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Congo: «Des résultats qui étonnent et détonnent»

Congo

Brève publiée le 11 janvier 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://alencontre.org/afrique/congo/rcd-des-resultats-qui-etonnent-et-detonnent.html

Rédaction A l’Encontre

Après l’annonce des résultats surprenants de l’élection présidentielle par la Céni (Commission électorale nationale indépendante) en plein milieu de la nuit du 9 au 10 janvier 2019, on attend maintenant la réaction des observateurs internationaux et nationaux dont celle – très attendue – de la Cenco (Eglise catholique). Celle-ci avait déployé plus de 40’000 observateurs sur le terrain et avait annoncé il y a quelques jours «connaître le nom du vainqueur». Sans le nommer, son porte-parole avait déclaré qu’il «était de l’opposition».

Mercredi soir le 9 janvier, les trois principaux réseaux d’observateurs nationaux avaient averti qu’ils veilleraient à ce que les résultats de la Céni soient conformes aux leurs. On attend maintenant qu’ils confirment ou non les résultats officiels.

De fortes suspicions pèsent en effet sur les résultats dévoilés cette nuit par la Céni. Tout d’abord parce que l’annonce a pris énormément de temps. Ensuite parce que la plupart des témoignages revenant du terrain donnaient Martin Fayulu «largement en tête». Mais aussi parce qu’il y a eu beaucoup de tractations en coulisses avec le parti du président sortant (et hors mandat depuis deux ans) Joseph Kabila. Et puis le fait que les trois favoris trustent 97,24 % des suffrages (le taux de participation était de 47,56 %) et ne laissent que des miettes (2,76 %) aux dix-huit autres candidats qui s’étaient présentés pose également question.

Précisons enfin que ces résultats sont provisoires et que des recours vont plus que probablement être déposés, notamment parce que 1,6 million d’électeurs ont été privés d’élection dans trois régions pour des raisons d’insécurité. Les résultats définitifs devraient être publiés vers le mois de mars. D’ici là, Joseph Kabila reste président de la République démocratique du Congo. (Sur base des agences de presse)

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Fayulu: «Un putsch électoral»

L’opposant Martin Fayulu a dénoncé jeudi dans une interview à Radio France Internationale (RFI) un «putsch électoral», quelques heures après qu’un autre opposant, Félix Tshisekedi, a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle en RDC.

«Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes», a déclaré M. Fayulu, arrivé deuxième à l’élection présidentielle selon les résultats provisoires proclamés dans la nuit par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

«C’est un véritable putsch électoral, c’est incompréhensible», a dit M. Fayulu, crédité par la Céni de 34,8% des voix contre 38,57% à M. Tshisekedi, proclamé comme le successeur du président sortant Joseph Kabila.

Le candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, est arrivé en troisième position avec 23,8%, selon la Céni.

«C’est une vilaine escroquerie de M. Nangaa [le président de la Céni] et de son camp politique», a accusé M. Fayulu, faisant référence à Corneille Nangaa, le chef de la Céni.

«On a volé la victoire du peuple congolais, et le peuple congolais n’acceptera jamais que sa victoire lui soit volée», a affirmé M. Fayulu.

Il a appelé «tous ceux qui ont observé les élections» de «nous dire la vérité, de publier les résultats». «On ne peut pas se taire, c’est une escroquerie, c’est une blague qu’on ne peut pas aujourd’hui accepter», a-t-il insisté. (Source: idem)

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«Des résultats finaux… provisoires»

«L’opposant» Félix Tshisekedi a récolté plus de 7 millions de voix, a annoncé la Commission électorale nationale indépendante.

Plus de dix jours après les élections en République démocratique Du Congo, les résultats provisoires de l’élection présidentielle sont tombés.

À la tête de la Coalition pour le Changement, le candidat d’opposition Félix Tshisekedi est ressorti vainqueur de ce scrutin, selon l’annonce de la Céni, ce jeudi peu après 3h du matin. L’homme a récolté plus de 7 millions de voix, selon les résultats provisoires de l’élection du 30 décembre.

«Ayant obtenu 7’051’013 suffrages valablement exprimés, soit 38,57%, est proclamé provisoirement élu président de la République démocratique du Congo M. Tshisekedi Tshilombo Félix», a déclaré le président de la Céni, Corneille Nangaa. Ce résultat sans précédent en RDC peut encore faire l’objet de recours devant la Cour constitutionnelle.

Au terme d’une très longue attente, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a déclaré M. Tshisekedi vainqueur avec 38,57% des voix, devant l’autre tête de l’opposition divisée, Martin Fayulu, avec 34,8%. Celui-ci a aussitôt contesté le résultat et dénoncé un «putsch électoral» Le dauphin de Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, arrive loin derrière avec 23,84%.

