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Ludivine Bantigny - Gilets jaunes : la grève pour accroître le souffle de la colère

Bantigny Friot

Brève publiée le 6 décembre 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.regards.fr/societe/article/ludivine-bantigny

Près d’un mois après le début du mouvement des "gilets jaunes", intellectuels, artistes, politiques, syndicalistes et personnalités de la société civile donnent à Regards leur lecture de ce soulèvement populaire.

Ayons à ce sujet une certaine lucidité : devant la densité de la situation, chacune et chacun voit midi à sa porte. On a beau être là, discuter, manifester, lire tous azimuts et recueillir des témoignages et des récits, il est encore impossible d’agripper avec certitude ce qui se noue et se joue. Le mouvement en cours est tout aussi enthousiasmant qu’insaisissable, aussi surprenant qu’exaltant. C’est un moment historique, assurément, et sa complexité y participe : l’histoire n’est jamais linéaire, elle n’est jamais simple non plus. La mobilisation est d’ampleur, comme l’est sa popularité. Et puis, tout le pays est touché, bien que les regards médiatiques soient focalisés sur les Champs-Elysées : le soulèvement prend aussi bien à Auch qu’au Puy-en-Velay, à Tours qu’à Charleville-Mézières, à Avignon qu’à Marseille.

Une crise politique s’ouvre là, de toute évidence, qui est peut-être même une crise du régime avec la grande aspiration au "Macron démission". Une politisation accélérée s’y dessine : la parole se libère, comme dans tous les moments où l’on se retrouve enfin pour discuter et lorsqu’on occupe des lieux – ici et pour l’instant essentiellement des ronds-points – : on prend le temps de réfléchir à la manière de changer ce qui ne va pas et qui pourtant jusqu’à présent pouvait paraître aller de soi. Des cahiers de revendications, parfois appelés cahiers de doléances, sont un peu partout rédigés. Dès lors, la question initiale de la taxe reste forte mais aussi dépassée par l’expression d’une contestation plus vaste : contre l’injustice fiscale en général, les bas salaires, la précarité, la fragilité économique et sociale. Désormais, on l’entend et on le lit : c’est la répartition des richesses qui est posée.

Mais ce qui frappe aussi, c’est une grande interrogation sur la démocratie. Des textes se multiplient, qui invitent à la repenser, évoquent une démocratie directe ainsi remise sur le métier. C’est le cas, par exemple, dans un texte des gilets jaunes à Commercy, qui insiste sur les assemblées et comités populaires. C’est le cas encore pour des "gilets jaunes gascons", dans un communiqué qui rappelle des expériences historiques comme la Révolution française, la Commune de Paris, les conseils russes à partir de 1905, la révolution espagnole de 1936, l’insurrection hongroise de 1956, le Chiapas et le Rojava aujourd’hui.

Reste que pour l’instant, seuls des ronds-points et des péages sont bloqués. L’enjeu majeur des jours à venir se posera en termes de grève.

L’indignation est immense face à l’arrogance du pouvoir et au mépris de classe exprimé chaque jour davantage par Emmanuel Macron. Reste que pour l’instant, on l’a dit, seuls des ronds-points et des péages sont bloqués. Ce n’est pas le cas des lieux de travail, à quelques exceptions près : raffineries et dépôts pétroliers. L’enjeu majeur des jours à venir se posera en termes de grève, manière de voir s’amplifier considérablement la mobilisation et d’accroître le souffle de sa colère.

Ludivine Bantigny,
historienne