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CGT : l’opposition à Philippe Martinez présente une alternative
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Les grandes manoeuvres en vue du 52e congrès confédéral de la CGT, qui se tiendra à Dijon (Côtes d’Or), du 13 au 17 mai 2019, ont commencé. A l’heure où la centrale vient de perdre sa première place sur l’échiquier syndical français au profit de la CFDT, les opposants à Philippe Martinez, qui jugent sa ligne trop « réformiste » et prônent un syndicalisme « révolutionnaire », viennent de présenter, le 13 décembre, leur propre document d’orientation, que Le Mondes’est procuré, pour le congrès. Ils s’appuient sur le mouvement des « gilets jaunes« qui « vient de réhabiliter le rapport de forces comme unique voie de transformation sociale ». Ce contre-document, qui se veut « un engagement massif en faveur de la lutte des classes » et « une alternative » à la direction destinée à être débattue à Dijon, a réuni, selon ses promoteurs, « plusieurs dizaines de syndicats », nombre d’entre eux ayant déjà manifesté leur opposition à l’orientation pourtant radicale de Philippe Martinez. Il s’agit de divers syndicats d’entreprises, avec en tête Goodyear mais aussi Jeumont Electric, Bombardier, Vallourec, Marks and Spencer, Info’Com-CGT et plusieurs centres hospitaliers universitaires.
Le document souligne d’emblée « la nécessité urgente d’aborder en premier lieu le bilan du dernier mandat » – celui de Philippe Martinez, réélu pour trois ans au 51e congrès de Marseille, en avril 2016 – et « des échecs successifs »enregistrés. « Nous n’avons jamais connu, écrivent les signataires, autant de reculs sociaux et nos adversaires ne s’arrêteront pas si nous ne sommes en capacité de créer un rapport de force à la hauteur des enjeux ». La CGT, interrogent-ils, « doit-elle se conformer ou doit-elle demeurer un syndicat de luttede classe ? ». Constatant que les « rapports de force ont rarement été aussi favorables au capital », ils jugent que c’est « la conséquence d’un affaiblissement considérable de l’action syndicale, notamment celle de la CGT » : « notre détermination à entrer en conflit avec le patronat et les actionnaires est de moins en moins visible ».
Défenseurs de la Charte d’Amiens contre réformistes
Cette incapacité à « fédérer les luttes et les colères (…) ne peut plus durer ». Pour les syndicats contestataires, « la CGT est une organisation révolutionnaire! » qui « s’engage à combattre le capitalisme en vue d’abolir le patronat comme le salariat ». Or, elle est divisée aujourd’hui entre deux orientations : d’une part les défenseurs de la Charte d’Amiens (1906) qui sont sur une base révolutionnaire, d’autre part les réformistes pour lesquels « le capital et le travail peuvent avoir des intérêts communs » et qui pratiquent un « dialogue dit »social » [qui] « ne requiert pas nécessairement un rapport de force ». Ces deux orientations proclament-ils, en fustigeant au passage « les leurres du syndicalisme rassemblé », une façon de viser sans la nommer la CFDT, « ne peuvent plus être suivies en même temps par la CGT ». Car « les travailleurs n’ont pas d’intérêt commun avec le patronat ».
Les avocats de cette alternative prônent la grève qui « demeure la principale action concrète dans la lutte des classes ». Elle doit être conçue comme « un arrêt collectif du travail permettant de perturber de manière significative la production afin d’imposer les revendications des salarié-e-s ». Il s’agit d’engager des actions durables pouvant aller jusqu’au « blocage de l’économie ». Dans la même veine, ils dénoncent le dialogue entre « de prétendus partenaires », « un outil pour aider les défenseurs du capital à réduire les droits des travailleurs-euses ». « Il est crucial, assènent-ils, que les syndicats CGT s’opposent au dialogue social et ne soient jamais signataires de ce type d’accord. La CGT est pour la négociation collective : elle est nécessairement fondée sur un rapport de force préalable à toutes discussions avec l’adversaire et part du principe qu’il s’agit d’une négociation entre deux camps opposés. Notre syndicat ne dialogue pas avec le patronat, il négocie avec lui pour entériner les nouveaux droits que la lutte sous toutes ses formes a permis d’imposer ».
« Prendre le contrôle total des moyens de production »
Dans cette logique de classe contre classe, les signataires affirment que « l’objectif à terme est bien sûr de prendre le contrôle total des moyens de production ». « Les secteurs stratégiques servant l’intérêt général, précisent-ils, ne peuvent être confiées à des intérêts privés, ils doivent être nationalisés sans contrepartie et placés sous le contrôle total des travailleurs ». Ils réclament une « augmentation générale des salaires » et « une réduction de la durée et du temps de travail », sans faire allusion à la revendication chère à Philippe Martinez sur la semaine de trente-deux heures.
Sans surprise, les syndicats contestataires dénoncent l’appartenance de la CGT, depuis 1999, à la Confédération européenne des syndicats (CES), une organisation « clairement engagée dans une orientation réformiste, soumise au grand capital européen et à la Commission européenne ». « L’identité révolutionnaire de la CGT, assurent-ils, n’est clairement pas compatible avec la politique d’accompagnent de la CES ». Ils préconisent « la création d’une nouvelle grande confédération syndicale européenne, avec une identité et des statuts révolutionnaires » et suggère de « renouer des relations avec les organisations syndicales de lutte de classe, au niveau mondial ». Un souhait à peine déguisé de rejoindre la Fédération syndicale mondiale (FSM), l’internationale syndicale communiste que la CGT a quittée en 1995 mais à laquelle appartiennent les fédérations de la chimie et de l’agroalimentaire. Toutes les deux opposantes à Philippe Martinez, jugé trop mou.




