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    Du prolétariat et des populistes

    Gilets-jaunes

    Brève publiée le 13 janvier 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://aplutsoc.org/2019/01/13/du-proletariat-et-des-populistes/

    « Sont-ce des populistes ? – Non, sire, c’est le prolétariat ! »

    Les commentaires et analyses concernant le mouvement des gilets jaunes ont souvent un point commun : ils insistent sur sa supposée hétérogénéité, sur l’éclectisme et le confusionnisme fréquent des références idéologiques, parlent de « peuple », de « classes moyennes », de « perdants de la mondialisation », etc.

    Nous parlons, pour notre part, de prolétariat, et nous insistons au contraire sur la réelle homogénéité d’un mouvement social dans lequel de larges secteurs du prolétariat se constituent comme tel, dans l’action commune et tout ce qu’elle implique de vie en commun, de discussion et de chaleur humaine.

    Le prolétariat n’est pas un sujet prédestiné ni un ange rédempteur. Il a tous les défauts de l’humanité aliénée, exploitée et opprimée, dont il tend aujourd’hui à être la principale composante, si on agrège les masses paysannes paupérisées vouées à la prolétarisation.

    Il se définit simplement ainsi : celles et ceux qui pour vivre ne peuvent que vendre leur force de travail.

    Notez bien que cette définition englobe les chômeurs, les précaires et les « auto-entrepreneurs », qui forment actuellement une très grande partie du prolétariat. Elle englobe aussi les retraités et la jeunesse en formation. C’est donc une expression à la fois synonyme et plus large que « classe ouvrière » et que « salariat ».

    Dans la lutte, c’est-à-dire la lutte des classes, le prolétariat s’auto-constitue. Actuellement, on peut même voir les femmes du prolétariat s’auto-affirmer comme telles, par les manifestations de femmes gilets jaunes du 6 janvier dernier, renouvelées à Montpellier notamment ce samedi 12 janvier.

    Le prolétariat en dehors de sa lutte est une poussière humaine. « La classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n’est rien. » (Marx au dirigeant lassalien, principal dirigeant du mouvement ouvrier organisé en Allemagne à cette date, J.B. Schweitzer, 13 février 1865).

    Dans cette lutte il se dote d’organisations, qui jouent ensuite un rôle important dans son existence comme classe, mais qui sont des organisations existant dans la société civile bourgeoise, dans le mode de production capitaliste. L’existence du prolétariat comme classe ne saurait se réduire à une « lutte de classe traditionnelle » passant nécessairement par ses anciennes organisations.

    Elle se renouvelle en permanence et certaines organisations n’apparaissent que lorsque la lutte des classes se généralise et se centralise, tels les soviets russes en 1905, les räte (conseils) allemands en 1918, etc.

    On voit alors bien des représentants des anciennes organisations se crisper et protester : ils défendent les appareils de celles-ci et non plus la constitution du prolétariat en classe révolutionnaire, mais bien au contraire la préservation de l’ordre social et politique existant dans lequel ils s’étaient fait une niche, même lorsque, sincèrement, ils pensaient défendre les intérêts ouvriers.

    La défense de ses organisations en tant qu’organisations de classe, et non en tant qu’appareils de l’ordre existant, suppose au contraire qu’on agisse pour leur unité dans l’action de classe, avec la classe (y compris donc, et surtout en ce moment, les samedi et sur les ronds-points !), tout en combattant leur intégration à l’État capitaliste par le moyen de mauvais accords, de structures étatiques d’intégration, de participation, cogestion et « dialogue social ».

    Il n’est pas de combat sérieux pour l’indépendance des organisations en dehors du combat pour leur pleine implication dans la lutte des classes, lequel conduit forcément à affronter leurs directions, lesquelles poussent au contraire, avec des contradictions, vers leur intégration à l’État et à l’entreprise.

     * * *

    Revenons aux gilets jaunes. Les considérations ci-dessus aident à comprendre que les caractériser comme « populistes » est absolument sans signification. Un mouvement social se caractérise par ses composantes sociales, leurs revendications et la dynamique de leur action.

    Ici la principale composante sociale est prolétarienne, les revendications portent sur le niveau de vie (niveau des salaires et impôts indirects), et la dynamique va vers l’affrontement avec le pouvoir exécutif régnant. Que ce soit pour le dénoncer ou pour le louer, croire avoir caractérisé ce mouvement par le terme de « populiste » revient à s’aveugler complètement.

    Ensuite, c’est justement en misant sur ce contenu social et cette dynamique démocratique que l’on peut, et que l’on doit, combattre les confusions, infiltrations, tentatives de dévoiement, etc.

     Heurs et malheurs du populisme.

     Par contre, s’agissant de courants idéologiques et d’organisations politiques constituées sur des fondements idéologiques, la caractérisation, qui vient d’ailleurs de ces propres organisations, comme « populiste », a un contenu beaucoup plus prégnant.