Prévus initialement pour le 6 janvier, les résultats provisoires ont finalement été publiés ce jeudi 10 janvier 2019 par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). (Source: idem)

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RDC. «Le vainqueur officiel», l’opposant de père en fils…

Par Camille Magnard

On connaît depuis quelques heures le résultat de l’élection présidentielle du 30 décembre, en République démocratique du Congo. Jusqu’au bout la commission électorale aura repoussé le moment d’annoncer ces résultats, écrit Hubert Leclercq dans la Libre Afrique. Même cette nuit, il a fallu subir pendant deux longues heures la litanie des résultats des législatives, circonscription par circonscription, avant d’entendre enfin ce que tout le pays attendait depuis 10 jours: le nom du nouveau président de RDC.

Et pas n’importe quel nom: Tshisekedi Félix, autant dire, Tshisekedi-fils, tant le vainqueur est aussi pour les Congolais l’héritier d’une longue tradition d’opposition aux clans Mobutu puis Kabila. Son père Etienne, nous rappelle Hubert Leclercq, avait été battu lors de l’élection de 2011; Félix fait mieux et signe une «revanche» éclatante. Sa victoire, il l’a d’ailleurs attendue dans la résidence familiale de Kinshasa, là même où son père s’était retranché il y a 7 ans quand il avait refusé sa défaite et tenté d’organiser la rébellion.

Dans le portrait que Radio Okapi consacre (déjà) au cinquième président élu de la RDC, on lit que Félix Tshisekedi a eu «une enfance marquée par la relégation et les nombreux emprisonnements de son père», du temps du Maréchal dictateur Mobutu. Parmi les premiers mots, qu’il a prononcés cette nuit, on retiendra ceux-ci, lu sur le site Cas-Info: «Je n’avais jamais pensé devenir le symbole de l’aboutissement du combat de mon père», déclare donc le désormais président Félix Tshisekedi . On notera tout de même, dans sa biographie, qu’il a attendu la mort de son géniteur, à l’été 2017, pour revenir pleinement dans l’arène politique congolaise.

Mais laissons là l’hérédité et les combats passés, car «une nouvelle ère démarre en RDC», commente sur Radio Okapi le politologue congolais Félicien Kabamba. Une ère «d’alternance politique», rien que ça c’est une «expérience nouvelle» pour le pays. Le dauphin désigné du président sortant, Emmanuel Shadary, n’arrive qu’en troisième position, nous indique MediaCongo, et loin derrière ses deux opposants. Le rejet des autorités sortantes est très clair, mais l’information principale c’est que ces autorités, pour une fois, ont accepté de reconnaître leur défaite.

Une réserve tout de même, que l’on retrouve dans Jeune Afrique: Les résultats annoncés cette nuit sont officiels, mais encore provisoires. Il peut encore y avoir des recours devant la Cour constitutionnelle pour contester la victoire de Tshisekedi.

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D’ailleurs la contestation se fait déjà entendre, sur les ondes de RFI avec l’autre candidat de l’opposition, arrivé second: Martin Fayulu, qui qualifie la victoire de Tshisekedi de «ridicule», de «putsch électoral». «On a volé la victoire au peuple congolais qui ne va pas se laisser faire», dit-il encore.

Vous l’avez compris, en matière d’alternance politique, tout ne change finalement pas si vite en RDC. (France Culture, Revue de presse internationale, 7h35, 10 janvier 2019)

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https://alencontre.org/afrique/congo/rcd-le-vainqueur-officiel-tshisekedi-leglise-le-croit-elle.html

RCD. Le vainqueur officiel: Tshisekedi. L’Eglise le croit-elle?

Par Colette Braeckman

Alors que Martin Fayulu était donné vainqueur par la plupart des observateurs, la Céni (Commission électorale indépendante) a créé la surprise au milieu de la nuit en proclamant la victoire de Félix Tshisekedi Tshilombo, avec 38% des voix. Ce résultat demeure provisoire certes, car des recours demeurent possibles, mais il met fin à une longue attente et il scelle la fin d’une époque, celle de Joseph Kabila, dont le dauphin, Emmanuel Shadary Ramazani, n’a engrangé que 23% des voix, arrivant entroisième position, derrière Martin Fayulu, crédité de 34% des voix.

