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Au pied de la raffinerie, "la fraternité retrouvée" des gilets jaunes

Gilets-jaunes

Brève publiée le 19 décembre 2018

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(afp) Ils ne se connaissaient pas il y a un mois mais disent aujourd'hui former "une famille". Sur un rond-point de Feyzin, en banlieue lyonnaise, des "gilets jaunes" "mangent, discutent, vivent, pissent ensemble", tissant des liens nouveaux dans leur quotidien précaire.

Au début, il a fallu "s'apprivoiser" car les horizons, les opinions étaient multiples et la confiance pas immédiate, racontent Francis, 49 ans, et Yacine, 29 ans, deux figures d'un campement de bois et de bâches installé depuis le 21 novembre en bordure de l'autoroute A7, face aux réservoirs d'une raffinerie Total. Il a fallu aussi surmonter "la gêne et la honte" engendrées par les difficultés financières.

Pour Yacine, ancien chef de vente chez Darty reconverti dans l'aide à domicile, "c'est venu par la discussion", qui "a fait tomber les barrières érigées entre les gens depuis des années".

"Sur les réseaux sociaux, on croit avoir des amis mais c'est du virtuel ! Ici, on passe beaucoup de temps à parler de nos vies, de nos parcours. Certains vident leur sac. Macron voulait réunir les Français et ils l'ont fait, mais sans lui", renchérit Francis, intérimaire dans la pétrochimie.

Autour d'eux flambe un brasero, un jeune manie la hache tant bien que mal, des chauffeurs de camions - nombreux dans cette zone industrielle - prennent volontiers un café et des voitures passent en klaxonnant leur soutien, sous la surveillance de la police qui ne dit rien tant que ça circule.

Colette, retraitée de 66 ans longtemps infirmière et syndiquée, cherchait à rejoindre le mouvement pas trop loin de chez elle: le rond-point s'est avéré plus commode qu'un péage. Depuis 15 jours, elle y passe deux ou trois heures quotidiennes. "Je ne suis pas venue chercher quelque chose, je suis venue apporter mon aide", souligne-t-elle.

Elle fait du café, la semaine dernière c'était "de grandes gamelles de soupe, il faisait tellement froid". Elle constate "une grande misère" parfois: "on sait que ça existe mais de la voir, ça vous retourne".

- "Un avenir meilleur" -

Le campement sert aussi de refuge à des SDF et des maraudes sont organisées, jusqu'au centre de Lyon, pour distribuer le surplus des dons alimentaires, nombreux. "Y a un type en costume-cravate qui passe tous les jours en Range Rover avec un gros sac de croissants chauds", apprécie Tony, 46 ans, ancien chauffeur reconverti dans le commerce.

Solidarité, encore, quand deux voitures de "gilets jaunes" mal garées, lors d'une visite impromptue à l'Hôtel de Région, ont fini à la fourrière et qu'il a fallu payer l'amende: en deux heures, 330 euros ont été récoltés au rond-point. 

Même les policiers ont mis la main à la poche... Caroline, 28 ans, femme de ménage à son compte, ne les portait pas dans son cœur mais a fini par discuter avec eux, partageant même son goûter.  

"La fraternité, l'entraide, voilà ce qu'on a retrouvé. On accueille des gens auxquels plus personne ne parlait. Des anonymes, des handicapés, des malades, des qui ne mangeaient plus, ou alors une fois sur deux. Des oubliés qui trouvent ici une écoute, pas juste dix minutes comme au guichet. Ce gilet jaune, on peut en être fier, on devrait le porter tout le temps dans la rue", estime Francis.

"Comme moi", assure Avelino, 63 ans, qui touche 1.245,78 euros nets par mois, mémorisés au centime près, avec sa retraite d'électricien. Sans voiture, il vient chaque jour de La Mulatière, plus haut sur l'A7, en prenant le train.

"Tout ça s'est fait tout seul et c'est ça qui est beau", confie Sarah, 28 ans, ex-salariée de Carrefour au chômage, mobilisée depuis le début. 

Pour elle comme pour les autres, le mouvement ne s'essouffle pas et va perdurer quoi qu'il arrive: s'ils sont délogés par les forces de l'ordre, les "gilets jaunes" s'installeront ailleurs.

Déterminés dans leur élan. "Aux jeunes avant, je leur disais: +cassez-vous de ce pays+. Aujourd'hui, je me dis qu'on est peut-être en train de leur construire un avenir meilleur", glisse l'un d'eux.