    Voici un prolétaire qui entre en lutte pour la première fois de sa vie, ou la seconde – s’il est vieux il a autrefois fait mai 68, s’il est jeune un ou deux blocages lycéens voici une décennie -, affronte la police, appelle les syndicats à venir aussi, refuse toute représentation, puis envisage d’élire ses propres délégués sous contrôle permanent, et s’agrège à un collectif de lutte matérialisé par le port d’un vêtement de travail fluorescent : il parle un langage confus, dénonce « l’oligarchie », « les riches », « les politiques », « le pouvoir de l’argent », il n’est pas très familier de l’informatique mais il va sur les réseaux sociaux où il like ce qu’il voit passer et donc souvent n’importe quoi, d’ailleurs il lui arrive de lâcher des vannes racistes, mais il se met à comprendre que dans la lutte tous sont ensemble.

    Au demeurant, ses emballements momentanés sur tel ou tel thème, avec le « RIC » ou le « tirage au sort », et ses confusions de vocabulaire, répètent sur le mode d’une expérience concrète accélérée toutes les bévues, toutes les confusions, que les représentants patentés de la « gauche radicale » ont pu faire et ont commis depuis trois décennies, et dont ces derniers ne sont généralement pas sortis, bien qu’ils se pensent bien supérieurs à ces confus gilets jaunes si suspects à leurs yeux !

    Et voici un ancien ministre d’un gouvernement de cohabitation de la V° République, qui, s’opposant aux dérives les pires de son ancien parti le PS, a fini par agréger sur sa personne l’espoir d’une alternance politique, mais qui, prenant conscience de ce fait, a alors choisi de proclamer qu’il fallait se mettre au dessus de la lutte des classes (dont il ne nie pourtant pas l’existence), dépasser la « forme parti », reléguer les syndicats aux seules luttes salariales en semaine, et rassembler au delà des anciens clivages, autour de sa personne, contre la seule « oligarchie », pour « fédérer le peuple » toutes classes sociales confondues, ce qui le conduit à mettre une sourdine aux positions qu’il avait eu, à un moment donné, en faveur de l’accueil des migrants.

    Il est possible que le premier personnage présenté ici et le second aient, dans leurs trajectoires respectives, un vocabulaire qui se croise et se ressemble.

    Mais le premier est un prolétaire qui apprend dans la lutte (sans aucune prédestination), le second un politicien qui a théorisé et systématisé, théorie et pratique, son « populisme ». Ils sont en fait très différent l’un de l’autre.

    La différence essentielle réside dans la dynamique de leur action politique.

    Le prolétaire gilet jaune cherche l’affrontement avec le pouvoir exécutif. Son mot d’ordre central c’est « Macron dégage ». Quand on lui demande par qui remplacer Macron cette question le surprend, soit parce qu’il n’y avait pas pensé soit parce qu’il a déjà pensé qu’il ne faut pas, justement, le remplacer.

    Le politicien « populiste de gauche » a, lui, redéfini son opposition à la V° République ainsi : me faire élire président, et ensuite, octroyer une pseudo constituante à ma botte en mixant la dénonciation de la « forme parti » et le tirage au sort, pour définir une supposée VI° République.

    La dynamique de l’action du premier va vers la république sociale, démocratique, dont le trait décisif est le suivant : la DESTRUCTION de l’appareil d’État préfectoral et parasitaire mis en place dans ce pays depuis Napoléon.

    La dynamique de l’action du second va vers la préservation et la reproduction, sous un autre nom ou pas que celui de V° République, de l’État capitaliste français ayant cette forme spécifique, l’État préfectoral bonapartiste.

    D’un côté, le mouvement du prolétariat, qu’il faut rendre conscient, former, organiser, vers l’Etat-Commune, la démocratie effective, de l’autre la préservation de l’État capitaliste toujours plus autoritaire et envahissant, que ce soit en mode « Bolsonaro » ou en mode « Maduro » !

    Voila pourquoi il ne saurait y avoir aucun état d’âme à avoir combattu la politique de rupture avec le mouvement ouvrier de J.L. Mélenchon, et à soutenir la lutte des gilets jaunes sur le terrain. Dans les deux cas, il s’agit de politique prolétarienne.