Ce dernier, généralement donné gagnant et qui avait attiré des foules considérables lors de ses meetings de campagne, n’a pas accepté sa défaite, dénonçant le «putsch électoral» et le passage en force…

A la tête de l’UDPS (Union des forces démocratiques pour le progrès social), le plus ancien des partis d’opposition, créé au début des années 90, Félix Tshisekedi, 55 ans, est surtout le fils d’Etienne Tshisekedi, le leader charismatique de l’opposition qui défia, durant des années, le pouvoir du président Mobutu et ensuite celui de Laurent Désiré Kabila et de son fils Joseph. Ces années de combat politique ont fortement ancré l’UDPS dans certains quartiers de Kinshasa et dans les deux Kasaï dont la famille Tshisekedi est originaire.

Reste à savoir si cette victoire est conforme au suffrage des électeurs ou si elle est le résultat d’un arrangement politique entre la coalition des FCC (Front commun pour le Congo) qui soutenait Joseph Kabila et son dauphin Emmanuel Shadary et le vieux parti d’opposition qui, pour la circonstance, s’était uni avec l’UNC (Union nationale congolaise) dirigé par Vital Kamerhe. Ce dernier, ancien président de l’Assemblée nationale, est un homme politique expérimenté, qui a mené une longue carrière aux côtés de Joseph Kabila avant de passer à l’opposition et il pourrait à l’avenir représenter une passerelle entre la majorité sortante et Félix Tshisekedi, souvent considéré comme inexpérimenté sinon versatile.

La voix de l’Eglise

Cependant la proclamation des résultats, si elle met fin au silence requis par la Céni qui s’était arrogé le monopole du décompte des voix, n’est encore qu’une étape. Des recours sont possibles et le candidat jusqu’à présent donné vainqueur, Martin Fayulu, entend bien interpeller la Cour constitutionnelle, même si cette dernière est considérée comme acquise au pouvoir de Kabila qui a veillé à nommer des juges considérés comme «bienveillants».

Dans l’immédiat cependant, l’une des clés de l’acceptation de ce résultat se trouve entre les mains d’instances puissantes, échappant à l’influence du pouvoir: trois missions d’observation, mises sur pied par les Eglises protestantes, par la société civile Symocel et surtout par la Conférence épiscopale catholique ont déployé au total plus de 70’000 observateurs sur le terrain, dans l’ensemble du pays. Contraintes au silence par la loi, obligées de respecter le monopole de l’information que détenait la Céni, ces missions d’observation sont aujourd’hui libérées de leur silence.

La semaine dernière déjà, tout en accordant un satisfecit modéré au processus électoral dans son ensemble, la CENCO (Conférence épiscopale catholique) avait déjà déclaré qu’elle connaissait la vérité des urnes c’est-à-dire le nom du vainqueur et tous en avaient conclu qu’il s’agissait de Martin Fayulu. Ce nom aurait été communiqué aux ambassades occidentales et il circulait sous le manteau.

Un arrangement?

La CENCO et les autres missions d’observation s’inscriront-elles en faux contre le verdict de la Céni, ouvrant ainsi une crise de légitimité? Les heures à venir le diront.

D’autres rebondissements sont également possibles: un recours à la Cour constitutionnelle pourrait invalider l’ensemble du processus électoral, d’autant plus facilement qu’un million et demi d’électeurs, à Beni, Butembo et Yumbi, ont été interdits de scrutin, pour des raisons sanitaires et de sécurité. Si les élections devaient tout simplement être annulées, c’est Joseph Kabila qui resterait en place, et tout l’exercice électoral, coûteux et spectaculaire, appartiendrait au passé.

Même si la Céni étaiera probablement sa proclamation par des chiffres confirmant la victoire de Tshisekedi, il lui sera difficile d’effacer le sentiment d’un arrangement politique de dernière minute. En effet, les marges séparant Emmanuel Shadary, le candidat du pouvoir, de ses rivaux de l’opposition étaient trop grandes pour faire l’objet de manipulations ou de dénis et beaucoup considèrent que le pouvoir sortant pourrait avoir choisi «un moindre mal», c’est-à-dire un Félix Tshisekedi qui multipliait les déclarations conciliantes et est accompagné d’un ancien compagnon de route de Kabila, Vital Kamerhe.

Voici quelques jours déjà, dans la rue de Kinshasa, des amis congolais commentaient avec réalisme cette issue possible: «Le pouvoir abandonne son candidat et met donc fin au système Kabila dont on ne voulait plus tandis que l’opposition abandonne le plus radical de ses champions, Martin Fayulu, qui était soutenu par Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, deux poids lourds, ennemis déclarés de Kabila. C’est ce qui s’appelle un match nul, à l’issue duquel personne ne perd la face…»

Avec pour victimes la vérité des urnes et la nécessité d’un réel changement, indispensable au redressement du géant congolais… (Contribution de Colette Braeckman dans Midi-Express du quotidien Le Soir, en date du 10 janvier 2019)