doit être défini par ses tâches, reprenant en bonne partie les doléances des Gilets jaunes ; un gouvernement choisi par des assemblées communes entre les Gilets jaunes et les travailleurs en grève, et contrôlé par elles.

Certaines revendications des Gilets jaunes peuvent être prises telles quelles, d’autres devront évoluer pour répondre réellement aux besoins populaires. C’est en particulier le cas de la question des salaires : le SMIC à 1300 euros net, il y a de quoi estimer avec raison que c’est bien trop peu pour vivre dignement.

Toutefois, il faut signaler qu’une revendication d’un SMIC à 1800 euros n’est à l’heure actuelle pas plus radicale que celle des Gilets jaunes, parce qu’elle n’est reprise par à peu près personne, quand l’autre est portée avec force par des dizaines de milliers de prolétaires en lutte, avec le soutien majoritaire de la population.

La radicalité d’un programme ne se juge pas aux chiffres des revendications, mais au nombre d’exploités et opprimés qu’elle met en mouvement. Ce qui, bien sûr, ne nous empêche pas de faire évoluer les choses en votant dans les AG des revendications avec des revenus plus élevés que ceux portés initialement.

Mais il s’agit de le faire patiemment et démocratiquement, pas de dénigrer en affirmant notre programme meilleur car plus révolutionnaire. D’autant plus que voilà des années que nos éternels « plans d’urgence » n’ont plus rien de « transitoires », car jamais reliés à la question du pouvoir –encore elle ! Jamais nos « mesures d’urgence » ne sont liées au type de gouvernement qui pourrait les appliquer, encore moins à une « formule algébrique » défossilisée. Nos « plans d’urgence » se contentent donc d’être en fait de jolis catalogues de revendications, aussi justes soient-elles ; ce sont des couteaux sans lame.

Mettons au coeur de notre agitation notre volonté de chasser Macron, et nos mesures retrouveront du tranchant ; d’autant plus si on poussait l’audace à expliquer qu’elles devraient être mises en oeuvre par « un gouvernement populaire contre la vie chère », issus des assemblées générales de lutte et contrôlé par elles.

Julien Sojac, militant NPA.