    L’explosion sociale et la crise de régime ouvertes en novembre-décembre 2018, loin de confirmer les pronostics de J.L. Mélenchon, les ont infirmés : sa « révolution citoyenne » devait passer par les urnes, manière imprécise de dire qu’elle devait passer par les institutions de la V° République. Il devait gagner la présidentielle pour ce faire, mais en refusant de regrouper le mouvement ouvrier, il a juste raté le coche. Il devait ensuite gagner les législatives pour imposer une cohabitation à Macron, dans le cadre des institutions, le résultat fut bien entendu l’inverse : une assemblée croupion à hégémonie macroniste, aujourd’hui rejetée, comme le président, par la lutte sociale. Il a ensuite, c’est déjà loin, appelé à manifester contre les ordonnances Macron contre le code du travail en fixant par avance une date (le 20 septembre 2017) qui suivait leur adoption …

    La suite à l’avenant : ce n’est pas tant pour des raisons idéologiques (« populisme », « populisme de gauche », ou retour à l' »union de la gauche » ?), écume des questions de fond, qu’en raison de l’opposition pratique du chef de la FI à toute rupture avec la V° République, ne dénonçant Macron que pour anticiper la cohabitation avec lui, n’ayant que les Européennes comme perspective, et déclarant être contre « la grève générale » (intervention à l’Assemblée nationale, début juillet 2017), que la FI s’est affaiblie, divisée, et a finalement reçu les gilets jaunes sans doute comme une divine surprise, mais à laquelle elle n’avait contribué en rien. 

    Appendice.

    Dans ce processus, le fonctionnement bonapartiste dit « gazeux » de cette organisation [ La France Insoumise ] a produit un phénomène spécifique qui pourrait faire les délices d’une étude socio-psychologique : la sécrétion continuelle de candidats au rôle de conseillers-courtisans du chef, régulièrement éconduits et mis au piquet – « bannis », sic.

    Ce samedi 12 janvier une partie de ces pieds écrasés, adhérents sincères ou non du « populisme », tout court ou « de gauche », se sont rassemblés sur la base suivante : « la souveraineté de la nation et des droits sociaux », saluant la levée du « peuple oublié » (mais surtout pas du prolétariat, terme absent de toutes leurs proclamations), et posant la question, pour y répondre oui : « la souveraineté d’une république laïque, démocratique et sociale, est-ce suffisant pour rassembler ? » (Jacques Cotta).

    Le trio central de ce regroupement est constitué du tandem Collin-Cotta, qui avaient tenté de retrouver le rôle de conseiller-coach-porte-plumes de J.L. Mélenchon, plus un grand éconduit récent de celui-ci, D. Kuzmanovic, représentant de la « ligne Poutine », contre les Ukrainiens, contre les Syriens, pour Maduro, pour l’armée française, sa présence en Afrique, son arme nucléaire …

    L’appel sur lequel se base ce regroupement ne dit pas un mot de la V° République, et pour cause. Or, pour reprendre les termes de Cotta, comment avoir une république laïque, démocratique et sociale sans rompre avec la V° et son appareil d’État ?

    La préservation de celui-ci est le non-dit qui sert de base à ce regroupement. Causons souveraineté, laïcité, démocratie, Europe, mais gardons « notre » État.

    Du point de vue de la démocratie réelle et conséquente, qui est celui du prolétariat, cet appareil doit être DÉTRUIT. Pas de constituante souveraine sans destruction de l’armature préfectorale et bonapartiste !

    Ainsi castrée, la « souveraineté d’une république laïque », etc. façon J. Cotta, est effectivement une base pour rassembler large, puisque la NAR (Nouvelle Action Royaliste), organisation qui préconise une monarchie constitutionnelle, rompant avec l’UE, et rénovant les corporations maurassiennes sous une forme autogestionnaire, est de la partie ! Ainsi la « république laïque, etc. », façon Cotta, pourrait-elle avoir un roi !

    Rassembler large vaut bien une messe : n’a-t-elle pas déjà un président, cette chère « république » ?

    L’État capitaliste français a aujourd’hui un représentant, Macron. Sa politique, outrances, provocations et gags compris, découle des intérêts généraux du capital en France. Le regroupement des éconduits de Jean-Luc renforcé des monarchistes modernes (plus un secteur issu du MRC, plus le Pardem, ses rivaux du MS21, etc.) s’imagine être plus proche du « peuple » en gilets jaunes que ce dernier, mais en se structurant sur la base réelle de la préservation de l’État capitaliste existant, il ne fait que dessiner, à partir de la crise de la FI, les contours d’une version « gauche » (pour l’instant) de Debout La France.

    C’est la question malicieuse que pose la journaliste du Figaro à Jacques Cotta (le Figaro du 11 janvier), à laquelle celui-ci répond que « Dupond-Aignan et Le Pen ne sont pas en faveur d’une véritable répartition des richesses« . Certes, mais ne pourrait-on point considérer qu’à certains égards, ils ne sont pas contre la « souveraineté d’une république laïque, démocratique et sociale » telle que redéfinie en creux par J. Cotta et par l’appel Collin-Cotta-Kuzmanovic, conservant l’appareil d’État de la V° République ? Tout reste donc possible !

    VP, le 13/01/18.